UNE EXPERTISE INDÉPENDANTE
DANS LE DÉBAT SUR
LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

À LA UNE
GLOBAL-CHANCE

L’option nucléaire contre le changement climatique : risques associés, limites et freins aux alternatives

La lutte contre le changement climatique influence de plus en plus les politiques énergétiques : réduire la consommation d’énergies fossiles - et la production de dioxyde de carbone associée - est en effet le principal levier de réduction des émissions de GES. Faut-il pour autant mettre sur le même plan toutes les options disponibles pour « décarboner » l’énergie ? Le rôle du nucléaire, en particulier, fait débat, dans un contexte où l’atome se voit promu par ses zélateurs comme une énergie « non carbonée » susceptible d’être mobilisée massivement. Mais les arguments en faveur de cette technologie énergétique ne résistent pas à l’examen, et le nucléaire apparaît même comme un obstacle majeur à la lutte contre le changement climatique et à la transition énergétique, du fait des risques irréductibles qui le caractérisent, de son efficacité limitée et déclinante, et, enfin, de son incompatibilité avec la mise en œuvre d’une stratégie cohérente.


Page publiée en ligne le 1er mars 2016
Mises à jour :
02/03/2016 : infographie Le nucléaire ne sauvera pas le climat (Réseau Sortir du Nucléaire)
09/03/2016 : ajout de nouvelles références dans publications de membres de l’association

Sur cette page :

Le nucléaire contre le changement climatique (présentation du rapport)

Téléchargements : rapport, synthèse & executive summary, diaporama & slide show...

Avant-propos - Introduction - Synthèse (en lecture plein texte)

Revue de presse (Mediapart, Le Monde, Le Journal de l’Environnement, Novethic, etc.)

À découvrir également sur le site de Global Chance (Dossiers & publications)



Yves Marignac et Manon Besnard
WISE-Paris, 27 octobre 2015
[24 pages, 3.4 Mo, fichier pdf]

LE NUCLÉAIRE CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE :
RISQUES ASSOCIÉS, LIMITES ET FREINS AUX ALTERNATIVES

Ci-dessous :
Nucléaire : une fausse solution pour le climat (Réseau Action Climat - France)
Le nucléaire ne sauvera pas le climat (Réseau Sortir du Nucléaire)
Présentations audio (français & anglais)
Sommaire détaillé


NUCLÉAIRE : UNE FAUSSE SOLUTION POUR LE CLIMAT

La lutte contre le changement climatique influence de plus en plus les politiques énergétiques. En effet, réduire la consommation d’énergies fossiles, et la production de dioxyde de carbone associée, est le principal levier de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Faut-il pour autant mettre sur le même plan toutes les solutions disponibles pour « décarboner » l’énergie ? Le rôle du nucléaire, qu’on le veuille ou non, fait débat.
À la promotion de l’atome comme énergie « non carbonée » massivement disponible répond la mise en avant de risques inacceptables. Mais la question est plus complexe, et mérite un examen plus global.

Les Amis de la Terre, la Fondation Heinrich Böll, France Nature Environnement, Greenpeace, le Réseau Action Climat - France, le Réseau Sortir du Nucléaire et Wise Amsterdam publient ensemble « L’option nucléaire contre le changement climatique : risques associés, limites et frein aux alternatives », un rapport rédigé par Wise-Paris et qui rassemble les arguments démontrant que le nucléaire représente une fausse solution pour la lutte contre les changements climatiques :

Des risques irréductibles de l’option nucléaire
• Le recours au nucléaire s’accompagne de risques spécifiques majeurs, qui peuvent être plus ou moins maîtrisés mais ne peuvent pas être éliminés.
• Ces risques augmentent si le développement du nucléaire est encouragé, et sont sans commune mesure avec les impacts et risques associés aux autres options de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Une efficacité limitée et déclinante du nucléaire
• L’action du nucléaire comme substitut à des technologies plus émettrices de gaz à effet de serre reste limitée au champ de l’électricité.
• Le développement du nucléaire n’a jusqu’ici jamais empêché la croissance mondiale des émissions. Son rôle est mineur et déclinant, alors même que d’autres options existent.
• L’efficacité énergétique et les renouvelables rendent son impact de moins en moins pertinent.

Le nucléaire, un frein à la mise en œuvre d’une stratégie cohérente
• Le nucléaire ne peut en aucun cas constituer une solution suffisamment puissante pour s’affranchir d’un développement massif de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables.
• La nécessité, la faisabilité et l’opportunité économique et sociale de ce développement sont de plus en plus démontrées.
• Dans cette perspective, le recours au nucléaire apparaît comme contre-productif pour le déploiement rapide de ces options plus profitables et plus efficaces.

(Source : Réseau Action Climat - France)

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LE NUCLÉAIRE NE SAUVERA PAS LE CLIMAT

Rapport d’expert : le nucléaire n’est pas une solution au changement climatique

Le 27 octobre 2015, le cabinet indépendant WISE-Paris a rendu public un rapport d’expertise intitulé « L’option nucléaire pour lutter contre le changement climatique : risques associés, limites et freins aux alternatives », commandé par le Réseau Sortir du nucléaire, le Réseau Action Climat - France, Greenpeace, les Amis de la Terre, France Nature Environnement, WISE Amsterdam et la Fondation Heinrich Böll.

Rédigé par Yves Marignac et Manon Besnard, ce rapport étudie la problématique sous trois angles :
• Quels sont les risques qui, à eux seuls, légitiment de se passer du nucléaire pour lutter contre le changement climatique ?
• Le nucléaire constitue-t-il vraiment une option énergétique efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ?
• Le nucléaire ne prend-il pas la place d’autres options véritablement performantes pour lutter contre le changement climatique ?

Quel que soit l’angle étudié, le nucléaire apparaît clairement comme une option à écarter dans la lutte contre le changement climatique.

En ce qui concerne les risques :

« Tout renforcement du rôle du nucléaire ne peut qu’entraîner une augmentation des risques de prolifération, d’accident majeur et d’accumulation de déchets qui lui sont attachés et ont grandi avec lui. »

En ce qui concerne l’efficacité du nucléaire :

« Le nucléaire ne représente que quelques pourcents d’émissions "évitées" et son rôle, limité au champ restreint des émissions liées à l’électricité, décline à mesure que des options plus efficaces se déploient. »

En ce qui concerne l’articulation du nucléaire avec d’autres options :

« Tout projet de réacteur nucléaire remplace des options moins chères et plus rapides de réduction des émissions ; le nucléaire existant constitue également une barrière à la mise en œuvre de ces options. »

Conclusion :

«  Face à l’urgence, il ne s’agit pas d’additionner toutes les options, mais de sélectionner les plus efficaces et de les combiner de la façon la plus cohérente possible. Le nucléaire ne peut aspirer qu’à un rôle mineur en complément des options incontournables que sont l’action sur la demande d’énergie et le développement des énergies renouvelables. Il s’avère dans tous les cas plus cher, plus lent et moins efficace à mettre en œuvre qu’un effort supplémentaire dans ces directions. En freinant cette orientation plus efficace, le maintien du nucléaire existant apparaît également comme contre-productif.  »

(Source : Réseau Sortir du Nucléaire)

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PRÉSENTATIONS AUDIO

• En français :


Télécharger le Diaporama [10 pages, 1.9 Mo, fichier pdf]

• En anglais :


Download : Slide Show [10 pages, 1.8 Mo, pdf]

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SOMMAIRE

(encadrés = synthèses au survol)

Avant-­propos (voir plus bas en plein texte)

Introduction (voir plus bas en plein texte)

Partie 1 ‐ Des risques indissociables du recours au nucléaire
> télécharger la synthèse de la 1ère partie [1 page, 110 ko, fichier pdf]

1.1. La prolifération, menace occultée, majeure et persistante

La porosité entre usages civils et militaires
L’hiver nucléaire, première menace globale de l’histoire

1.2. Un risque réévalué et croissant d’accident nucléaire

De la théorie à la réalité
Des conséquences désastreuses
Des menaces croissantes

1.3. L’accumulation des déchets, matières et sites

Une ressource épuisable et polluante
Des déchets sans solution
Les défis du démantèlement

Partie 2 -­ Une efficacité limitée sur la baisse des émissions
> télécharger la synthèse de la 2ème partie [1 page, 135 ko, fichier pdf]

2.1. Des émissions de CO2 indirectes mais pas nulles

Les émissions du nucléaire en « cycle de vie »
La comparaison des émissions par filière de production

2.2. Des émissions évitées dépendantes du « mix »

Les émissions substituées par le nucléaire en fonction du « mix »
L’impact déclinant de la substitution

2.3. Une contribution historique marginale à la maîtrise des émissions…

Le gonflement de son rôle par l’industrie nucléaire
Un rôle réalistement limité et marginal

2.4. Un rôle énergétique et climatique en déclin

Le nucléaire, une énergie en perte de vitesse
Le pic de la contribution du nucléaire

2.5. Un champ d’action restreint

Le nucléaire dans le champ global des émissions
La France, illustration des limites de la substitution

Partie 3 - Un frein aux solutions les plus performantes
> télécharger la synthèse de la 3ème partie [1 page, 135 ko, fichier pdf]

3.1. Les limites au volontarisme

Un changement d’échelle impossible
Le plafonnement du nucléaire dans les scénarios

3.2. Une dynamique tournée vers d’autres options

Une confiance artificielle dans le nucléaire
Le boom des énergies renouvelables

3.3. Le nucléaire, option non compétitive

Un coût incomplet et croissant
Les émissions évitées par euro investi

3.4. Un levier d’action insuffisant

Des effets peu évidents et lents
Une option secondaire en Chine
Un choix inapproprié pour de nouveaux pays

3.5. Une option non nécessaire

La mise en œuvre d’alternatives
Les enseignements du Japon
La démonstration proposée par l’Allemagne

3.6. Un obstacle à la transition énergétique

Le nucléaire existant dans la transition
L‘éclairage fourni par la France
L’opportunité du 100% renouvelables

Synthèse (voir plus bas en plein texte)

Des risques irréductibles
Une efficacité limitée et déclinante
Un frein à la mise en œuvre d’une stratégie cohérente

Glossaire des sigles

Principales références

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TÉLÉCHARGEMENTS

Ci-dessous :
Rapport
Synthèse & Executive Summary
Diaporama & Slide Show
Brochure & Leaflet

(encadrés = plus d’informations au survol)


RAPPORT

L’option nucléaire contre le changement climatique : risques associés, limites et frein aux alternatives [24 pages, 3.4 Mo, fichier pdf]
Yves Marignac & Manon Besnard, Wise-Paris, 27 octobre 2015
Rapport commandé par les Amis de la Terre, la Fondation Heinrich Böll, France Nature Environnement, Greenpeace, le Réseau Action Climat -­ France, le Réseau Sortir du nucléaire et WISE Amsterdam. Coordination : Réseau Action Climat -­ France
>
• Avant-propos
• Introduction
• Partie 1 ‐ Des risques indissociables du recours au nucléaire
1.1. La prolifération, menace occultée, majeure et persistante
1.2. Un risque réévalué et croissant d’accident nucléaire
1.3. L’accumulation des déchets, matières et sites

• Partie 2 ­ - Une efficacité limitée sur la baisse des émissions
2.1. Des émissions de CO2 indirectes mais pas nulles
2.2. Des émissions évitées dépendantes du « mix »
2.3. Une contribution historique marginale à la maîtrise des émissions…
2.4. Un rôle énergétique et climatique en déclin
2.5. Un champ d’action restreint

• Partie 3 - Un frein aux solutions les plus performantes
3.1. Les limites au volontarisme
3.2. Une dynamique tournée vers d’autres options
3.3. Le nucléaire, option non compétitive
3.4. Un levier d’action insuffisant
3.5. Une option non nécessaire
3.6. Un obstacle à la transition énergétique

• Synthèse
Des risques irréductibles
Une efficacité limitée et déclinante
Un frein à la mise en œuvre d’une stratégie cohérente

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SYNTHÈSE & EXECUTIVE SUMMARY

L’option nucléaire contre le changement climatique : risques associés, limites et frein aux alternatives - Synthèse [2 pages, 145 ko, fichier pdf]
Yves Marignac & Manon Besnard, Wise-Paris, 27 octobre 2015

The Nuclear Option Against Climate Change : Associated Risks, Limitations and Barriers to Alternatives - Executive Summary [2 pages, 145 ko, pdf]
Yves Marignac & Manon Besnard, Wise-Paris, 27 octobre 2015

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DIAPORAMA / SLIDE SHOW

L’option nucléaire contre le changement climatique : risques associés, limites et frein aux alternatives - Diaporama [10 pages, 1.9 Mo, fichier pdf]
Yves Marignac & Manon Besnard, Wise-Paris, 27 octobre 2015

The Nuclear Option Against Climate Change : Associated Risks, Limitations and Barriers to Alternatives - Slide Show [10 pages, 1.8 Mo, pdf]
Yves Marignac & Manon Besnard, Wise-Paris, 27 octobre 2015

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BROCHURE / LEAFLET

Nucléaire : une fausse solution pour le climat [6 pages, 450 ko, pdf]
Réseau Action Climat - France, août 2015

Nuclear Power : a False Solution to Climate Chance [6 pages, 450 ko, pdf]
Réseau Action Climat - France, august 2015

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AVANT-PROPOS

La lutte contre le changement climatique influence de plus en plus les politiques énergétiques. En effet, réduire la consommation d’énergies fossiles, et la production de dioxyde de carbone associée, est le principal levier de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Faut­‐il pour autant mettre sur le même plan toutes les solutions disponibles pour « décarboner » l’énergie ? Le rôle du nucléaire, qu’on le veuille ou non, fait débat. À la promotion de l’atome comme seule énergie « non carbonée » massivement disponible répond la mise en avant de risques inacceptables.

La question est plus complexe, et mérite un examen plus global. C’est à cette mise à plat qu’invite la présente analyse. Et si celle‐ci commence effectivement par la discussion des risques, c’est parce que l’argument du carbone ne peut être dissocié d’une réponse sur ce point : le recours au nucléaire, quelques soient ses bénéfices réels ou supposés, s’accompagne de problèmes spécifiques qui ne peuvent être négligés.

Mais c’est aussi pour aborder ensuite la question sous d’autres angles, qui méritent tout autant d’être discutés. Des réponses peuvent ainsi être apportées, indépendamment des risques, sur la mesure des émissions effectivement « évitées » par le nucléaire – un sujet plus difficile qu’il n’y paraît mais crucial pour évaluer sérieusement le potentiel de l’option nucléaire pour ramener les émissions à leur niveau souhaitable.

Plus largement, au-­delà de la mise en balance de ces deux aspects dont chacun pourra juger, c’est bien la cohérence du recours au nucléaire dans une politique globale de lutte contre le changement climatique qu’il faut pouvoir interroger. En effet, avec les énergies renouvelables et les économies d’énergie, d’autres options existent. L’idée que toutes les actions peuvent mathématiquement s’additionner ne fonctionne pas dans la réalité, où leur mise en œuvre s’articule de façon plus ou moins efficace. La place du nucléaire dans le bouquet de solutions peut s’analyser à la fois par rapport aux objectifs climatiques les plus ambitieux, et aux autres bénéfices attendus de la transition énergétique.

Risques associés au recours au nucléaire contre le changement climatique, efficacité de cette source d’énergie pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, articulation de cette option au sein d’une politique cohérente et ambitieuse de lutte contre le changement climatique… Si le document choisit de traiter ces questions dans cet ordre, il est volontairement conçu en séquences bien distinctes : chaque lecteur pourra ainsi le parcourir comme il le souhaite, dans l’ordre le plus à même de répondre à ses préoccupations.

Cette synthèse s’adresse en effet à tous, et son ambition est que chacun, porteur de convictions dans un sens ou dans l’autre sur le sujet ou au contraire désireux de se faire une opinion, y trouve sous une forme aussi factuelle et informative que possible matière à réflexion.

Yves Marignac et Manon Besnard

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INTRODUCTION

Le changement climatique constitue incontestablement un risque majeur. Le cinquième rapport du GIEC, publié en 2013 et 2014, est venu rappeler et confirmer l’urgence d’une réaction internationale face à la menace du changement climatique. L’objectif de limiter, avec un bon niveau de confiance, à deux degrés la hausse des températures globales entre l’ère préindustrielle et 2100, nécessite de diminuer drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre — plus des deux tiers par rapport à leur niveau actuel. Et cette baisse doit, compte tenu de l’inertie des phénomènes en jeu, s’engager dès maintenant.

L’effort exigé ne peut pas être le même pour tous. Les pays ayant contribué et contribuant le plus aux émissions sont aussi ceux qui doivent envisager les réductions les plus conséquentes. Les objectifs de maîtrise des émissions de chaque pays doivent plus globalement converger vers un niveau équitable, rapporté à leur population, ce qui implique une baisse forte pour les pays les plus développés. Même si son niveau d’émissions reste comparablement inférieur à celui d’autres pays très industrialisés, cela se traduit par exemple pour la France par un objectif « facteur 4 » à 2050 (F4), c’est-­à-dire une réduction de 75% de l’ensemble de ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990.

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, la priorité réside dans la diminution du recours aux énergies fossiles, qui représentent aujourd’hui plus de 80 % de la fourniture d’énergie dans le monde et dont la combustion émet massivement du dioxyde de carbone (CO2), principal gaz responsable de l’effet de serre. Cette diminution s’appuie sur deux leviers : la réduction des consommations nécessaires à la satisfaction des besoins par les économies d’énergie, et le remplacement des énergies fossiles par des énergies non carbonées. Pour ce second volet, l’importance du développement des énergies renouvelables est unanimement reconnue, mais des divergences existent sur l’estimation de leur capacité à répondre à ce défi à un coût supportable. Parallèlement, un débat plus vif encore existe sur le recours dans la lutte contre le changement climatique à l’énergie nucléaire, controversé notamment au vu des risques qui lui sont propres.

Ainsi, sans minimiser la question des risques, qui bute irréductiblement sur une dimension éthique, ce débat doit aussi être capable d’aborder la question sous l’angle concret de l’efficacité éventuelle de l’option nucléaire par rapport aux autres solutions disponibles, et de sa cohérence dans une action d’ensemble à la hauteur des réductions nécessaires. Même si chaque lecteur portera une attention différente à ces trois dimensions, il semble qu’une réponse globale ne peut faire l’économie de ces trois sujets. La mise en balance des risques, l’efficacité concrète du nucléaire et sa cohérence avec d’autres options sont traitées ici comme trois parties distinctes, que chacun pourra aborder dans l’ordre de son choix pour construire sa propre réponse.

Yves Marignac et Manon Besnard

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SYNTHÈSE

Des risques irréductibles

Le recours au nucléaire s’accompagne de risques spécifiques majeurs, qui peuvent être plus ou moins maîtrisés mais ne peuvent pas être éliminés. Le premier d’entre eux est historiquement le risque de prolifération, c’est‐à-­dire de détournement du nucléaire civil à des fins militaires, avec les conséquences désastreuses y compris sur le plan climatique d’un conflit nucléaire.

Les installations nucléaires représentent par ailleurs un risque technologique majeur d’accident, aux conséquences sanitaires, territoriales et économiques potentiellement très élevées. L’exploitation du nucléaire génère par ailleurs tout au long de sa chaîne, depuis l’extraction de l’uranium jusqu’à la gestion du combustible après utilisation, des pollutions et des déchets, dont les plus actifs restent à ce jour sans solution de gestion.

Ces risques, qui se sont accru avec le déploiement du parc nucléaire, augmenteraient inévitablement en cas de développement supplémentaire du nucléaire pour répondre à la lutte contre le changement climatique. De par leur nature et leur gravité, ils sont sans commune mesure avec les impacts et risques associés aux autres options de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Une efficacité limitée et déclinante

Bien que la production d’énergie dans un réacteur ne produise pas directement de CO2, le nucléaire émet par son cycle de vie des émissions indirectes, significativement inférieures aux émissions des énergies fossiles mais non négligeables pour autant. Celles-­ci doivent être comparées aux émissions « évitées » par le nucléaire lorsqu’il se substitue à d’autres productions, en tenant compte du développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, qui limitent progressivement cet impact.

La mesure de cette substitution montre qu’elle est historiquement restée limitée à quelques pourcents des émissions liées à l’énergie, sans jamais inverser depuis l’introduction du nucléaire dans les années cinquante la dynamique de forte hausse des émissions de gaz à effet de serre. Cette contribution a connu son pic vers l’année 2000 et recule aujourd’hui du fait du net déclin du nucléaire dans la production électrique mondiale.

Même là où il est davantage poussé, le nucléaire ne peut se substituer aux énergies fossiles que dans un champ très limité par rapport à l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre. L’exemple de la France montre qu’un mix électrique très majoritairement nucléaire ne suffit pas à respecter un niveau d’émissions totales compatibles avec les impératifs climatiques.

Un frein à la mise en œuvre d’une stratégie cohérente

Ainsi, pour être en capacité de jouer un rôle majeur dans une politique climatique ambitieuse, le nucléaire devrait connaître un changement d’échelle hors de portée dans les conditions actuelles. En fait, même un rôle plus mineur nécessiterait un effort considérable de maintien en fonctionnement du parc actuel et de construction de nouveaux réacteurs à un rythme jamais atteint.

Le recours au nucléaire contre le changement climatique ne peut en aucun cas constituer une solution suffisamment puissante pour s’affranchir d’un développement massif de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. L’idée qu’il resterait malgré tout indispensable dans ce rôle de complément est contraire à la réalité des difficultés actuelles du nucléaire en regard de la très forte dynamique de ces options.

Les coûts non maîtrisés et croissants du nucléaire et ses délais de déploiement le rendent partout de moins en moins pertinent en regard de la courbe d’apprentissage des énergies renouvelables, des gains économiques associés à l’efficacité énergétique, et de leur beaucoup plus grande rapidité de mise en œuvre. Ce constat prive pratiquement tout nouveau projet de réacteur nucléaire de justification vis‐à-­vis du changement climatique, en particulier dans les pays qui ne disposent pas encore de cette technologie.

Aucun pays n’apporte la démonstration que le nucléaire est la clé pour atteindre un niveau soutenable d’émissions. À l’inverse, des pays montrent la voie d’une trajectoire soutenable ne s’appuyant pas sur le nucléaire. En France, le maintien du nucléaire à un niveau élevé apparaît même comme un obstacle majeur à l’atteinte de cet objectif soutenable par une mise en œuvre suffisamment poussée de la maîtrise de la consommation et des énergies renouvelables.

Ainsi le recours au nucléaire n’est non seulement pas nécessaire, mais il s’avère contre-­productif pour le déploiement d’une transition énergétique plus profitable et plus efficace, dont les premiers retours d’expérience montrent également l’opportunité économique et sociale.

Yves Marignac et Manon Besnard

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REVUE DE PRESSE

Sommaire de la revue de presse

Un rapport démonte le rôle du nucléaire dans la lutte contre le changement climatique
Dépêche AFP, mardi 27 octobre 2015

Le nucléaire, une fausse solution pour le climat
Jade Lindgaard, Mediapart, mardi 27 octobre 2015

Le nucléaire, une solution pour le climat ?
Pierre Le Hir, Le Monde, mardi 27 octobre 2015

Le nucléaire : une option contre le changement climatique ?
Valéry Laramée de Tannenberg, JournaldelEnvironnement.net, mardi 27 octobre 2015

Le nucléaire, solution miracle pour le climat ? Pas vraiment...
LaTribune.fr, mardi 27 octobre 2015

Le nucléaire pour lutter contre le changement climatique ? Mauvaise idée selon Wise Paris
Pierre Monier, L’Usine nouvelle, mercredi 28 octobre 2015

Le nucléaire, une fausse solution pour le climat
Meike Fink, Huffingtonpost.fr, jeudi 29 octobre 2015

Le nucléaire : une bouée de sauvetage pour le climat ?
Concepcion Alvarez, Novethic.fr, mercredi 11 novembre 2015

(haut de page) (sommaire de la page)


Un rapport démonte le rôle du nucléaire dans la lutte contre le changement climatique
Dépêche AFP, mardi 27 octobre 2015

Le nucléaire n’est pas la solution miracle pour lutter contre le changement climatique, soutient un rapport présenté mardi par plusieurs organisations non gouvernementales, qui accuse l’industrie nucléaire d’exagérer la contribution de l’atome dans ce domaine.

« L’industrie nucléaire surévalue systématiquement le rôle du nucléaire dans la lutte contre les émissions de GES (gaz à effet de serre) en appliquant un double biais », affirme le document rédigé par le cabinet WISE-Paris et commandé notamment par le Réseau Sortir du nucléaire, le Réseau action climat, France Nature Environnement et Greenpeace.

« Le premier est de comptabiliser des émissions nulles ou quasiment nulles pour le nucléaire lui-même. Le second consiste à considérer que le nucléaire vient exclusivement en remplacement de centrales thermiques fossiles (...). Le kilowattheure que vient remplacer le nucléaire apparaît alors plus carboné qu’il ne l’est en réalité », souligne-t-il.

Comme le photovoltaïque et l’éolien, le nucléaire n’émet pas directement de CO2, mais il en produit indirectement sur l’ensemble de son cycle de vie, notamment lors de l’extraction de l’uranium et sa fabrication en combustible et lors de la construction et du démantèlement des réacteurs.

Ces émissions de GES sont certes inférieures à celles des énergies fossiles comme le charbon ou le pétrole mais « le gain apporté par la substitution du nucléaire à d’autres productions diminue à mesure que le “mix” électrique hors nucléaire est lui-même de plus en plus “décarboné”, sous l’effet de centrales thermiques de plus en plus performantes, et de la montée des énergies renouvelables » ou encore de la maîtrise de la consommation d’électricité, assure le rapport.

Selon l’étude, les émissions évitées par le nucléaire atteignent aujourd’hui environ 1,5 milliard de tonnes dans le monde, soit un peu moins de 4% des émissions de CO2.

En France, où le nucléaire assure jusqu’à 80% de la production d’électricité, les émissions de GES n’ont baissé que de 15% depuis le déploiement du parc nucléaire et restent quatre fois supérieures au niveau souhaitable, a affirmé Yves Marignac, directeur de WISE-Paris, lors d’une conférence de presse.

Le recours à l’atome s’accompagne en outre de risques tels que la prolifération militaire de l’atome ou un accident majeur comme à Tchernobyl et à Fukushima, ce dernier étant amplifié par le changement climatique même et les menaces terroristes. À cela s’ajoute l’accumulation des déchets et le problème du démantèlement.

Enfin, le rapport remet en cause la compétitivité des nouvelles technologies nucléaires, alors que les énergies renouvelables, dont les tarifs ont chuté, peuvent souvent être déployées plus rapidement et à moindre coût.

Le Réseau Sortir du nucléaire et France Nature Environnement ont par ailleurs annoncé leur intention de poursuivre l’électricien français EDF en justice pour ses publicités sur sa production d’électricité décarbonée, qu’ils qualifient de « mensongères ».

Le groupe, qui exploite les 19 centrales nucléaires françaises, dit avoir produit 98% de son électricité sans émission de CO2 en 2014 et afficher 17 grammes de CO2 par kWh produit en France, « soit 20 fois moins que la moyenne européenne, qui est d’environ 300 grammes par kWh ».

(sommaire de la revue de presse)

(haut de page) (sommaire de la page)


Le nucléaire, une fausse solution pour le climat
Jade Lindgaard, Mediapart, mardi 27 octobre 2015

L’énergie nucléaire n’est pas nécessaire à l’action contre le dérèglement climatique. Elle pourrait même s’avérer contre-productive pour l’essor d’une transition énergétique profitable, efficace et socialement juste, selon une étude commandée par des ONG européennes et rendue publique ce mardi matin. Mediapart l’a lue en avant-première. Analyse et document intégral.

* * *

Qu’ont en commun James Hansen, l’un des premiers scientifiques à avoir alerté le grand public sur le dérèglement climatique ; Richard Branson, le fondateur du groupe Virgin ; Bill Gates, le fondateur de Microsoft et Barack Obama ? Ils servent de têtes d’affiche à la campagne Nuclear for climate (« le nucléaire pour le climat ») lancée à la veille de la COP21, le sommet de l’ONU sur le climat, par Foratom, une association européenne qui promeut l’énergie de l’atome.

Sur son site, la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), qui regroupe des professionnels (ou retraités) du secteur, compte en direct les tonnes de CO2 « économisées en 2015 grâce au nucléaire dans le monde » (sans expliquer son mode de calcul).

C’est l’argument premier des défenseurs du nucléaire au nom du climat : puisque ni la fission de l’atome, ni la production d’électricité qu’elle génère n’émettent de CO2, alors cette technologie serait la meilleure pour fabriquer de l’énergie et réduire nos émissions de gaz à effet de serre. C’est ce qu’a défendu récemment le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, pour qui, sans le nucléaire, la France émettrait « quinze fois plus de CO2 que nous n’en émettons aujourd’hui ».

Ce discours trouve un large écho au sein du gouvernement français. Celui-ci vient de faire voter une loi qui veut réduire à 50 % en 2025 la part du nucléaire dans l’offre d’électricité. Ce serait là marquer une réduction significative de la part de l’atome (aujourd’hui, 75 % de la production d’électricité) mais acter aussi son maintien comme source indispensable au mix énergétique national. Avant l’été, le cabinet de Ségolène Royal a tout fait pour étouffer le rapport de l’Ademe démontrant qu’en 2050, 100 % de l’électricité pourrait être de source renouvelable sans coût supplémentaire. Ce document, révélé par Mediapart, vient d’être officiellement publié par l’agence dans sa version définitive.

Régulièrement interrogés sur leur vision de l’avenir de l’industrie nucléaire, les principaux ministres concernés répètent qu’ils y croient, notamment pour rejeter moins de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Pour Ségolène Royal, « dans la construction d’une économie décarbonée, le nucléaire est un atout évident (…) Il nous permet de réaliser la transition énergétique ». De son côté, Manuel Valls explique que « la France a une chance : avoir un parc électronucléaire performant. Oui c’est une chance, et un atout pour rendre la transition énergétique économiquement soutenable. Nous pouvons continuer à bénéficier, pendant le temps nécessaire, d’une électricité décarbonée et compétitive ».

Le nucléaire est-il réellement une solution viable pour agir contre le dérèglement climatique ? Sur quels chiffres, quelles mesures d’émissions de gaz à effet de serre, quelles analyses du marché de l’électricité et quelle compréhension des politiques de transition énergétique reposent ces affirmations ? Pour répondre à ces questions, plusieurs ONG écologistes (Amis de la Terre, Fondation Heinrich Böll, France Nature Environnement, Greenpeace, Réseau Action Climat, Réseau Sortir du Nucléaire et Wise Amsterdam) ont commandé un rapport au cabinet d’experts WISE-Paris.

Le grand mérite de ce document est d’adopter une approche pragmatique pour analyser les avantages et les inconvénients du nucléaire pour le climat. Il ne fait de secret pour personne que les organisations commanditaires de l’étude sont opposées au nucléaire. Le bureau WISE-Paris lui-même, n’affiche pas de position de principe favorable ou défavorable envers cette industrie, mais développe une expertise très critique de l’industrie de l’atome, en particulier sous l’angle de la sûreté. Ils partagent le mérite, eux, d’observer attentivement l’évolution des choix énergétiques mondiaux et les analyses des grandes institutions internationales. Cela leur permet de lier leur argumentaire à la réalité physique et économique de la production et de la demande d’énergie. Cet effort de décryptage confère une grande force de persuasion à leurs conclusions : le nucléaire n’est pas nécessaire à l’action contre le dérèglement climatique. Et il pourrait s’avérer contre-productif pour l’essor d’une transition énergétique profitable, efficace et socialement juste.

Mediapart a pu lire cette étude en avant-première. En voici les principaux éléments.

• Le nucléaire n’a d’effet que sur les émissions du secteur électrique

Or l’électricité ne représente qu’une partie du CO2 émise par la combustion des énergies fossiles (environ 30 %). Et le dioxyde de carbone lui-même occupe moins des deux tiers de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre. Les tenants du nucléaire exagèrent son périmètre d’influence sur le dérèglement climatique. Le nucléaire ne peut, par définition, avoir qu’un rôle marginal sur le climat.

Pour les auteurs de l’étude, Yves Marignac et Manon Besnard, le cas de la France illustre ce plafonnement. Bien qu’elle présente la part la plus importante au monde du nucléaire dans son mix, la France reste à un niveau d’émission de gaz à effet de serre non soutenable, puisqu’elle doit les diviser par 4 d’ici 2050 (par rapport à leur niveau de 1990). C’est une réponse aux affabulations du PDG d’EDF, qui ne reposent sur aucun calcul précis. Pour WISE-Paris, l’industrie nucléaire surévalue ses avantages face au CO2 en considérant que les centrales remplacent exclusivement les unités thermiques fossiles les plus polluantes. Ces experts proposent donc un autre mode de calcul, basé sur le composition réelle du mix électrique, et parviennent à la conclusion que le nucléaire permet d’éviter environ 1,5 milliard de tonnes de CO2 chaque année au maximum, soit un peu moins de 4 % des émissions de CO2. C’est 20 fois moins que l’augmentation des émissions mondiales de CO2 depuis le démarrage des premiers réacteurs atomiques. « Le nucléaire ne se pose pas en alternative au mode de développement responsable de la croissance des émissions. Il a tout au plus retardé de quelques années la croissance des émissions, mains n’en a jamais inversé la dynamique. »

Par ailleurs, le rapport insiste sur un autre point très important : si le recours au nucléaire évite des émissions en remplaçant d’autres productions, « ce gain dépend fortement de ce qu’il remplace réellement ». Or plus les renouvelables progressent, ainsi que l’efficacité énergétique, plus l’avantage du nucléaire diminue mécaniquement. Cette minorisation du nucléaire va s’accentuer avec la baisse de la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité. Ce recul est quasi constant depuis son pic de 17,6 % en 1996. Il ne représente plus aujourd’hui que 11 % environ de la production d’électricité mondiale. Le pic d’émissions évitées a été atteint en 2000 : le nucléaire permettait d’éviter 6 % des émissions totales de CO2, calcule WISE-Paris, contre 4 % aujourd’hui.

• L’extraction de l’uranium et son transport émettent du CO2

Sur son cycle de vie complet, le nucléaire émet du CO2 : extraction de l’uranium, transport, réalisation des assemblages, construction des réacteurs, exploitation, gestion des déchets, et démantèlement. En les prenant en compte, le bilan carbone de l’énergie nucléaire atteint en moyenne 66 gramme de CO2 par kilowattheure. C’est beaucoup moins que le charbon, le pétrole et le gaz. Pour autant, il est donc incorrect de parler d’énergie « décarbonée ».

• Le nucléaire est un obstacle à la transition énergétique

Une des caractéristiques du nucléaire est qu’il fonctionne en base, c’est-à-dire que son niveau de production doit être aussi stable que possible, et requiert un réseau très centralisé. Ces deux spécificités entrent « en contradiction systémique avec le développement de solutions flexibles sur la demande et de productions variables et décentralisées » que permettent les nouvelles énergies renouvelables : photovoltaïque, éolien, biomasse… Le nucléaire constitue « un frein tel à la mise en œuvre des options les plus efficaces qu’il en devient contre-productif » selon l’étude.

En France, lors du débat national sur la transition énergétique qui a précédé la loi de Ségolène Royal, plusieurs scénarios d’évolution de l’offre et de la demande d’énergie ont été étudiés. Seuls les scénarios visant une réduction par deux de la consommation d’énergie permettent d’atteindre la réduction nécessaire de gaz à effet de serre – soit une division par quatre d’ici 2050. Or « les trajectoires atteignant cette performance sont également celles qui réduisent le plus, voire éliminent le nucléaire » selon WISE-Paris.

• Le nucléaire n’est plus compétitif

La question énergétique ne se résume pas à des choix de technologie de production. C’est une affaire d’économie. Les coûts croissants du nucléaire (notamment dus aux critères renforcés de sûreté depuis la catastrophe de Fukushima en 2011) le rendent de moins en moins compétitif. Si bien que « l’écart de rentabilité par émission évitée avec les renouvelables et l’efficacité énergétique se creuse ». Il existe des « limites au volontarisme », expliquent les auteurs de l’étude : pour être en capacité de jouer un rôle majeur dans une politique climatique ambitieuse, le nucléaire devrait changer d’échelle. Selon leur estimation, à consommation d’énergie constante, « une multiplication par dix du parc nucléaire pourrait théoriquement fournir un peu moins d’un quart de l’énergie consommée dans le monde, et contribuerait pour moitié environ à l’effort nécessaire de réduction des émissions ». Mais cette projection est purement théorique. « À l’horizon d’une vingtaine d’années où se joue la maîtrise des émissions, un tel niveau de développement du parc nucléaire est, qu’on le veuille ou non, absolument hors de portée. » Il faudrait pour cela construire des milliers de réacteurs. Même un rôle plus mineur, comme la contribution de 10% à la réduction des émissions envisagée par les scénarios de l’Agence internationale de l’énergie, nécessiterait un effort majeur de construction de réacteurs « à un niveau historiquement jamais atteint ».

À l’inverse, depuis dix ans, les investissements dans les nouvelles énergies renouvelables électriques dans le monde ont été en moyenne plus de dix fois supérieurs aux investissements dans la construction de réacteurs. Au total, en prenant en compte l’hydraulique, les sources renouvelables d’électricité représentent cinq fois plus de capacité installée que le nucléaire. L’éolien a connu un taux de croissance moyen de 25 % par an entre 2000 et 2013.

Le rapport de WISE-Paris martèle le rôle déterminant de l’efficacité énergétique (la maîtrise de la consommation d’énergie) dans l’action contre le changement climatique. Pourtant, les pouvoirs publics se montrent souvent réticents à la mettre en œuvre (notamment en Europe). Interrogé à ce sujet, Yves Marignac répond : « Les décideurs politiques, bien influencés par les producteurs d’énergie, sous-estiment systématiquement le potentiel de l’efficacité. Et surestiment systématiquement, puisqu’il faut bien qu’ils affichent des solutions, le potentiel de développement de productions non carbonées. En France, comme ils sous-estiment aussi gravement le potentiel des renouvelables, il ne leur reste plus que le nucléaire. Leur vision du rôle actuel du nucléaire dans la baisse des émissions en France, et a fortiori dans le monde, et de son potentiel pour amener les émissions à un niveau soutenable est totalement déconnectée de la réalité. C’est donc le poids du nucléaire existant, et son influence sur la perception des priorités d’action, qui constitue un frein majeur à la mise en œuvre de politiques d’efficacité énergétique à la hauteur du potentiel qu’elles peuvent délivrer, qui est énorme. »

L’Allemagne sort du nucléaire et réduit ses émissions de gaz à effet de serre

Contrairement à une idée reçue tenace en France, l’Allemagne n’a pas sacrifié ses objectifs climatiques sur l’autel de sa sortie du nucléaire. Depuis l’engagement de son Energiewende, ses émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 10 %. L’Allemagne ne relance pas le charbon pour compenser la fermeture des centrales nucléaires. « Ses capacités thermiques n’ont pas augmenté, même si elles n’ont pas beaucoup diminué, et leur fermeture est programmée », explique Yves Marignac à Mediapart.

Sa consommation d’électricité diminue, ses renouvelables augmentent. Par ailleurs, à rebours d’un autre lieu commun, l’Allemagne ne se repose pas sur la production nucléaire française. Au contraire, son solde exportateur d’électricité avec la France augmente. Interrogé par Mediapart, Yves Marignac ajoute : « L’Allemagne a fait il y a quinze ans le choix de sortir parallèlement du nucléaire et du charbon grâce aux énergies renouvelables. Elle a par ailleurs tardé à inclure au niveau voulu l’efficacité énergétique dans l’équation. Et elle a choisi après Fukushima d’accélérer la sortie du nucléaire en fermant immédiatement ses réacteurs les plus anciens, et donc les plus dangereux. »

Pour le directeur de WISE-Paris, « d’un point de vue systémique, l’Allemagne a fait le bon choix. La complémentarité au sein du système électrique peut se trouver entre nucléaire en base et thermique en appoint, ou entre renouvelables variables et thermique en suivi. Pas entre nucléaire en base et renouvelables variables. Autrement dit, c’est bien le retrait de la capacité nucléaire qui ouvre l’espace à la montée des renouvelables, puis la montée des renouvelables qui permet la fermeture des centrales thermiques ».

À ses yeux, « c’est bien pour cela que la vraie leçon à tirer de l’exemple allemand est qu’on ne réussira la transition vers les énergies renouvelables qu’en commençant par fermer des centrales nucléaires – et non pas, comme le prétendent nombre d’acteurs, en attendant que les renouvelables se développent suffisamment pour fermer des réacteurs. C’est le fameux effet de verrou systémique à la transition qu’illustre à son paroxysme le nucléaire français ».

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Le nucléaire, une solution pour le climat ?
Pierre Le Hir, Le Monde, mardi 27 octobre 2015

La lutte contre le dérèglement climatique a ripoliné en vert la filière électronucléaire, prompte à se présenter comme incontournable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Au point que Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF – « partenaire officiel » et sponsor de la conférence mondiale sur le climat de Paris (COP21) – a annoncé sans sourciller, le 23 octobre, qu’il prévoyait de construire dans l’Hexagone, d’ici au milieu du siècle, « plusieurs dizaines » d’EPR « nouveau modèle », en remplacement du parc actuel de réacteurs.

Comme en réponse, plusieurs associations et ONG (Amis de la Terre, France Nature Environnement, Greenpeace, Réseau Action Climat, Sortir du nucléaire, Fondation Heinrich Böll) ont présenté, mardi 27 octobre, les conclusions d’un rapport sur « l’option nucléaire contre le changement climatique », réalisé par l’agence Wise-Paris, spécialisée dans les études critiques sur l’atome. Il en ressort, résume son directeur, Yves Marignac, que « le nucléaire n’est pas un atout, mais un frein pour la transition bas carbone ».

Le document pointe bien sûr les « risques indissociables du recours au nucléaire » : prolifération, accidents industriels (Three Miles Island, Tchernobyl ou Fukushima), accumulation des déchets radioactifs… Mais il s’attache principalement à établir que l’atome n’a qu’une « efficacité limitée » sur la baisse des émissions de gaz à effet de serre.

« Contribution marginale »

Tout d’abord, le nucléaire n’est pas à proprement parler une industrie décarbonée : sur l’ensemble du cycle de la filière – en intégrant extraction de l’uranium, fabrication du combustible, construction des réacteurs, démantèlement et gestion des déchets – ses « émissions indirectes » de CO2, bien qu’incomparablement plus faibles que celles des ressources fossiles, « ne sont pas nulles ». Wise les évalue à « plusieurs dizaines de grammes de CO2 par kilowattheure, un niveau proche des renouvelables ».

Surtout, l’atome n’a eu jusqu’ici qu’une « contribution historique marginale à la maîtrise des émissions ». La raison en est simple : le nucléaire ne pèse, au niveau mondial, que pour un peu plus de 2 % dans la consommation énergétique finale, et pour moins de 11 % (après un pic de 17 % dans les années 1990) dans le mix électrique global.

Le rapport estime que cette industrie permet d’éviter le rejet annuel de 1,5 milliard de tonnes de CO2, soit environ 4 % des émissions mondiales annuelles. Or, depuis la mise en service des premiers réacteurs, dans les années 1950, les émissions mondiales annuelles ont progressé d’environ 30 milliards de tonnes. Conclusion : le nucléaire « a tout au plus retardé de quelques années la croissance des émissions, mais n’en a jamais inversé la dynamique ». Même en France, pays de l’atome-roi avec 76,9 % d’électricité d’origine nucléaire fin 2014, cette filière « n’a conduit qu’à 15 % environ de la baisse de ses émissions », calcule Yves Marignac.

« Problème irrésolu de la gestion des déchets »

Les dernières statistiques de l’Agence européenne pour l’environnement, non citées dans le rapport, montrent qu’en 2013, les émissions de gaz à effet de serre de la France (491 millions de tonnes équivalent CO2) ont été nettement plus faibles que celles de l’Allemagne (950 millions de tonnes) ou du Royaume-Uni (570 millions de tonnes). Mais, rapporté à la population, le bilan de l’Hexagone (7,4 tonnes équivalent CO2 par habitant) n’est inférieur que de 15 % à celui de l’ensemble de l’Europe des Vingt-Huit (8,7 tonnes par habitant), en dépit de son mix électrique très nucléarisé. Et la France est encore très loin de son objectif de division par quatre de ses émissions, qui exige de les faire chuter de près de 600 millions de tonnes par an en 1990 à 140 millions de tonnes en 2050.

Pour que l’atome puisse infléchir efficacement la courbe des rejets de CO2, il faudrait, estime Yves Marignac, « multiplier par dix » le nombre de réacteurs nucléaires dans le monde, soit un « parc de 4 000 à 5 000 réacteurs ». Une perspective irréaliste sur le plan économique et technologique, mais aussi incompatible avec « l’urgence climatique ».

Le nucléaire n’apparaît donc pas comme la panacée de la lutte contre le changement climatique. Il constitue même, selon Wise-Paris, « un obstacle à la transition énergétique », pour laquelle les efforts doivent porter prioritairement sur « la maîtrise de la consommation d’énergie et le développement des énergies renouvelables ». L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) vient du reste de publier la version définitive d’une étude montrant qu’en France, un mix électrique 100 % renouvelable est possible.

Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) classe le nucléaire parmi les sources d’approvisionnement en électricité « à faible émission de carbone », et considère que sa part pourrait croître. Mais il souligne aussi qu’existent plusieurs « barrières et risques », touchant à la fois au fonctionnement des centrales, à l’extraction minière, au « problème irrésolu de la gestion des déchets » , ainsi qu’à « l’hostilité de l’opinion publique ». Pour les experts du climat non plus, l’atome n’est donc pas la clé d’une planète plus tempérée.

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Le nucléaire : une option contre le changement climatique ?
Valéry Laramée de Tannenberg, journaldelenvironnement.net, mardi 27 octobre 2015

L’énergie nucléaire ne serait d’aucune utilité pour lutter contre le changement climatique : vieille antienne écologiste. Les arguments sont connus et remis au goût du jour par un fascicule, publié ce 27 octobre par Wise Paris.

* * *

Tchernobyl et Fukushima sont là pour le prouver : les centrales nucléaires ne sont pas des installations sûres. Elles seraient aussi une source potentielle de prolifération de matières fissiles, utilisables pour la réalisation d’armes nucléaires. À sa manière, Benoit Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE), rappelle d’ailleurs que l’hiver nucléaire, conséquence possible d’un conflit nucléaire d’importance, est la seule contribution possible de l’atome à la lutte contre le réchauffement. Un augure démenti par la Nasa. La gestion des déchets reste problématique et insuffisante : « EDF et Areva, en France, ne sont censées provisionner, au mieux, que quelques siècles de gestion des déchets », rappelle Yves Marignac, dans son rapport.

66 g CO2/kWh

Plus nouveau, les anti-nucléaire attaquent le nucléaire là où il se croyait inattaquable : son bilan carbone. Si un réacteur n’émet pas l’ombre d’une molécule de CO2 durant son fonctionnement, il en va tout autrement du reste du cycle : production du combustible, construction des centrales, démantèlement. Une centaine d’écobilans du nucléaire ont déjà été réalisés. Leurs résultats sont très larges : de 1,4 à 288 grammes de CO2 le kilowattheure. Par convention, Wise a retenu le chiffre de 66 g CO2/kWh (1). L’ONG estime aussi que l’industrie nucléaire surévalue systématiquement le bénéfice climatique de son activité. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) estime que les centrales nucléaires évitent l’émission de 2 milliards de tonnes de CO2 par an. Soit un tout petit plus que l’évaluation faite par Wise pour… 40 ans.

6% des émissions de CO2

Last but not least, le rôle du nucléaire dans la production d’énergie est voué à disparaître, estime l’ONG. L’atome produisant 17% des électrons consommés sur la planète en 1995, mais seulement 11% l’an passé (2). Dit autrement, le nucléaire contribuait à éviter 6% des émissions de CO2 dans les années 1990, contre 4% actuellement. Quant à sa contribution future, elle reste difficile à prévoir. La World Nuclear Association décompte une soixantaine de réacteurs en cours de construction dans le monde. Et selon certains scénarios de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la capacité installée du parc nucléaire mondial pourrait progresser de 60% entre 2014 et 2040, plafonnant alors à 10.700 gigawatts électriques. Entre-temps, la consommation mondiale d’électricité devrait avoir progressé de 30% à 40%.

Les moyens de notre ambition

Avons-nous les moyens de cette ambition ? « Non », répond sans hésiter le député (Europe Écologie-les Verts) de Paris Denis Baupin. Rapporteur du rapport parlementaire sur le coût du nucléaire, le vice-président de l’Assemblée nationale rappelle qu’avec le rachat de la division réacteurs d’Areva, le grand carénage en cours des réacteurs en service, les travaux qui devront être réalisés pour allonger (si accepté par l’ASN) leur durée de vie, la construction des deux EPR britanniques de Hinkley Point, EDF devra décaisser une centaine de milliards d’euros dans les prochaines décennies. Sans compter les 30 à 40 EPR NM (nouveau modèle) que le patron de l’opérateur historique souhaite bâtir entre 2030 et 2050. Montant du devis : autour de 200 Md$ (181 Md€). À quoi il faudra ensuite ajouter les réacteurs de 4e génération : des surgénérateurs dont nul encore n’ose envisager le prix.

(1) La société française de l’énergie nucléaire retient le chiffre de 15 g CO2/kWh, contre 25 g CO2/kWh pour l’agence de l’énergie nucléaire de l’OCDE.

(2) Une chute en partie imputable à l’arrêt de la totalité du parc nucléaire japonais en 2011.

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Le nucléaire, solution miracle pour le climat ? Pas vraiment...
LaTribune.fr, mardi 27 octobre 2015

Non seulement le nucléaire produit indirectement des gaz à effet de serre sur l’ensemble de son cycle de vie, mais surtout, le gain qu’il apporte par rapport à d’autres sources de production d’électricité diminue avec l’essor des énergies renouvelables, relèvent des ONG. Deux d’entre elles comptent d’ailleurs poursuivre EDF pour publicité mensongère.

* * *

Le nucléaire a beau tenter de surfer la vague de la COP 21 qui se tiendra à paris en décembre, il n’est pas pour autant la solution miracle pour lutter contre le changement climatique, soutient un rapport présenté mardi 27 octobre par plusieurs organisations non gouvernementales, qui accusent l’industrie nucléaire d’exagérer la contribution de l’atome dans ce domaine.

« L’industrie nucléaire surévalue systématiquement le rôle du nucléaire dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) en appliquant un double biais », affirme le document rédigé par le cabinet WISE-Paris et commandé notamment par le Réseau Sortir du nucléaire, le Réseau action climat, France Nature Environnement et Greenpeace.

« Le premier est de comptabiliser des émissions nulles ou quasiment nulles pour le nucléaire lui-même. Le second consiste à considérer que le nucléaire vient exclusivement en remplacement de centrales thermiques fossiles (...). Le kilowattheure que vient remplacer le nucléaire apparaît alors plus carboné qu’il ne l’est en réalité », souligne-t-il.

Des émissions quand même

Certes, comme le photovoltaïque et l’éolien, le nucléaire n’émet pas directement de CO2, admet le rapport. Cependant, il en produit indirectement sur l’ensemble de son cycle de vie, notamment lors de l’extraction de l’uranium et sa fabrication en combustible et lors de la construction et du démantèlement des réacteurs.

Si ces émissions de GES sont sans doute inférieures à celles des énergies fossiles comme le charbon ou le pétrole, « le gain apporté par la substitution du nucléaire à d’autres productions diminue à mesure que le “mix” électrique hors nucléaire est lui-même de plus en plus “décarboné”, sous l’effet de centrales thermiques de plus en plus performantes, et de la montée des énergies renouvelables » ou encore de la maîtrise de la consommation d’électricité, assure le document.

80% de nucléaire dans l’électricité, et seulement 15% de baisse des émissions

Selon l’étude, les émissions évitées par le nucléaire atteignent aujourd’hui environ 1,5 milliard de tonnes dans le monde, soit un peu moins de 4% des émissions de CO2. Et en France, où le nucléaire assure jusqu’à 80% de la production d’électricité, les émissions de GES n’ont baissé que de 15% depuis le déploiement du parc nucléaire et restent quatre fois supérieures au niveau souhaitable, a souligné Yves Marignac, directeur de WISE-Paris, lors d’une conférence de presse.

Sans compter les torts le plus souvent mis en avant : les risques d’accidents - amplifiés d’ailleurs par le changement climatique même et les menaces terroristes - ainsi que de la prolifération militaire de l’atome, les problèmes de l’accumulation des déchets voire du démantèlement.

Le rapport remet enfin en cause la compétitivité des nouvelles technologies nucléaires, alors que les énergies renouvelables, dont les tarifs ont chuté, peuvent souvent être déployées plus rapidement et à moindre coût.

98% de l’électricité d’EDF produite sans CO2. Vraiment ?

Certaines des associations commanditaires de l’étude ne comptent d’ailleurs pas s’arrêter à la phase de la dénonciation formelle. Le Réseau Sortir du nucléaire et France Nature Environnement ont notamment annoncé leur intention de poursuivre l’électricien français EDF en justice pour ses publicités sur sa production d’électricité décarbonée, qu’ils qualifient de « mensongères ».

Le groupe, qui exploite les 19 centrales nucléaires françaises, dit en effet avoir produit 98% de son électricité sans émission de CO2 en 2014 et afficher 17 grammes de CO2 par kWh produit en France, « soit 20 fois moins que la moyenne européenne, qui est d’environ 300 grammes par kWh ».

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Le nucléaire pour lutter contre le changement climatique ? Mauvaise idée selon Wise Paris
Pierre Monier, L’Usine nouvelle, mercredi 28 octobre 2015

Dans un rapport remis ce 27 octobre, le cabinet Wise Paris, qui fournit des informations et des études sur l’énergie, explique que le nucléaire n’aidera pas à lutter contre le changement climatique.

* * *

Tout part d’un constat simple. Avec plus de 80% de la fourniture d’énergie dans le monde issue des énergies fossiles, la diminution du recours à cette filière est impérative. Cependant, le passage aux énergies non carbonées repose sur les énergies renouvelables, mais également sur le nucléaire. A l’approche de la COP21 qui devra trouver les solutions d’une transition énergétique réussie, c’est ce que le cabinet Wise Paris, spécialisé dans les informations et les études sur l’énergie, pointe du doigt dans un rapport rendu public commandé par plusieurs ONG.

Des risques sans réelle efficacité

« Les risques spécifiques au nucléaire n’ont fait que grandir avec son déploiement », explique le rapport. « Quelle que soit l’évaluation de leur gravité, ces risques augmenteraient inévitablement en cas de développement supplémentaire et d’expansion à de nouveaux pays ». Wise Paris rappelle alors le risque d’accident nucléaire « réévalué et croissant » ainsi que le problème de l’accumulation des déchets « dont les plus radioactifs ne font l’objet d’aucune solution définitive de gestion ».

Face à ces risques, le cabinet insiste sur la faible efficacité du nucléaire sur la baisse des émissions de carbone. Premièrement, le nucléaire ne supprime pas le rejet de particules bien qu’il les diminue fortement. « Le nucléaire produit indirectement des gaz à effet de serre équivalent à plusieurs dizaines de grammes de CO2 par kWh ». Deuxièmement, le rapport souligne que « le nucléaire n’est pas de nature à ramener les émissions de gaz à effet de serre à un niveau soutenable ».

Un blocage pour les vraies solutions

Après les risques et la faible efficacité, la troisième partie du rapport s’attaque au frein, constitué par le nucléaire, pour trouver des solutions plus performantes. Wise Paris indique que le recours au nucléaire doit venir en complément d’autres options. Dès lors, la question est de savoir comment combiner les différentes solutions à la lutte contre le réchauffement climatique.

« Le nucléaire ne peut aspirer qu’à un rôle mineur » dans le changement climatique pointe Wise Paris. Son coût, sa lenteur et son manque d’efficacité font du nucléaire une solution moins intéressante que le développement des énergies renouvelables. Le rapport conclut même qu’en formant un frein à des solutions alternatives, « le maintien du nucléaire existant apparaît comme contre-productif ».

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Le nucléaire, une fausse solution pour le climat
Meike Fink (*), Huffingtonpost.fr, jeudi 29 octobre 2015
(* Responsable des Politiques Énergie-Climat pour le Réseau Action Climat-France)

L’annonce du PDF d’EDF Jean-Bernard Levy dans le cadre de la stratégie « CAP 2030 » de ne pas seulement prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires existants à 50 voir 60 ans mais aussi d’en construire 30 à 40 nouvelles tombe “à pic” juste avant la COP21 à Paris...

Au-delà des risques considérables liés au nucléaire civil, des études montrent que le nucléaire, en dépit de ces faibles émissions par kWh, ne permet pas de lutter contre les changements climatiques. Il peut même bloquer le développement des énergies renouvelables et représente des coûts qui peuvent dépasser même ceux des énergies renouvelables.

Le nucléaire ne permet pas de lutter contre les changements climatiques

Certes, les émissions d’un kWh nucléaire sont faibles (elles sont équivalentes de celles des énergies renouvelables) mais ceci ne suffit pas pour faire du nucléaire la solution dans la lutte contre les changements climatiques. Plusieurs raisons s’y opposent :

1. Les risques qui sont indissociables du recours au nucléaire

La nature des risques associés au nucléaire en fait une option très singulière.

La prolifération, menace occultée, majeure et persistante.
Historiquement, le premier risque associé au nucléaire civil est celui du détournement des matières qu’il utilise ou des technologies qu’il emploie à des fins militaires. Si les conséquences locales de l’emploi d’un explosif nucléaire seraient en soi désastreuses, un conflit généralisé pourrait même conduire à un « hiver nucléaire » fatal à l’humanité.

Un risque réévalué et croissant d’accident nucléaire
Les accidents nucléaires majeurs, dont la fréquence s’avère plus de 100 fois supérieure à la prévision, révèlent la fragilité des dispositions prises pour les éviter. Leurs conséquences sont très lourdes pour les populations et pour l’économie des pays concernés. De nombreux facteurs – vieillissement, pression économique, terrorisme... – contribuent à renforcer ce risque. Aussi, les impacts des changements climatiques (canicules, grands froids, inondations etc.) sont de nouvelles menaces pour le fonctionnement des réacteurs, pour lesquelles ils ne sont pas toujours bien dimensionnés. L’impact économique d’un accident majeur se compte en centaines de milliards d’euros (1). Pourtant la responsabilité des exploitants nucléaires est limitée à 700 millions d’euros.

L’accumulation des déchets, matières et sites
_L’exploitation de l’énergie nucléaire génère des déchets, dont les plus radioactifs ne font - nulle part dans le monde - l’objet d’une solution définitive de gestion. La France prévoit de stocker des déchets à grande profondeur : le projet Cigéo, très contesté, devrait coûter plusieurs dizaines de milliards d’euros. Entre temps, le stock mondial de déchets nucléaires a atteint 1,5 millions de tonnes en 2013 (2) sans perspective de stockage de longue durée...

2. Le rôle limité de l’électricité nucléaire dans la consommation d’énergie globale

Le rôle du nucléaire dans la lutte contre les changements climatique est limité : premièrement, parce que l’électricité ne représente à l’échelle mondiale que 18% de l’énergie finale consommé ; deuxièmement, parce que le nucléaire représente seulement 10,8% de l’électricité produite, un pourcentage faible qui est en plus en déclin depuis 20 ans... Le champ d’action du nucléaire reste donc limité !

Au total, les émissions évitées par le nucléaire atteignent un peu moins de 4% des émissions de CO2. C’est 20 fois moins que les émission ajoutées au bilan mondial depuis le démarrage des premiers réacteurs.

3. Le « verrouillage » d’un système de production électrique très nucléarisé

L’analyse des scénarios énergétiques pour la France dans le cadre du débat national sur la transition énergétique a montré un lien étroit entre l’atteinte du « Facteur 4 » au niveau des émissions de gaz à effet de serre en 2050 et une division par deux de la consommation d’énergie finale. Les scénarios qui atteignent ces deux objectifs sont également ceux qui éliminent assez rapidement le nucléaire du mix électrique. Le développement des énergies renouvelables (pas uniquement électriques) est la clé pour le respect des objectifs climatiques. Le nucléaire, avec son fonctionnement « en base » (c’est-à-dire aussi continu que possible) et la structure hyper-centralisée du réseau électrique qu’il impose, entre rapidement en contradiction avec le développement de solutions flexibles sur la demande et de productions variables et décentralisées.

4. La non compétitivité du nucléaire par rapport aux renouvelables

Les réacteurs existants sont relativement compétitifs car leur investissement initial est largement amorti. Cette compétitivité s’érode cependant rapidement, sous l’effet de l’augmentation de leurs coûts de production (travaux nécessaires dus au vieillissement et augmentation du niveau de sureté des installations qui se chiffre à plusieurs milliards d’euros par réacteur) et des progrès constatés chez les énergies renouvelables. Le réacteur EPR, dont le coût de construction s’envole, produirait l’électricité autour de 90 à 110 euros/MWh, soit environ 30% plus cher que l’éolien terrestre standard.

Les deux EPR qui seront construits en Angleterre coûteront 7 fois plus cher que l’investissement dans une puissance équivalent d’éolienne terrestre - 10.000 euros le kW. Le kWh nucléaire pas cher est donc largement mis en question.

EDF se moque de l’esprit de la loi sur la transition énergétique

Au-delà de tous ces arguments qui montrent objectivement que le nucléaire n’a pas de place dans le panthéon des vraies solutions aux changement climatiques, il est choquant qu’EDF se moque si ouvertement de l’esprit de la loi sur la transition énergétique. Cette loi prévoit de ramener la production électrique nucléaire à 50% à l’horizon 2025. L’unique objectif qui apparaît dans les médias et qui est présenté comme un frein au développement du nucléaire est le plafonnement de la puissance maximum des réacteurs à 63MW, ce qui rend nécessaire la fermeture de Fessenheim pour pouvoir connecter la centrale de Flamanville au réseau. Il est temps que le gouvernement français montre les limites à la « mégalomanie atomique » d’EDF !

Rôle limité du nucléaire dans les INDCs (3)

Le rôle marginal du nucléaire dans la lutte contre les changements climatiques se montre clairement dans les contributions des pays à la COP21. Ces contributions écrites, qui précisent les objectifs climatiques des pays, communiquées au secrétariat de la COP, considèrent assez rarement le nucléaire civil comme solution de réduction de gaz à effet de serre.

Seules les contributions de la Chine, de la Jordanie, de l’Argentine, de la Turquie, du Niger et de l’Inde le mentionnent. Deux pays (la Macédoine et Singapour) l’excluent ouvertement des solutions climatiques.

(1) IRSN (2013) "Méthodologie appliquée par l’IRSN pour l’estimation des coûts d’accidents nucléaires en France".

(2) Selon les estimations de l’association de l’industrie nucléaire WNA.

(3) Intended Nationally Determined Contributions.

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Le nucléaire : une bouée de sauvetage pour le climat ?
Concepcion Alvarez, Novethic.fr, mercredi 11 novembre 2015

Quelle place peut jouer le nucléaire dans la lutte contre le réchauffement climatique ? A l’approche de la conférence onusienne sur le climat, la COP21, les pro-nucléaires multiplient les arguments pour placer cette énergie au rang des décarbonées. Ce contre quoi luttent les ONG qui viennent de publier un rapport de 23 pages pour dénoncer cette fausse bonne solution au climat. A ce jour, une trentaine de pays dans le monde dispose de centrales nucléaires. Parmi eux, la France qui, si elle prévoit de réduire sa part d’ici 2025, mise encore largement sur cette énergie.

* * *

Ils s’étaient faits plutôt discrets ces derniers mois, mais à l’approche de la conférence climatique de Paris (COP21), ils reviennent à la charge. Les partisans de Nuclear for climate, une initiative qui rassemble 140 associations pro-nucléaires dans le monde lancée en 2014 notamment par la Sfen (Société française d’énergie nucléaire), ont publié début novembre une étude qui explique pourquoi l’énergie nucléaire est une solution au défi du changement climatique.

« Le nucléaire fait partie des énergies bas-carbone qui peuvent être mises en place tout de suite à grande échelle », écrivent-ils. Citant le rapport 2014 sur l’énergie dans le monde de l’AIE (Agence internationale de l’énergie), ils expliquent que l’énergie nucléaire a permis, depuis 1971, d’éviter l’équivalent de deux années d’émissions de CO2 au plan mondial. Et que d’ici 2040, ce sont quatre années supplémentaires d’émissions qui pourraient être évitées. Par ailleurs, selon leurs calculs, seuls 8 % des 1 200 scénarios analysés par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) se passent de nucléaire pour rester sous la barre des 2°C.

C’est pourquoi ils demandent à ce que la CCNUCC (Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques), organisatrice des conférences des parties (COP), reconnaisse l’énergie nucléaire comme une énergie bas-carbone et qu’elle la fasse entrer dans les mécanismes de financement auxquels toutes les autres énergies bas-carbone sont éligibles. De la même façon, la Sfen s’étonne que le nucléaire ait été exclu du label financier « transition énergétique et climat », annoncé le 23 septembre par la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, et demande « à ce qu’il puisse être éligible au même titre que les autres solutions de lutte contre le changement climatique ».

17 % de nucléaire en 2050 au niveau mondial

En 2014, on comptait 438 réacteurs nucléaires en fonctionnement à travers le monde dans une trentaine de pays, pour une puissance de 376 gigawatts (GW). Avec 58 réacteurs, la France dispose du parc nucléaire le plus important du monde au regard de sa population, et se situe au deuxième rang pour la production mondiale d’électricité nucléaire derrière les États-Unis, qui comptent 99 réacteurs.

Selon l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), qui a publié le 20 octobre son rapport annuel sur le changement climatique et l’énergie nucléaire, la puissance installée pourrait passer à 632 GW d’ici 2030 et plus que doubler d’ici 2050 avec 964 GW. L’AIEA qui défend elle aussi l’atome comme « une source d’énergie disponible pour répondre au défi du changement climatique ».

Si l’on regarde le scénario 2DS de l’AIE (Agence internationale de l’énergie), la part du nucléaire dans le mix électrique mondial devrait passer de 10,8 % en 2014 à 17 % en 2050. Dans son dernier rapport, publié en 2014, le GIEC pour sa part classe l’énergie nucléaire parmi « les sources d’approvisionnement en électricité à faible émission de carbone » et la qualifie de « technologie mature ». En revanche, il pointe toute une série d’obstacles et de risques tels que « la sécurité opérationnelle, la gestion des déchets, l’accroissement des risques de prolifération, des risques financiers et réglementaires ou encore une opinion citoyenne défavorable ».

Des risques multiples

Des arguments repris dans un rapport interassociatif (Amis de la Terre, France Nature Environnement, Greenpeace, Réseau action climat, Sortir du nucléaire, Fondation Heinrich Böll et Wise) publié le 27 octobre dernier. Risques de prolifération, d’accidents majeurs avec une fréquence « 130 fois plus élevée que celle théoriquement visée par les démonstrations de sûreté », risques liés aux événements climatiques extrêmes ou aux nouvelles menaces terroristes, accumulation des déchets radioactifs sans véritable solution de stockage et démantèlement des sites, sont autant de défis auxquels doit faire face l’industrie du nucléaire.

Mais surtout le rapport s’interroge sur l’efficacité réelle du nucléaire à éviter les émissions de CO2 et donc à avoir un impact positif sur le changement climatique. À première vue, elle n’émet pas de CO2… de façon directe. En revanche, si l’on regarde son cycle de vie complet (extraction de l’uranium, construction des réacteurs, déchets, démantèlement), ses émissions indirectes ne sont pas nulles. Elles sont de l’ordre de plusieurs dizaines de grammes de CO2 par kilowatt-heure, un niveau proche des renouvelables qui émettent elles aussi de façon indirecte du CO2, mais bien en-dessous des fossiles. « Le nucléaire n’est donc pas une énergie décarbonée », tranche Yves Marignac, auteur de l’étude et directeur de Wise Paris.

Par ailleurs, le nucléaire a-t-il permis de maîtriser les émissions de CO2 ? « De façon marginale », conclut le rapport des ONG. Quelque 1,5 milliard de tonnes de CO2 ont été évitées par an grâce au nucléaire, soit un peu moins de 4 % des émissions mondiales annuelles. « Le nucléaire a tout au plus retardé de quelques années la croissance des émissions mais n’en a jamais inversé la dynamique », constate Yves Marignac. « Il ne se pose donc pas en alternative au mode de développement responsable de la croissance des émissions ». En France, le nucléaire n’a ainsi conduit qu’à environ 15 % de la baisse des émissions.

Enfin peut-il être une solution au changement climatique ? Il semble peu probable que le nucléaire soit la principale solution car cela supposerait un changement d’échelle du parc qui est « hors de portée dans les délais compatibles avec les objectifs de réduction des émissions », note le rapport. Dès lors, il ne pourrait jouer qu’un rôle de complément mais « au vu de son fonctionnement, aussi continu que possible, et de sa structure hyper-centralisée, il ne peut pas venir en complément des énergies renouvelables qui ont une production variable et décentralisée » explique Yves Marignac. « Pour se développer, les renouvelables ont besoin d’une énergie complémentaire pilotable comme le thermique qui servirait à court terme pour la transition ». Dans ce schéma, le nucléaire est donc voué à être remplacé par les renouvelables.

C’est ce qui se passe actuellement en Allemagne. Largement critiquée pour sa sortie du nucléaire, qui s’est opérée en ayant recours au charbon, elle représente au contraire un modèle à suivre selon Yves Marignac.

L’Allemagne sur la bonne voie

Depuis 15 ans, le pays est engagé dans une transition énergétique combinant la sortie du nucléaire, accélérée après la catastrophe de Fukushima, avec un fort développement des énergies renouvelables et une baisse du charbon après un rebond. Les résultats sont probants : une augmentation de 110 térawattheures (TWh) à partir de renouvelables entre 2004 et 2014, et une baisse de la production d’électricité à partir du nucléaire de 70 TWh, et de 33 TWh à partir de charbon sur la même période.

La France n’emprunte quant à elle pas la même voie. Dans la loi de transition énergétique, votée cet été, le gouvernement prévoit une réduction de la part du nucléaire dans le bouquet électrique qui représenterait encore 50 % à l’horizon 2025 contre un peu plus de 75 % actuellement, avec un plafonnement de sa puissance à son niveau actuel de 63,2 gigawatts (GW). Confiant quant à l’avenir de cette énergie, Jean-Bernard Levy, le PDG d’EDF, a annoncé le 23 octobre dernier qu’il prévoyait de construire dans l’Hexagone, « plusieurs dizaines » d’un nouveau modèle d’EPR, en remplacement du parc actuel. « À partir de 2028, 2030, nous allons commencer à installer en France des EPR nouveau modèle », a ainsi déclaré Jean-Bernard Lévy, précisant qu’« en 2050, 2055, on en aura 30, 35 ou 40 ».

Pour Yves Marignac, de Wise Paris, « le modèle économique d’EDF est de plus en plus contradictoire avec la dynamique du marché de l’énergie et le défi climatique. C’est une entreprise aux abois ». Le réseau Sortir du nucléaire a par ailleurs porté plainte au Tribunal de grande instance contre EDF pour publicité mensongère. L’entreprise a déjà été rappelée à l’ordre à deux reprises par le jury de déontologie publicitaire pour ses campagnes sur une électricité « sans émissions de CO2 » et « bas-carbone ». « Ce glissement dans la sémantique mène à confondre le nucléaire dans les énergies renouvelables », déplore Danyel Dubreuil, coordinateur des campagnes au sein du réseau.

Outre la France, d’autres pays tels que l’Inde, le Japon, ou la Chine comptent sur le nucléaire pour la transition énergétique. L’empire du Milieu compte actuellement 29 réacteurs nucléaires mais souhaite en construire 5 à 8 par an pour disposer d’ici 2030 de 110 centrales actives, avec une puissance de 150 GW.

Mais ces pays restent toutefois minoritaires. Au total, sur les 156 contributions climatiques remises à la CCNUC, seuls sept pays mentionnent le nucléaire. « Le nucléaire ne semble donc pas être appelé à jouer un rôle central », conclut Christiana Figueres, la secrétaire générale de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. En 2014, dans le monde, les énergies renouvelables ont représenté près de la moitié de la nouvelle capacité de production électrique mondiale, bien loin devant le nucléaire.

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Énergie, Environnement, Développement, Démocratie :
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L’énergie nucléaire
Bernard Laponche, janvier 2008, version originale d’un article publié sous le titre « Sustentabilidade ambiental : energia nuclear » dans la revue Europa – Novas Fronteiras, n°22, 1er semestre 2008

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