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Le tournant énergétique allemand : état des lieux et idées pour le débat français

Depuis le début des années 2000, nos voisins allemands sont engagés dans une transition énergétique ambitieuse. Bien que fondée sur une dynamique politique différente, cette expérience est riche d’enseignements pour le débat et la mise en œuvre de la transition énergétique en France. En particulier, la dimension organisationnelle du tournant énergétique allemand peut être une source d’inspiration pour la réflexion française sur l’enjeu de la gouvernance locale de l’énergie. De même, l’exemple allemand montre que la transition énergétique est avant tout un processus dynamique d’adaptation et d’apprentissage, fondé sur l’intelligence collective.


Page publiée le 30 juin 2013
Dernière mise à jour le 1er juillet 2013 à 11h58

Sur cette page
Le tournant énergétique allemand : état des lieux et idées pour le débat français (A. Rüdinger)
La question de l’indépendance énergétique (infographie et vidéo)
À voir également sur le site de Global Chance (dossiers et publications)

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Article dans sa mise en page d’origine (pdf, 230 Ko)
Atomes crochus #2 via le site LeLienCommun.org du Réseau Sortir du Nucléaire
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LE TOURNANT ÉNERGÉTIQUE ALLEMAND :
ÉTAT DES LIEUX ET IDÉES POUR LE DÉBAT FRANÇAIS

Andreas Rüdinger, in « Atome Crochus #2 », Réseau Sortir du Nucléaire, mardi 16 avril 2013

Alors que la France engage son débat national pour la transition énergétique, il est intéressant de porter de nouveau le regard vers nos voisins allemands, engagés dans une transition énergétique ambitieuse depuis le début des années 2000. Bien que fondée sur une dynamique politique différente, l’expérience allemande comporte en effet de nombreux enseignements utiles pour le débat et la mise en œuvre de la transition énergétique en France. Au-delà de l’aspect purement énergétique, la dimension organisationnelle du tournant énergétique allemand pourrait ainsi être une source d’inspiration pour la réflexion française sur l’enjeu de la gouvernance locale de l’énergie.

L’appropriation locale de l’énergie,
une dynamique au cœur de la transition allemande

Le prisme parfois réducteur du projet national de sortie du nucléaire tend à faire oublier que cette transition intègre également une importante transformation de l’organisation du secteur énergétique, dans ses dimensions physique, politique, économique et sociale. Les régies communales de l’énergie (Stadtwerke) jouent depuis toujours un rôle important dans le système énergétique allemand, aidées en cela par l’architecture fédérale de l’état allemand, qui confie une grande partie des compétences politiques sur l’énergie aux échelons régionaux et municipaux. Affaiblies un temps par la libéralisation du secteur énergétique, engagée dès 1998, ces régies (au nombre de 800 et représentant 50% de la fourniture d’électricité) connaissent aujourd’hui un nouvel essor, grâce au développement des sources d’énergies renouvelables décentralisées et à l’intérêt porté par les citoyens à un approvisionnement énergétique local.

L’importance de cette dynamique locale se retrouve également au niveau politique, autour de la tendance à la « remunicipalisation ». Portée par l’initiative citoyenne, ce phénomène touche de plus en plus de collectivités, parmi lesquelles des villes comme Berlin, Hambourg et Stuttgart où les citoyens ambitionnent de reprendre le contrôle des concessions de la gestion de l’électricité et de l’eau par la voie référendaire. Auparavant simple outil de gestion administrative, les régies locales deviennent ainsi de plus en plus un symbole politique de la réappropriation de l’énergie, véritable expression d’un service public de l’énergie. Bien qu’ayant encore une portée limitée, cette tendance pourrait aujourd’hui se généraliser, étant donné que 15.000 concessions expirent dans les cinq prochaines années.

Le regain de légitimité de ces acteurs locaux s’explique également par le nouvel intérêt porté à la vision systémique de l’énergie, autour de la notion de boucles énergétiques locales et à l’interconnexion entre différents vecteurs énergétiques (chaleur et électricité notamment). Conscient de la pertinence de l’échelon local pour la mise en œuvre de ces solutions intégrées, l’état fédéral a mis en place plusieurs programmes de soutien aux collectivités, dont un visant à développer des projets-phares pour des collectivités neutres pour le climat.

Le développement des initiatives citoyennes pour l’énergie

L’émergence des coopératives de l’énergie constitue un autre facteur clé de l’appropriation citoyenne de cette transition. Après avoir connu une première phase de développement hésitante en lien avec le mouvement antinucléaire dans les années 1980 (1), ces coopératives ont suscité un nouvel intérêt en tant qu’outil de développement de projets renouvelables citoyens. Aidé par une réforme de la loi des coopératives en 2006, leur nombre s’est multiplié par 10 sur la décennie, pour s’élever aujourd’hui à plus de 750 (pour 80.000 membres), sans compter les initiatives citoyennes développées sous d’autres formes juridiques.

Au total, plus de 50% des installations renouvelables électriques sont aujourd’hui en possession des personnes privées (40%) et des agriculteurs (11%), témoignant de l’importance de ce phénomène de réappropriation citoyenne de l’énergie. Les multiples vertus de ce modèle citoyen en lien avec l’acceptabilité locale des projets et le développement de l’économie sociale et solidaire, ont même conduit le ministre de l’environnement à concevoir la mise en place d’un système similaire pour le développement des réseaux THT.

Intelligence collective

Le modèle de participation citoyenne et de gouvernance locale de l’énergie mis en œuvre en Allemagne peut être une inspiration pour le cadre français. Au-delà de la participation au débat lui-même, il s’agit de fixer le cadre qui permet à tous et chacun de devenir acteur de cette transition et à initier de nouveaux projets à l’échelle locale. Cela implique également de considérer la transition énergétique non pas uniquement comme un processus technico-économique mais comme un changement de paradigme organisationnel. Cela doit également nous amener à réinterroger notre conception du service public de l’énergie et à lui donner un nouveau sens, en cohérence avec la dimension territoriale et les priorités de maîtrise de la demande énergétique.

Enfin, l’exemple allemand montre que nous ne pouvons attendre de connaître avec précision tous les risques et aléas, toutes les solutions optimales, avant de nous lancer dans ce vaste chantier, au risque de ne jamais le faire. C’est justement tout le sens d’une transition que d’être un processus dynamique d’adaptation et d’apprentissage, fondé sur l’intelligence collective.

(1) Durant laquelle a notamment été créée la coopérative citoyenne EWS Schönau, présente sur tous les échelons du marché de électricité (production, concession réseau, fourniture) et qui compte aujourd’hui plus de 160.000 clients.

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L’INDÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE EN QUESTION : INFOGRAPHIE & VIDÉO



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