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Sûreté nucléaire en France post-Fukushima

Analyse critique des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) menées sur les installations nucléaires françaises après Fukushima

Experts indépendants, Arjun Makhijani et Yves Marignac exposent les limites des “stress-tests” d’EDF dans un rapport rendu public par Greenpeace le 20 février 2012. Ils soulignent la fragilité d’un parc nucléaire vieillissant, les vulnérabilités du projet de réacteur EPR ainsi que les points faibles de l’usine de La Hague. Leur conclusion est des plus préoccupante : « à la lumière de Fukushima, plusieurs scénarios d’accident majeur doivent être considérés comme plausibles [en France] ». Après avoir formulé une série complète de recommandations détaillées, ils appellent donc à « élargir le cercle de l’expertise de ces dossiers » afin « de faire émerger et de mettre en débat une approche plus complète pour définir des nouvelles exigences de sûreté et leurs conditions de mise en œuvre. »


Page publiée en ligne le 23 février 2012
Dernière mise à jour : 5 avril 2014 à 13h40

Sur cette page :
Le rapport et ses auteurs
Conclusions et recommandations (extraits)
Table des matières
Revue de presse (en cours...)
À voir également sur le site (publications et dossiers)

Télécharger le rapport Sûreté nucléaire en France post-Fukushima (pdf, 2.6 Mo)

LE RAPPORT ET SES AUTEURS

Les 58 réacteurs nucléaires français aussi fragiles que ceux de Fukushima

Greenpeace a commandité un rapport critique sur les évaluations complémentaires de sûreté, communément appelées “stress-tests”, des installations nucléaires françaises, demandées par le gouvernement à EDF et Areva et analysées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Cette contre-analyse menée par des experts indépendants démontre qu’en cas d’accident entraînant une fusion du cœur du réacteur aucun des 58 réacteurs nucléaires français en fonctionnement ne résisterait mieux que ceux de Fukushima : les risques de ruptures de confinement et de rejets radioactifs importants sont tout aussi réels qu’au Japon.

Sur la méthode d’analyse employée par les exploitants, les experts indépendants sont dubitatifs : les évaluations complémentaires de sûreté ont été faites de manière totalement théorique. Les rapports d’EDF ou d’Areva se basent uniquement sur la conception initiale des installations, c’est-à-dire que le vieillissement et l’usure des bâtiments et pièces ne sont pas pris en compte dans les analyses.

Autre point mis en avant par les scientifiques : l’absence de prise en compte des risques liés à certains facteurs extérieurs, notamment le facteur humain.

Enfin, et c’est sans doute le plus inquiétant, dans les documents fournis par EDF et Areva, il n’est jamais question de pistes pour essayer d’améliorer la sûreté des réacteurs nucléaires et ainsi de diminuer la probabilité d’un accident.

Contrairement aux industriels du nucléaire, les experts indépendants proposent dans leur rapport des recommandations.

Les auteurs du rapport

Arjun Makhijani est président de l’Institut de l’énergie et de la recherche environnementale à Takoma Park, Maryland (États-Unis). Il a obtenu son doctorat en génie électrique et sciences informatiques en 1972 à l’université de Berkley, en Californie.

Yves Marignac est directeur de l’Agence indépendante d’information, d’étude et de conseil sur le nucléaire et les politiques énergétiques, WISE-Paris. Il est aussi membre de l’International Panel on Fissile Materials (IPFM) et coordinateur du Groupe d’expertise pluraliste (GEP) sur les mines d’uranium du Limousin.

(Source : Greenpeace France, communiqué du 20 février 2012)

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RÉSUMÉ - CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS

[Extraits - Télécharger le résumé complet (pdf, 370 Ko)]

La catastrophe qui a frappé la centrale de Fukushima Daiichi au Japon le 11 mars 2011 a définitivement démontré qu’un scénario d’accident jugé jusque là trop improbable pouvait se réaliser. Pour répondre aux défaillances multiples et sans précédent de la sûreté nucléaire ainsi mises en évidence, le Gouvernement français a engagé très vite une démarche d’évaluation complémentaire de la sûreté (ECS) des principales installations nucléaires. Les rapports ECS des exploitants ont été publiés en septembre 2011 et leur analyse par l’IRSN a été publiée en novembre 2011. Ces mesures de transparence inédites, accompagnées d’une concertation dans les instances nationales et locales concernées, ouvrent la voie à une expertise pluraliste du dossier.

Le présent rapport dresse une analyse critique de la démarche conduite à travers les ECS, depuis leur cahier des charges jusqu’aux conclusions de l’IRSN, en s’appuyant notamment sur l’analyse menée par EDF sur les trois sites de Gravelines, Civaux et Flamanville couvrant les différents paliers du parc de réacteurs ainsi que le projet de réacteur EPR en construction, et sur l’analyse menée par Areva pour les usines de retraitement de La Hague. (...)

Principales conclusions

Notre analyse des évaluations complémentaires de sûreté confirme, au-delà des conclusions tirées dans leurs rapports par les exploitants, qu’à la lumière de Fukushima plusieurs scénarios d’accident majeur doivent être considérés comme plausibles :

• pour les 58 réacteurs en exploitation d’EDF, quelque soit le palier considéré :
> un accident de fusion du coeur peut conduire à une rupture brutale de l’enceinte (fuite atmosphérique majeure) et/ou un percement du radier (contamination des eaux),
> un accident de vidange de piscine d’entreposage peut conduire à un feu du combustible et à des rejets très importants faute d’enceinte de confinement de ce bâtiment ;
• pour le projet de réacteur EPR, les mêmes risques ne peuvent pas être totalement écartés ;
• pour les usines de retraitement de La Hague, un accident majeur peut se produire sur une piscine de combustible ou sur un stockage de déchets liquides hautement radioactifs.

Les rapports ECS constituent un bon point de départ pour envisager le renforcement de la sûreté des installations vis-à-vis de ces scénarios, mais ils présentent en l’état trop de limites et de lacunes pour fonder des décisions définitives.

À l’examen, le cahier des charges très limité et son interprétation par les exploitants ont en effet conduit à des faiblesses importantes dans les ECS :

1. Une réserve générale doit être posée sur les conclusions apportées par les exploitants, du fait d’une part des limites dans l’analyse de l’état réel des installations, et d’autre part que les démonstrations présentées n’ont dans l’ensemble pas pu s’appuyer sur de nouvelles études. De nombreuses conclusions reposent ainsi sur la justification par les « jugements d’experts » et la confiance des ingénieurs dans la qualité de la conception et de la construction des installations ;

2. Le tableau des déclencheurs et aggravations possibles de situations accidentelles n’est pas complet et les situations étudiées dans les ECS ne sont donc pas « enveloppe » des scénarios d’accident. Les éléments suivants manquent ou ne sont pas suffisamment développés dans les ECS :
a) les scénarios découlant de défaillances matérielles sur les équipements des installations, d’erreurs humaines et d’actes de malveillance,
b) les défaillances et agressions secondaires pouvant résulter d’un séisme et/ou une inondation et d’une perte d’alimentation électrique et/ou de refroidissement, notamment : (i) ruptures dans les circuits primaire et secondaire de refroidissement des réacteurs, (ii) chutes de charge (y compris d’un assemblage de combustible usé lors de son transfert ou d’un château de transport du combustible), (iii) incendies et (iv) explosions, y compris les explosions d’hydrogène dans les réacteurs et les explosions chimiques de « red oil » à La Hague.

3. Des facteurs susceptibles de rendre plus difficiles la gestion d’un accident, notamment la contamination sur le site due à la défaillance d’installations secondaires non-classées ne sont pas pris en compte. La contamination du site s’est révélée être un facteur important dans les difficultés auxquelles les autorités et le personnel se sont heurtés pour gérer l’accident de Fukushima. Celui-ci a aussi démontré que la contamination hors site peut compliquer la mobilisation des secours extérieurs et détourner les ressources, comme le personnel de protection. À ce titre, la réflexion menée dans le cadre des ECS doit conduire à une réévaluation des scénarios pour la planification de la gestion des conséquences immédiates de l’accident hors site et la gestion post-accidentelle à plus long terme.

4. Plusieurs questions génériques importantes ne sont pas examinées, dont :
a) les limites imposées par les choix non ou difficilement réversibles de conception, telles que le dimensionnement des enceintes des réacteurs ou celui des piscines d’entreposage du combustible sur les sites des centrales et à La Hague ;
b) le rôle que le vieillissement joue dans l’aggravation des conséquences des accidents. Les ECS sont basées sur un état théorique des installations mi-2011 et ne prennent pas en compte le vieillissement, qui augmente le risque de défaillance des dispositifs de sûreté et celui de rupture d’éléments matériels, y compris non remplaçables (cuve et enceinte des réacteurs).

5. En général, les propositions développées autour de l’idée de « noyau dur » pour l’alimentation électrique et le refroidissement, et du renforcement des moyens de gestion de crise répondent par l’aval sans réduire en amont le potentiel de danger. Il manque par exemple dans les ECS :
a) une réflexion sur des facteurs de risques tels que l’utilisation de gaines de combustible en zirconium. Le zirconium joue un rôle central dans les accidents de fusion et dans la production d’hydrogène lors de ces types d’accidents, comme cela s’est produit à Three Mile Island et à Fukushima, mais la possibilité de recourir à des matériaux alternatifs n’est pas abordée ;
b) une évaluation du facteur aggravant que constitue l’utilisation du combustible MOX ou du risque que génère l’entreposage concentré de grandes quantités de combustible, dont une part importante de MOX, à La Hague.

Principales recommandations

Les documents ECS devraient être révisés selon un cahier des charges plus complet, qui inclut les
agressions internes et externes, et la gestion des crises prenant en compte la contamination sur site et hors site. Les analyses présentées devraient également mieux identifier les marges d’incertitude pesant sur les conclusions et les moyens et délais envisagés pour les réduire. En outre, les ECS devraient prendre en compte l’état actuel des installations.

Élargir le cercle de l’expertise de ces dossiers nous semble nécessaire et constitue à terme un moyen de faire émerger et de mettre en débat une approche plus complète pour définir des nouvelles exigences de sûreté et leurs conditions de mise en oeuvre. À ce titre, un processus de recensement systématique et de suivi des différents approfondissements et prolongements de la démarche ECS devrait être mis en place, et des revues indépendantes devraient être prévues aux étapes les plus critiques. Ce processus devrait en particulier couvrir la réalisation des améliorations des ECS recommandées ci-après.

(...)

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TABLE DES MATIÈRES

Remerciements et avertissement

Résumé - Conclusions et recommandations

I. Introduction

II. La méthodologie des évaluations complèmentaires de sûreté

1. ECS et retour d’expérience de Fukushima
2. Cahier des charges des ECS
3. Cadre méthodologique des ECS
3.1. Points forts du cadre méthodologique
3.2. Points faibles et lacunes de la méthodologie

4. Recommandations

III. Analyse de la démarche ECS d’EDF pour les centrales

1. Note préliminaire : les références et la transparence
2. La démarche des ECS conduite par EDF
2.1. Réévaluation des risques et des scénarios d’accident proposée par EDF
2.2. Dispositions envisagées par EDF pour accroître la robustesse
2.3. Commentaires sur la démarche d’EDF

3. Analyse des rapports ECS d’EDF présentée par l’IRSN
3.1. Approche de l’IRSN
3.2. Prise en compte des risques de séisme et d’inondation
3.3. Prise en compte des agressions induites
3.4. Avis de l’IRSN sur les situations accidentelles
3.5. Avis de l’IRSN sur moyens de limitation des conséquences d’un accident grave
3.6. Commentaires sur l’avis de l’IRSN

4. Conclusions sur les apports et limites des ECS produites par EDF
4.1. Principaux points forts de la démarche ECS d’EDF
4.2. Points faibles dans la démonstration proposée par EDF

IV. Compléments nécessaires à la démarche ECS d’EDF

1. Accroître la sûreté par la prévention, l’exemple du zircaloy
2. Réduire le potentiel de danger, l’exemple du combustible MOX
3. Approche réaliste sur l’état des installations et prise en compte du vieillissement
3.1. Limites du processus de vérification de la conformité
3.2. Conformité et vieillissement
3.3. Conclusions

4. Réexamen des dispositions profondes de conception et de construction
4.1. Robustesse des enceintes de confinement
4.2. Piscines de refroidissement
4.3. Conclusions

5. Conséquences d’accidents graves dans les piscines de désactivation
6. Réévaluation des conséquences hors site d’un accident sur une centrale
7. Approche globale sur les risques, intégration de la sécurité

V. Application de la démarche ECS aux réacteurs existants : les cas de Gravelines, Flamanville et Civaux

1. Description des sites dans les rapports ECS d’EDF
1.1. Caractéristiques des installations et des sites
1.2. Commentaires sur la présentation des sites dans les rapports ECS d’EDF

2. Conclusions génériques d’EDF applicables aux centrales de Gravelines, Flamanville et Civaux
3. Éléments d’analyse complémentaires sur la centrale de Gravelines
3.1. Présence de combustible MOX
3.2. Conformité de l’installation et vieillissement
3.3. Dimensionnement aux agressions externes naturelles
3.4. Vulnérabilités et scénarios d’accident

4. Éléments d’analyse complémentaires sur la centrale de Flamanville
4.1. Conformité de l’installation et vieillissement
4.2. Dimensionnement aux agressions externes naturelles
4.3. Vulnérabilités et scénarios d’accident

5. Éléments d’analyse complémentaires sur la centrale de Civaux
5.1. Conformité de l’installation et vieillissement
5.2. Dimensionnement aux agressions externes naturelles
5.3. Vulnérabilités et scénarios d’accident

6. Conclusions sur les réacteurs existants

VI. Application de la démarche ECS au projet de réacteur EPR de Flamanville

1. Conclusions d’EDF pour l’EPR de Flamanville
2. Objectifs et démonstration de sûreté du projet de réacteur EPR
2.1. EPR et potentiel de danger
2.2. Démonstration générale de sûreté
2.3. Sécurité

3. Compléments d’évaluation du projet EPR de Flamanville
3.1. Conformité des travaux de construction
3.2. Dimensionnement
3.3. Vulnérabilités et scénarios d’accident

4. Conclusions sur l’EPR

VII. Analyse de l’ECS produite par Areva pour La Hague

1. Note préliminaire : les références et la transparence
2. Présentation succincte du site et de la situation actuelle
3. Principaux points forts et points faibles dans la présentation et la démarche d’Areva
3.1. Points forts
3.2.
Points faibles
4. Discussion approfondie des points faibles
4.1. Explosions de red oil
4.2. Un point de vue limité des accidents
4.3. Élargissement des situations accidentelles importantes
4.4. Manque d’analyse des accidents passés ou évités de justesse
4.5. Gestion des accidents dans le contexte d’une contamination sur site et hors site
4.6. La question de la sous-traitance

5. Conclusion globale sur La Hague

Bibliographie

(haut de page)

REVUE DE PRESSE

Ci-dessous :

Pour Greenpeace, l’accident nucléaire reste possible
Rémi Barroux et Pierre Le Hir, Le Monde, mardi 21 février 2012
Greenpeace critique les rapports sur la sûreté des centrales françaises
Libération, lundi 20 février 2012
Greenpeace alerte sur la vulnérabilité des centrales
Tristan Vey, LeFigaro.fr, lundi 20 février 2012
Greenpeace pointe les faiblesses des rapports d’évaluation des centrales
Astrid Gouzik, L’Usine Nouvelle, lundi 20 février 2012

Ailleurs sur le site :

« Les exploitants français n’ont pas tiré les leçons de Fukushima »
Yves Marignac, interview publié par Le Figaro le 20 février 2012

Nucléaire : « Chacun sait qu’il y a des risques d’accidents »
Yves Marignac, interview publié par L’Express le 20 février 2012


Pour Greenpeace, l’accident nucléaire reste possible
Rémi Barroux et Pierre Le Hir, Le Monde, mardi 21 février 2012

Jamais l’atome n’aura fait l’objet, en France, d’autant d’études, de rapports et de contre-rapports. Après l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), la Cour des comptes et la commission « Energies 2050 », c’était au tour de Greenpeace de rendre publique, lundi 20 février, une « analyse critique des évaluations complémentaires de sûreté menées sur les installations nucléaires françaises après Fukushima ».
Principale conclusion : ces évaluations comportent « trop de limites et de lacunes pour fonder des décisions définitives ». Autrement dit, les mesures de renforcement de la sûreté du parc nucléaire préconisées par l’ASN sont mal étayées. Et elles ne permettent donc pas de parer à tout risque d’accident majeur.
La contre-expertise de Greenpeace-France, un épais document technique de 178 pages, a été réalisée par deux spécialistes du nucléaire : Arjun Makhijani, président de l’Institute for Energy and Environmental Research (IEER), une Organisation non gouvernementale (ONG) américaine, et Yves Marignac, directeur de l’agence française d’information et d’études sur l’énergie Wise-Paris. Elle s’appuie sur les dossiers remis en septembre 2011 par EDF et par Areva, à la suite des tests de résistance (« stress tests ») des installations nucléaires demandés par le gouvernement français et par la Commission de Bruxelles.
Les auteurs ont plus particulièrement passé au crible les dossiers des centrales de Gravelines (Nord), Flamanville (Manche) et Civaux (Vienne) – représentatives des différents « paliers » du parc électronucléaire (900, 1 300 et 1 500 mégawatts) –, ainsi que ceux de l’EPR en construction à Flamanville et des usines de retraitement de La Hague (Manche).

Un accident majeur possible

A la lumière de Fukushima, « plusieurs scénarios d’accident majeur doivent être considérés comme plausibles », estiment les auteurs du rapport. Pour les 58 réacteurs en exploitation, « un accident de fusion du cœur peut conduire à une rupture brutale de l’enceinte et/ou un percement du radier [socle en béton] », provoquant une contamination de l’air ou des eaux. Et « un accident de vidange de piscine d’entreposage [de combustibles usés] peut conduire à un feu du combustible et à des rejets très importants faute d’enceinte de confinement ».

Des faiblesses dans les évaluations de sûreté

Les évaluations menées par EDF et le renforcement de la robustesse demandé par l’ASN sont précisément destinés à prévenir ces risques. Mais, déplore Yves Marignac, « les scénarios accidentels envisagés par EDF n’envisagent pas tous les développements possibles ». D’une part, ils reposent sur « des jugements d’ingénieurs et leur confiance dans la qualité de la conception des installation », et non pas sur de nouvelles études. D’autre part, ils « excluent les défaillances et agressions secondaires pouvant résulter d’un séisme, d’une inondation, ou d’une perte d’électricité ou d’eau de refroidissement ». Par exemple « une explosion d’hydrogène, un incendie, une rupture de circuit ou une chute de pièce mécanique ».
En outre, poursuit M. Marignac, les évaluations, fondées sur l’état des installations mi-2011, ne prennent pas en compte « le rôle que le vieillissement joue dans l’aggravation des accidents ». Pas davantage que les risques liés à des « actes de malveillance », délibérément exclus du champ des stress tests.

Des risques à réduire en amont

Pour les experts mandatés par Greeenpeace, l’approche d’EDF a le tort de se focaliser sur la gestion d’une situation de crise, « sans réduire en amont le potentiel de danger ». A leurs yeux, des recherches devraient être menées en vue de remplacer, dans les gaines de combustibles, le zirconium qui favorise le risque d’explosion d’hydrogène en cas de fusion du cœur. Des évaluations spécifiques devraient être réalisées sur « le rôle aggravant » que joue la présence de combustible MOX dans les piscines d’entreposage. Et la possibilité d’un entreposage à sec des combustibles usés devrait être étudiée, pour réduire le risque de vidange accidentelle des piscines.
Autre problème pointé, celui des enceintes de confinement. La « peau » métallique qui, sur les réacteurs de 900 MW, recouvre la paroi intérieure de l’enceinte en béton, a été remplacée, sur les réacteurs plus puissants, par une deuxième coque en béton. Or, estime M. Marignac, « l’absence de peau métallique intérieure est susceptible de les rendre plus vulnérables aux agressions internes telles qu’une explosioin d’hydrogène ».

Les fragilités de l’EPR et de La Hague

Bien que le futur EPR ait été conçu pour être plus sûr, « les mêmes risques [que ceux touchant les réacteurs en activité] ne peuvent pas être totalement écartés », estiment les auteurs du rapport. Rappelant les multiples « malfaçons » qui ont retardé le chantier de Flamanville, ils soulignent que « la démonstration de la sûreté de l’EPR n’est pas achevée », par exemple sur le dispositif de récupération de corium (cœur fondu).
Quant aux usines de retraitement de combustible de La Hague, elles sont exposées, note le rapport, à « un faible niveau de protection contre une vidange de piscine ».

Des études à approfondir

Au final, si les auteurs jugent que les évaluations de sûreté menées par EDF et Areva « constituent un bon point de départ », ils considèrent qu’elles doivent être prolongées par « des analyses approfondies et pluralistes ». Plus qu’un réquisitoire contre l’atome, exercice dont l’ONG écologiste est familière, cette contre-expertise veut ainsi « apporter des éléments utiles au débat français sur la sécurité nucléaire ».

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Greenpeace critique les rapports sur la sûreté des centrales françaises
Libération, lundi 20 février 2012

Dans une contre-expertise publiée ce lundi, l’ONG assure que les rapports commandés par le gouvernement et l’Union européenne après Fukushima présentent des « lacunes ».

Les rapports sur la sûreté des installations nucléaires françaises, commandées par le gouvernement et l’Union européenne après la catastrophe de Fukushima, présentent « des lacunes » dans l’évaluation des risques liés aux agressions et au vieillissement des centrales, selon la « contre-expertise » de Greenpeace rendue publique lundi.

« Les documents d’évaluation complémentaire de sûreté (ECS) devraient être révisés selon un cahier des charges plus complet qui inclut les agressions internes et externes », souligne le rapport établi pour le compte de Greenpeace par deux experts, l’Américain Arjun Makhijani, président de l’Institut pour l’énergie et la recherche environnementale (IEER) et le Français Yves Marignac, directeur de l’agence d’information et d’études sur l’énergie WISE.

Ils ont passé au crible les rapports d’EDF sur les centrales nucléaires de Gravelines, Civaux, Flamanville et du projet d’EPR, celui d’Areva sur le centre de traitement des déchets de La Hague et celui de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) sur le parc français.

« Etat théorique des installations »

Les deux experts ont critiqué le fait que les évaluations soient « basées sur un état théorique des installations à la mi-2011 et ne prennent pas en compte le vieillissement qui augmente le risque de défaillance des dispositifs de sûreté et celui de rupture » d’équipements primordiaux comme la cuve et l’enceinte des réacteurs.

Ils déplorent que les évaluations n’aient « pas abordé la possibilité de recourir à des matériaux alternatifs » en particulier le zirconium, qui entre dans la composition des gaines de combustibles. « Le zirconium, rappellent les experts, joue un rôle central dans les accidents de fusion et la production d’hydrogène (provoquant des explosions) comme à Three Mile Island (1979) et Fukushima ».

Les différences de conception des réacteurs selon leur puissance, avec une double paroi pour ceux de 1 300 et 1 450 MW et une simple paroi avec une peau métallique sur la surface intérieure pour ceux de 900 MW, posent également problème, selon les experts. Si la double paroi permet de mieux résister aux agressions externes, l’absence de peau métallique intérieure sur les réacteurs « est susceptible de les rendre plus vulnérables aux agressions internes comme une explosion d’hydrogène », indiquent-ils en regrettant qu’EDF n’ait « pas examiné les conséquences » de cela « en termes de robustesse ».

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Greenpeace alerte sur la vulnérabilité des centrales
Tristan Vey, LeFigaro.fr, lundi 20 février 2012

L’ONG a dévoilé lundi une contre-enquête sur la sûreté des installations françaises. Yves Marignac, l’un de ses deux auteurs, en explique les principales conclusions.

La contre-enquête dévoilée lundi par Greenpeace est un long document technique de 178 pages qui passe au crible les conclusions des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) réalisées par EDF, Areva et l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) dans les centrales françaises après l’accident de Fukushima. Yves Marignac, directeur de l’agence française d’information et d’études sur l’énergie Wise-Paris, l’un des deux auteurs de ce rapport, en expose le contenu.

Les exploitants français sous-estiment-ils encore le risque nucléaire ?

YM - En dépit de l’accident de Fukushima, nous avons conservé en France une doctrine de sûreté basée sur deux piliers. Le premier est de penser que l’on peut faire le tri entre des scénarios plus ou moins vraisemblables. Le second est de croire que les systèmes de secours et de confinement empêcheront toujours les rejets massifs de radioactivité dans l’environnement. Le tsunami japonais aurait dû permettre de remettre en cause cette vision des choses. Cela n’a pas été le cas.

Comment cela se traduit-il concrètement ?

Les exploitants ont encore laissé de côté le scénario, pourtant impossible à écarter définitivement selon l’IRSN, d’une fusion du cœur provoquant un dégagement massif d’hydrogène (ce qui s’est passé à Fukushima, ndlr) ou une explosion de vapeur. En refusant de considérer le risque d’explosion interne, on ne s’interroge pas correctement sur la fiabilité des enceintes de confinement. Nous expliquons dans notre rapport que l’absence de peau métallique intérieure dans les bâtiments-réacteurs de 1300 MW les rend paradoxalement plus vulnérables à ce type d’événement que les anciens réacteurs de 900 MW.

Vous mettez aussi en cause les piscines de refroidissement du combustible...

EDF n’envisage que le cas d’un défaut de refroidissement qui conduirait à l’évaporation progressive de l’eau de stockage. Le cas d’une vidange mécanique accidentelle n’est pas évoqué. Pourtant, un séisme important pourrait provoquer une telle vidange. L’absence de confinement de ces piscines poserait alors de gros problèmes. Par ailleurs, à La Hague, le risque d’une explosion provoquée par les solvants utilisés pour dissoudre le combustible usagé n’est jamais pris en compte. Ce n’est pas tolérable.

Outre ces mises en garde, quelles propositions faites-vous ?

Nous prônons une politique de limitation de ce que nous appelons « le potentiel de danger ». Le zyrconium, utilisé pour fabriquer la gaine des crayons de combustible, génère de l’hydrogène lorsqu’il se dégrade sous l’effet de la vapeur. Il faudrait mettre en place un programme de recherche ambitieux pour lui trouver un substitut. L’utilisation de combustible MOX, plus toxique, plus réactif et qui dégage plus de chaleur, est aussi un facteur aggravant. Il y a là un choix industriel sur lequel il convient peut-être de s’interroger. Nous estimons enfin que l’entreposage à La Hague pourrait se faire à sec plutôt que dans des piscines, comme cela se fait ailleurs dans le monde. Cela reviendrait toutefois à avouer que nous faisons du stockage à long terme ce qui n’est pas la ligne officielle. Dans les faits, il y a pourtant des déchets qui attendent d’être retraités depuis dix ans.

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Greenpeace pointe les faiblesses des rapports d’évaluation des centrales
Astrid Gouzik, L’Usine Nouvelle, lundi 20 février 2012

L’organisation écologiste a rendu sa contre-enquête sur le parc nucléaire français, lundi 20 février.

« Un bon point de départ », c’est en ces termes que Greenpeace qualifie l’évaluation complémentaire de sûreté (ECS) des principales installations nucléaires. Le rapport est réalisé par Arjun Makhijani, président de l’Institut pour l’énergie et la recherche environnementale (IEER) et Yves Marignac, directeur de l’agence d’information et d’études sur l’énergie WISE.

Le retour d’expérience de Fukushima

C’est suite à l’accident dramatique de la centrale nippone que le gouvernement français a engagé cette démarche d’évaluation de ses centrales. Les exploitants ont donc produit des rapports, publiés en septembre dernier alors que l’IRSN a dévoilé ses conclusions au mois de novembre. L’autorité de sûreté nucléaire (ASN) a ensuite émis ses recommandations, basées sur les analyses des scientifiques de l’IRSN, début janvier.

Pour l’ASN, les réacteurs français sont bons. Même si les opérateurs nucléaires, EDF en tête, vont devoir dépenser des milliards pour rendre les centrales encore plus robustes.

Aujourd’hui, c’est à la lumière du drame de Fukushima que Greenpeace demande à ce que la sûreté soit encore améliorée. Notamment en ne négligeant aucun risque, ni aucun élément aggravant.

L’organisation écologiste passe donc au crible les rapports d’EDF sur les centrales nucléaires de Gravelines, Civaux, Flamanville et du projet d’EPR, celui d’Areva sur le centre de traitement des déchets de La Hague. Il examine aussi le rapport de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) sur l’ensemble du parc français.

Vers une meilleure gestion des risques d’agression

Si l’organisation non gouvernementale reconnaît quelques « points forts », elle ne manque pas de souligner les limites et les lacunes de ces rapports. Elles concernent principalement les risques d’agression et le vieillissement des centrales. Les ECS « devraient être révisés selon un cahier des charges plus complet qui inclut les agressions internes et externes »,

En effet, selon les experts mandatés par Greenpeace, le « tableau des déclencheurs et aggravations possibles des situations actuelles n’est pas complet ». De plus, EDF, Areva et l’IRSN ne semblent pas intégrer les facteurs « susceptibles de rendre plus difficiles la gestion d’un accident, notamment la contamination sur le site ».

Le vieillissement des centrales en ligne de mire

« Le vieillissement et l’usure des différents dispositifs participant à la sûreté réduisent régulièrement les marges de sûreté réputées acquises à la conception et à la construction », soulignent Arjun Makhijani et Yves Marignac.

Ils rappellent également que les réacteurs ont été conçus pour fonctionner 30 au minimum, et 40 ans au maximum. Et « aucun renforcement ne semble à même de repousser les limites imposées par le vieillissement ».

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À VOIR ÉGALEMENT SUR LE SITE DE GLOBAL CHANCE

Publications de membre de l’association
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Dossiers thématiques

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(encadré = plus d’informations au survol)

L’échéance des 40 ans pour le parc nucléaire français
Processus de décision, options de renforcement et coûts associés à une éventuelle prolongation d’exploitation au delà de 40 ans des réacteurs d’EDF
Yves Marignac, Wise Paris, samedi 22 février 2014, 171 pages

Mais quel âge a ma centrale ? Chroniques de l’atome masqué (3)
Bernard Laponche, Médiapart, mardi 4 juin 2013

Centrales nucléaires : « Les risques s’accroissent avec l’âge »
Bernard Laponche (interview), Paris-Normandie.fr, dimanche 5 mai 2013

La gouvernance de la sûreté nucléaire. Citations et questionnements
Bernard Laponche, Débat national sur la transition énergétique, Note au groupe “Gouvernance” du CNDTE, mercredi 27 mars 2013, 28 pages

Le risque d’accident des centrales nucléaires. Citations et questionnements
Bernard Laponche, Débat national sur la transition énergétique, Note au sous-groupe “scénarios” du groupe d’experts, 26 mars 2013, 41 pages

De la responsabilité politique de la sûreté nucléaire
Bernard Laponche, Le Cercle - Les Échos, mercredi 10 octobre 2012

Nuclear-Free Futur Award 2012 : Yves Marignac lauréat !
Yves Marignac, discours d’acceptation, Heiden (Suisse), samedi 29 septembre 2012

Accident nucléaire : l’inacceptable pari
Bernard Laponche, in « Atomes crochus : argent, pouvoir et nucléaire », Réseau Sortir du Nucléaire, juillet 2012

Prolonger le parc nucléaire : des risques inacceptables
Benjamin Dessus et Bernard Laponche, Communiqué, dimanche 19 février 2012

Manifeste négaWatt : réussir la transition énergétique
Association négaWatt / Thierry Salomon, Marc Jedliczka et Yves Marignac
Éditions Actes Sud, janvier 2012, 376 pages

La France à l’abri d’un accident japonais ?
Benjamin Dessus et Bernard Laponche, Médiapart, dimanche 13 mars 2011

Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’état au recyclage « écologique »
Bernard Laponche, entretien avec Charlotte Nordmann, La Revue internationale des Livres & des idées, n°14, novembre-décembre 2009.

Le vieillissement des installations nucléaires : un processus mal maîtrisé et insuffisamment encadré
Yves Marignac, Contrôle (revue bimestrielle d’information de l’Autorité de Sûreté Nucléaire), dossier n°184 : « La poursuite d’exploitation des centrales nucléaires », juillet 2009

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Publications de Global Chance

(encadré = plus d’informations au survol)

Le casse-tête des matières et déchets nucléaires
Les Cahiers de Global Chance, n°34, novembre 2013, 76 pages

Des questions qui fâchent : contribution au débat national sur la transition énergétique
Les Cahiers de Global Chance, n°33, mars 2013, 116 pages

L’efficacité énergétique à travers le monde : sur le chemin de la transition
Les Cahiers de Global Chance, n°32, octobre 2012, 180 pages

L’énergie et les présidentielles : décrypter rapports et scénarios
Les Cahiers de Global Chance, n°31, mars 2012, 100 pages

L’énergie en France et en Allemagne : une comparaison instructive
Les Cahiers de Global Chance, n°30, septembre 2011, 96 pages

Nucléaire : le déclin de l’empire français
Les Cahiers de Global Chance, n°29, avril 2011, 112 pages

Nucléaire : la grande illusion - Promesses, déboires et menaces
Les Cahiers de Global Chance, n°25, septembre 2008, 84 pages

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Les Dossiers de Global-Chance.org

(encadré = plus d’informations au survol)

Climat : n’oublions pas le méthane !
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Les travaux de Global Chance et de ses membres sur le mésusage du concept de « PRG »

Fukushima : réactions en chaîne
Tribunes, analyses, interviews, etc. :
Les réactions des membres de Global Chance face à la catastrophe nucléaire de Fukushima

Nucléaire : par ici la sortie !
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Les propositions de Global Chance et de ses membres pour, enfin, sortir du nucléaire

Accidents nucléaires : de l’improbable à l’imprévisible
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Les contributions de Global Chance et de ses membres au débat sur la sûreté nucléaire

Déchets nucléaires : qu’en faire ?
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Les analyses de Global Chance et de ses membres sur la question des déchets nucléaires

Gaz de schiste : miracle ou mirage ?
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Ls contributions de Global Chance et de ses membres au débat sur les gaz de schiste

Nucléaire : une indépendance énergétique en trompe-l’œil
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Global Chance et ses membres dénoncent le mythe d’une « énergie 100% nationale »

Nucléaire : quand la facture explose...
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc :
Le débat sur les coûts réels du nucléaire vu par Global Chance et ses membres

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LES ESSENTIELS
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