UNE EXPERTISE INDÉPENDANTE
DANS LE DÉBAT SUR
LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

À LA UNE
GLOBAL-CHANCE

Les Cahiers de Global Chance, n°37, juin 2015

Imaginer l’inimaginable ou cultiver son jardin ?

À quelques mois de COP21, la négociation climat occupe le devant de la scène, non sans renoncements et faux-semblants, mais la question nucléaire continue à faire la une en France, tant la réalité y dépasse la fiction...


Page publiée en ligne le 4 juin 2015
Dernière mise à jour (téléchargements et résumés au survol) : 1er juillet 2015

Sur cette page :
Éditorial - Sommaire
À découvrir également sur le site de Global Chance

Téléchargement : Numéro entier (fichier pdf, 7.1 Mo) ou article par article via le Sommaire.

Ce 37ème numéro des Cahiers de Global Chance est également disponible auprès de l’association, en adressant un chèque de 15 euros à Global Chance, 5 avenue de Trivaux, 92190 Meudon, France. Vous pouvez utiliser à cette fin notre bon de commande.

ÉDITORIAL

La préparation de la COP 21, présentée régulièrement comment la dernière chance de trouver un accord international sur le climat à la hauteur du défi à relever, avec ses espoirs parfois un peu cocorico, ses incertitudes et ses renoncements anticipés, se situe dans une histoire de négociation multilatérale vieille aujourd’hui de 23 ans (Rio 1992) avec ses avancées et ses reculs, ses promesses et ses renoncements, aussi bien en termes de méthodes et objets de la négociation qu’en termes d’objectifs et de partenaires principalement concernés.

Au cours de cette période, la connaissance et la prise de conscience du grand public de la réalité et de l’imminence des dangers encourus se sont constamment renforcés, poussant les gouvernements à prendre en compte, avec plus ou moins de réticences, l’urgence de la question climatique dans leur projet politique. L’émergence de puissances industrielles majeures comme la Chine, devenu le premier responsable des émissions de GES au monde, devant les États-Unis, rebat d’autre part les cartes du jeu géopolitique.

C’est donc à l’issue de longues négociations menées dans le cadre des Nations Unies, mais dans un contexte géopolitique, économique et énergétique profondément différent de celui du début des années 90 que se profile la prochaine négociation.

Mais la crise économique de 2008, avec ses conséquences mondiales sur la croissance, le pouvoir d’achat et l’emploi et, plus récemment, l’effondrement des prix du pétrole ont souvent servi de prétexte à nos gouvernements pour reléguer la question climatique à des jours meilleurs, quand la crise serait passée et la croissance revenue. En France même où le climato-scepticisme n’a pas réellement percé, les opposants à une action vigoureuse de lutte contre le climat justifient leur passivité par le fait que la France n’est responsable que de moins de 1,5 % des émissions mondiales de GES ou affirment que l’objectif de limiter à deux degrés le réchauffement au cours du siècle n’est déjà plus tenable et proposent de « renégocier » à la hausse (vers 2,5 voire 3 degrés) l’objectif avec la communauté scientifique, comme s’il s’agissait d’une enchère à l’américaine !

C’est pourquoi nous consacrons un article à ce cadrage historique et géopolitique indispensable (Michel Colombier) et un article à la façon dont l’action pour la prévention des émissions de gaz à effet de serre est prise en compte en Afrique de l’ouest.

D’autre part, comme nous l’avons fait de nombreuses fois à propos du méthane, nous alertons nos concitoyens et les pouvoirs publics sur l’importance majeure, aussi bien en termes climatiques qu’en terme de développement, des questions de lutte pour la préservation des sols agricoles en voie de disparition par désertification ou artificialisation. Cette très importante question semble aujourd’hui complètement absente de la préparation de COP 21, alors que les enjeux climatiques et alimentaires d’une politique mondiale de restauration des terres dégradées, (très peu coûteuse à la tonne de CO2 séquestré) sont considérables (voir article de Monique Barbut).

Nous profitons de cette discussion des questions d’usage des terres pour engager à Global Chance une première réflexion (Jean Claude Ray) sur la question des pratiques agricoles alternatives à la production intensive actuelle, dont les conséquences négatives en termes d’emploi, de santé, d’environnement local de biodiversité et d’émissions de gaz à effet de serre (en particulier du fait des dépenses énergétiques qu’entraîne la fabrication et des émissions de N2O associées à l’usage intensif des engrais azotés) sont devenues majeures.

Reste qu’en France, bien plus que la transition énergétique, c’est toujours la question nucléaire qui continue à faire la une, tant la réalité dépasse la fiction.

L’histoire des dix dernières années montre tristement que nous avons été bien loin, nous qui étions pourtant très critiques vis-à-vis de l’EPR, d’avoir eu assez d’imagination pour anticiper une telle catastrophe économique et industrielle. Non, nous n’avons pas su « Imaginer l’inimaginable » comme le proposait Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN à propos des accidents nucléaires majeurs.

En 2004 nous affichions pourtant déjà (1) nos doutes sur l’économie du projet EPR : « On parle d’un démonstrateur à 3 milliards d’euros et le Ministère de l’Industrie d’un coût de 1 040 euros 2004 le kW (1 240 € 2015) pour le réacteur de série (10 exemplaires) 22 % inférieur à celui que nous avions retenu dans le rapport Charpin Dessus Pellat quatre ans plus tôt avec l’accord de Framatome et un coût du MWh de 20 € (23,80 € 2015) externalités comprises… »

Sept ans plus tard, en 2011, dans l’introduction, de « Nucléaire : le déclin de l’empire français » (2) nous rappelions que « Il y a trois ans, Nicolas Sarkozy annonçait la construction d’un nouvel EPR à Penly « l’appartement témoin » de la série de réacteurs que la diplomatie française se faisait fort de diffuser, à coups de contrats à 5 milliards pièce, d’Abu Dhabi en Chine en passant par les États-Unis, la Lybie et la Grande Bretagne… Aujourd’hui, ajoutions-nous, personne ne sait plus si Penly se fera, ni quand. Tout le monde sait par contre que l’EPR de Flamanville sera au moins trois ans en retard et coûtera plutôt cinq milliards d’euros que trois, que l’EPR finlandais coûtera six milliards d’euros au lieu de trois et aura quatre ans de retard… Les chantiers français à l’international se résument toujours à deux sites. »

Nous étions pourtant encore bien en deçà de la vérité, puisqu’en décembre 2012 EDF annonçait que le coût de l’EPR de Flamanville passerait de 6 milliards à 8,5 milliards pour un démarrage en 2016. Et le 18 novembre 2014, nouveau rebondissement : le réacteur ne démarrerait qu’en 2017 sans plus aucune indication de son nouveau coût.

Alors, dans une tribune parue le 25 mars dernier (3), nous nous sommes un peu lâchés en prévoyant que nous parviendrions au fameux facteur 4, non pas comme on aurait pu l’imaginer naïvement sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais sur le coût du nucléaire. Et peut-être même bien avant 2040 !

Nous avons une fois de plus pêché par naïveté. Car quinze jours après, il fallait déjà revoir notre copie : l’inimaginable devenait possible, puisque la sûreté des cuves de cinq EPR sur les six en construction ou en espoir de commande était gravement remise en question, avec des conséquences majeures sur le coût de l’opération. Le facteur 4 sur le coût du kWh EPR est donc en passe d’être acquis !

Quant au déficit d’Areva qui dépasse 0,50 euro par euro de matériel et services vendu (4,8 milliards sur un chiffre d’affaire de 9 milliards), on n’ose même plus en parler, s’il faut changer la cuve de Flamanville, celles des deux réacteurs chinois et celles de Hinkley Point. L’acharnement thérapeutique de ses zélateurs sur le moribond, émaillé de déclarations lénifiantes, voire négationnistes sur les conséquences de l’accident de Fukushima (4) et de promesses de lendemains qui chantent aurait un caractère presque risible si ses conséquences présentes et plus encore futures n’étaient pas aussi catastrophiques : le maintien, voire le renforcement des risques d’accident majeur, l’accumulation des déchets en berne, un blocage rétrograde de la transition énergétique illustré par la tentative gouvernementale de retarder au maximum la publication par l’Ademe de son scénario « Vers un mix électrique 100 % renouvelable en 2050 »…

Dans ces conditions, il nous faut une fois de plus revenir sur cette question du nucléaire dans nos colonnes : analyse des conséquences des accidents de Tchernobyl (Jean-Claude Zerbib) et de Fukushima (David Boilley), perspectives de coût de l’EPR (Benjamin Dessus), projet de réacteur Atmea face à ses concurrents et projet de surgénérateur Astrid (Bernard Laponche), scénario tout renouvelable de l’Ademe (Benjamin Dessus), le GIEC et le nucléaire (Bernard Laponche).

Dernière minute et cerise sur le gâteau de l’inimaginable : on apprend qu’EDF a rejeté dans la Loire une quantité indéterminée de plutonium en fusion du réacteur de St Laurent lors d’un accident survenu en 1980. L’ASN était au courant de ce rejet. Pourtant, aucune mesure de protection des populations de la vallée de la Loire n’a été entreprise et le secret a été maintenu 35 ans, jusqu’à ce que Marcel Boiteux (ancien président d’EDF) vienne expliquer tranquillement à la télévision que ce n’était certes pas bien mais pas grave…

Décidément, à Global Chance, nous manquons totalement d’imagination !

Global Chance

Notes

(1) - Le réacteur nucléaire EPR : un projet inutile et dangereux, Les Cahiers de Global Chance, n°18, janvier 2004.
(2) - Nucléaire : le déclin de l’empire français, Les Cahiers de Global Chance, n°29, avril 2011.
(3) - Benjamin Dessus, EDF invente la loi du triplement des coûts du nucléaire, Reporterre, 25 mars 2015.
(4) - Ecouter par ex les dernières minutes de l’intervention d’Henri Prévot dans l’émission www.franceculture.fr/emission-dugrain-
a-moudre-le-nucleaire-est-il-rentable-2015-03-02

(haut de page)

SOMMAIRE

(encadré = plus d’informations au survol)

Editorial
Global Chance
[2 pages, fichier pdf, 100 Ko]

COP 21 : NÉGOCIER QUOI SUR QUELLES BASES ?

Chronique d’un succès annoncé
Michel Colombier
[7 pages, fichier pdf, 150 Ko]

Mieux gérer les terres pour mieux gérer le climat : un enjeu fondamental
Monique Barbut
[3 pages, fichier pdf, 100 Ko]

Les actions en faveur du climat en Afrique de l’ouest
Edgar Blaustein, Anne Rialhe
[9 pages, fichier pdf, 190 Ko]

CULTIVER NOTRE JARDIN ?

Agriculture : un autre paradigme est-il possible ?
Jean Claude Ray
[12 pages, fichier pdf, 435 Ko]

LE NUCLÉAIRE FRANÇAIS : IMAGINER L’INIMAGINABLE !

Tchernobyl, effets sanitaires et environnementaux
Jean Claude Zerbib
[21 pages, fichier pdf, 725 Ko]

L’impact sanitaire de la catastrophe de Fukushima
David Boilley
[9 pages, fichier pdf, 225 Ko]

Fastoche le facteur 4 !
Benjamin Dessus
[1 page, fichier pdf, 60 Ko]

ATMEA et ses concurrents
Bernard Laponche
[7 pages, fichier pdf, 140 Ko]

ASTRID : Une filière nucléaire à haut risque et coût exorbitant
Bernard Laponche
[13 pages, fichier pdf, 400 Ko]

Poursuite du nucléaire ? La charge de la preuve change de camp !
Benjamin Dessus
[1 page, fichier pdf, 45 Ko]

Le GIEC et le nucléaire
[4 pages, fichier pdf, 105 Ko]
Bernard Laponche

À DÉCOUVRIR ÉGALEMENT SUR LE SITE DE GLOBAL CHANCE

Ci-dessous :
Les Cahiers de Global Chance
Les Dossiers de Global-Chance.org

(encadré = plus d’informations au survol)

Les Cahiers de Global Chance

Autour de la transition énergétique : questions et débats d’actualité (suite)
Les Cahiers de Global Chance, n°36, novembre 2014, 68 pages

Autour de la transition énergétique : questions et débats d’actualité
Les Cahiers de Global Chance, n°35, juin 2014, 84 pages

Le casse-tête des matières et déchets nucléaires
Les Cahiers de Global Chance, n°34, novembre 2013, 76 pages

Des questions qui fâchent : contribution au débat national sur la transition énergétique
Les Cahiers de Global Chance, n°33, mars 2013, 116 pages

L’efficacité énergétique à travers le monde : sur le chemin de la transition
Les Cahiers de Global Chance, n°32, octobre 2012, 180 pages

L’énergie et les présidentielles : décrypter rapports et scénarios
Les Cahiers de Global Chance, n°31, mars 2012, 100 pages

L’énergie en France et en Allemagne : une comparaison instructive
Les Cahiers de Global Chance, n°30, septembre 2011, 96 pages

(haut de page) (liste complète)

Les Dossiers de Global-Chance.org

(par ordre chronologique de publication sur le site)

Climat : n’oublions pas le méthane !
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Les travaux de Global Chance et de ses membres sur le mésusage du concept de « PRG »

Fukushima : réactions en chaîne
Tribunes, analyses, interviews, etc. :
Les réactions des membres de Global Chance face à la catastrophe nucléaire de Fukushima

Nucléaire : par ici la sortie !
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Les propositions de Global Chance et de ses membres pour, enfin, sortir du nucléaire

Accidents nucléaires : de l’improbable à l’imprévisible
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Les contributions de Global Chance et de ses membres au débat sur la sûreté nucléaire

Déchets nucléaires : qu’en faire ?
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Les analyses de Global Chance et de ses membres sur la question des déchets nucléaires

Gaz de schiste : miracle ou mirage ?
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Ls contributions de Global Chance et de ses membres au débat sur les gaz de schiste

Nucléaire : une indépendance énergétique en trompe-l’œil
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Global Chance et ses membres dénoncent le mythe d’une « énergie 100% nationale »

Nucléaire : quand la facture explose...
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc :
Le débat sur les coûts réels du nucléaire vu par Global Chance et ses membres

Bure : ceci n’est pas un débat public
Contributions, analyses, vidéos....
Global Chance et ses membres dans le « débat public » sur le projet Cigéo

(haut de page)

LES ESSENTIELS
réalisé par PixelsMill >