UNE EXPERTISE INDÉPENDANTE
DANS LE DÉBAT SUR
LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

À LA UNE
GLOBAL-CHANCE

Les Cahiers de Global Chance, n°31, mars 2012

L’énergie et les présidentielles : décrypter rapports et scénarios

La “transition énergétique à la française” se résumera-t-elle au prolongement du parc nucléaire actuel pendant 20 ans supplémentaires, au mépris de la sécurité de nos concitoyens et des générations qui nous suivent ? Pour conjurer ce spectre, une analyse critique des rapports et études qui alimentent actuellement le débat sur l’énergie s’impose, complétée par un éclairage indépendant sur notre avenir énergétique commun.


Page publiée en ligne le 9 février 2012
Dernière MAJ technique : 23 juillet 2015, 17h10

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Éditorial et Sommaire
Réunion de presse du 13 mars et Revue de presse (en cours)
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Ce 31ème numéro des Cahiers de Global Chance est également disponible auprès de l’association, en adressant un chèque de 15 euros à Global Chance, 5 avenue de Trivaux, 92190 Meudon, France. Vous pouvez utiliser à cette fin notre bon de commande.

ÉDITORIAL

À la veille du premier tour des élections présidentielles et pour la première fois dans l’histoire de la République, la question énergétique figure en bonne place dans le débat. Bien entendu et comme toujours en France, elle se concentre sur la question de la production d’électricité, tant est passée complètement dans l’inconscient collectif la double simplification pour le moins hâtive : questions énergétiques = questions de production d’énergie suivi de : choix de moyens de production énergétique = choix de production d’électricité.

Il faut reconnaître que le choc psychologique considérable porté par la catastrophe de Fukushima à la confiance toute relative qu’affichaient déjà nos concitoyens aux rodomontades du président actuel, à la morgue de son administration et à la « communication » de l’industrie nucléaire nationale explique en partie la focalisation du débat énergétique sur la filière nucléaire.

C’est une bonne nouvelle, puisque le débat sur ce point n’avait pratiquement jamais, jusque là, atteint la place publique, et provoqué des prises de position de la plupart des candidats à la présidentielle, même si ce débat a mis sur la place publique l’incompétence totale de nombre d’intervenants et la duplicité de certains autres.

C’en est une moins bonne, dans la mesure où la question du nucléaire n’est évidemment qu’une sous question d’une question beaucoup plus vaste, celle de la transition énergétique. Il s’agit en effet de permettre à la fois le développement des sociétés émergentes et en développement, de restreindre au mieux nos ponctions de ressources fossiles et de diviser par deux les émissions mondiales de CO2 avant 2050. Mais dans l’ambiance de renoncement tacite de nos gouvernements à l’ambition souvent considérée déjà comme complètement « dépassée » d’un maintien au dessous de deux degrés de l’augmentation de température de la planète par nos « élites » et de crise économique et financière, les préoccupations d’environnement qui occupaient le devant de la scène politique et médiatique au temps du Grenelle de l’environnement ont pris du plomb, dans l’aile au point que notre président de la République se sente autorisé à pouvoir affirmer sans vergogne « l’environnement, cela commence à suffire. »

Et pourtant, la crise pétrolière est encore là, la précarité énergétique chez les plus pauvres des pays riches s’étend, y compris en France, et bloque bien souvent le décollage économique et social de la majorité des habitants des pays pauvres, la perspective d’un réchauffement climatique de beaucoup plus de deux degrés avant 2100 fait planer un risque majeur à l’avenir de l’humanité et d’ores et déjà la certitude d’un désastre pour les moins fortunés de ses habitants.

Réduire le débat de politique climatique à la seule énergie et le débat énergétique au seul nucléaire, est donc une absurdité.

Mais il faut bien comprendre que cette réduction du débat au seul mix électrique arrange bien des acteurs, surtout quand, comme le fait le gouvernement actuel, avec l’appui de la Commission Énergies 2050, on fait tout pour faire oublier aux français l’accident de Fukushima. En évitant de parler du reste, on peut éviter soigneusement de s’interroger sur notre modèle d’urbanisme et de transport terriblement consommateur d’énergie fossile (même quand il marche pour une part à l’électricité). On peut éviter d’aborder l’épineuse question des économies d’énergie qui, bien que reconnues comme indispensables dans tous les discours, sont toujours proposées aux autres produits ou vecteurs énergétiques qu’à celui qui est en discussion. C’est tout particulièrement le cas pour l’électricité en France dont personne ou presque ne semble oser imaginer qu’elle pourrait, comme les autres énergies, faire l’objet d’économies… C’est ainsi que la plupart des études économiques prennent pour référence de coût d’investissement des économies d’électricité les investissements de réhabilitation thermique des locaux, alors que les potentiels d’économie se concentrent sur l’électricité spécifique et à des coûts bien moindres.

C’est donc en gardant bien en tête les nécessités de la transition énergétique qu’il faut analyser les propositions politiques actuelles et les différents rapports qui viennent, parfois un peu trop opportunément, justifier ces propositions.

C’est pourquoi il nous a paru utile d’apporter un regard critique sur l’ensemble des rapports et études qui alimentent le débat énergétique actuel et de tenter d’apporter des éléments d’appréciation aux citoyens qui vont avoir à se prononcer sur l’avenir énergétique du pays à travers leur vote aux présidentielles.

Global Chance

(haut de page)

SOMMAIRE

(encadré = plus d’informations au survol)

Éditorial (pdf, 50 Ko)

La catastrophe de Fukushima
Jean-Claude Zerbib, Global Chance
[6 pages, fichier pdf, 210 Ko]

Des prises de position qui donnent à réfléchir
Global Chance
[2 pages, fichier pdf, 85 Ko]

LES RAPPORTS OFFICIELS : ENSEIGNEMENTS ET CRITIQUES

Sûreté post Fukushima : le rapport « Évaluations complémentaires de sûreté »
de l’Autorité de Sûreté Nucléaire

Yves Marignac, Global Chance, directeur de Wise Paris
[9 pages, fichier pdf, 140 ko]
1 - Pourquoi un rapport ECS (Évaluations complémentaires de sûreté) ?
2 - Les principales recommandations de l’ASN
3 - Analyse critique des évaluations complémentaire de sûreté
3-1 - Principales conclusions
3-2 - Principales recommandations
3-2-1 - Les scénarios d’accident pour les réacteurs
3-2-2 - Le zircaloy
3-1-3 - Le combustible MOX
3-1-4 - La conception et le dimensionnement des réacteurs
3-1-5 - Les écarts de conformité et le vieillissement
3-1-6 - Le réacteur EPR
3-1-7 - Les usines de retraitement de La Hague

4 - Faiblesses et manques de l’analyse ASN

Les coûts de la filière électronucléaire :
rapport public thématique de la Cour des comptes

Benjamin Dessus, Global Chance
[13 pages, fichier pdf, 400 ko]
1 - Les dépenses passées
2 - Les dépenses courantes du parc actuel
2-1 - Les dépenses directement liées à la production
2-2 - Les dépenses financées par des crédits publics et qui n’existeraient pas sans production électronucléaire

3 - Les dépenses futures
3-1 - Le démantèlement des installations nucléaires
3-2 - La gestion des combustibles usés
3-3 - La gestion des déchets radioactifs

4 - Provisions et actualisation
5 - Les actifs dédiés
6 - Les évolutions possibles des dépenses futures
6-1 - La durée de fonctionnement des centrales
6-2 - Les incertitudes

7 - Les coûts difficilement chiffrables
8 - Conclusion générale

Analyse critique de l’étude Commission Énergies 2050
Benjamin Dessus, Bernard Laponche, Andreas Rüdinger, Global Chance
[18 pages, fichier pdf, 360 ko]
1 - Introduction
2 - Le contexte énergétique européen et mondial
2-1 - Sur la situation énergétique mondiale et ses perspectives
2-2 - Sur le contexte énergétique européen : le Paquet Énergie-Climat et les perspectives énergétiques européennes
2-3 - Sur l’Allemagne

3 - Les enjeux du devenir du mix énergétique français
3-1 - Le mix énergétique français actuel
3-2 - La demande d’énergie et les objectifs de la France
3-3 - Le risque nucléaire
3-4 - Les énergies renouvelables

4 - Une analyse de la problématique du mix énergétique français à l’horizon 2050 à l’aune des modélisations étudiées
4-1 - Analyse de la demande énergétique des scénarios
4-2 - La question de l’offre
4-3 - Impacts sur l’environnement et la facture énergétique

5 - Les principaux enseignements de l’analyse
5-1 - Pertinence des scénarios vis-à-vis de plusieurs questions
5-2 - Les idées force qui ressortent de l’analyse des scénarios
5-3 - Les conditions de réalisation et les impacts globaux

6 - Quelques conclusions
Annexe 1 - Le scénario énergétique du gouvernement

Quels enseignements tirer de ces trois rapports ?
Rédaction de Global Chance
[2 pages, fichier pdf, 90 ko]

LES SCÉNARIOS ET LES CONTRIBUTIONS AU DÉBAT

Analyse critique de l’étude de l’Union Française de l’Électricité :
« Électricité 2030, quels choix pour la France ? »

Benjamin Dessus, Global Chance
[5 pages, fichier pdf, 135 ko]
1 - Le mix de production
2 - Le traitement de l’évolution de la demande d’électricité de 2010 à 2030 des différents scénarios de l’UFE, les potentiels d’économie d’électricité et leurs coûts.
3 - Le traitement des questions de substitution par de l’électricité d’énergies fossiles dans des applications qui leur sont traditionnellement dévolues et leurs conséquences en termes d’émissions de CO2.
4 - Éléments de conclusion

Critique de la note du CEA « Une évaluation du coût de sortie du nucléaire en France »
Benjamin Dessus, Global Chance
[3 pages, fichier pdf, 150 ko]

Sortir du nucléaire en 20 ans. À quelles conditions et à quels coûts ?
Benjamin Dessus, Global Chance
[13 pages, fichier pdf, 640 ko]
1 - Le scénario « Sortie du nucléaire en 20 ans »
1-1 - Objectif 2020
1-2 - Objectif 2031

2 - A quels coûts ?
2-1 - La facture électrique en 2031
2-2 - La question des investissements à consentir

3 - Éléments de conclusion
Annexe 1 : Le bilan électrique français en 2009

Pour une relève thermodynamique du chauffage électrique direct :
une stratégie gagnant-gagnant

André Marquet
[7 pages, fichier pdf, 180 ko]
1 - Une solution technique de substitution
2 - Bi-énergie air/air
3 - Un effet potentiellement massif sur les appels de puissance en hiver, et les émissions de CO2 dans l’atmosphère
4 - Des avantages pour l’usager du chauffage électrique
5 - Une campagne nationale pluriannuelle à mettre sur pieds
Annexe 1 - Comment en est-on arrivé là ?
Annexe 2 - Un simple calcul…

Les piscines de La Hague
Jean-Claude Zerbib, Ghislain Quetel, André Guillemette
[13 pages, fichier pdf, 490 ko]
1 - Conception d’une piscine d’entreposage
1-1 - Tenue aux séismes
1-2 - Situation en cas de brèche

2 - Gestion des piscines
2-1 - Le déchargement des assemblages de combustibles
2-2 - La décontamination des eaux de piscines
2-3 - Les échanges thermiques « combustibles irradiés - eaux de piscines »
2-4 - Évolution de la charge des piscines de La Hague

3 - La tenue aux séismes des piscines
4 - Les capacités d’approvisionnement en eau
5 - Les autres critères de sûreté
6 - Les risques en question
7 - Le retour d’expérience de la catastrophe de Fukushima
Annexe 1 - Caractéristiques des piscines de La Hague
Annexe 2 - Tonnages de combustibles entreposé et retraités dans les usines de La Hague
Bibliographie

(haut de page)

COMMUNIQUÉ

À l’occasion de la sortie du numéro 31 de ses « Cahiers de Global Chance »

« L’énergie et les présidentielles : décrypter rapports et scénarios »

l’association Global Chance a le plaisir de vous inviter à une réunion de presse,

le mardi 13 mars à 10 heures à la Mairie du deuxième arrondissement, 8 rue de la Banque Paris 75 002 (Métro Bourse)

en présence de Benjamin Dessus, Bernard Laponche, Yves Marignac et Jean-Claude Zerbib.

Depuis le début du mois de janvier, trois rapports réalisés à la demande du Gouvernement ont été publiés. Il s’agit :
• Du rapport de l’Autorité de Sûreté Nucléaire intitulé « Évaluations complémentaires de sûreté ».
• Du rapport de la Cour des comptes intitulé « Les coûts de la filière nucléaire ».
• Du rapport de la Commission Énergies 2050.

De nombreux scénarios et notes ont également été produits dans cette période, en particulier par l’industrie électrique pour alimenter l’étude de la Commission Énergies 2050 et par diverses associations.

Il nous a semblé utile de procéder à une analyse en profondeur de ces rapports, puisqu’ils servent aujourd’hui de support et de justification aux propositions de politique énergétique gouvernementale.
Une politique qui se caractérise par :
• La réduction de la question énergétique à celle de l’offre d’énergie et, dans cette offre, à l’offre électrique et, dans celle-ci, à l’offre d’électricité nucléaire.
• La volonté manifeste de faire oublier au plus vite aux Français la gravité de la catastrophe de Fukushima, ce qui permet d’évacuer toutes les questions légitimes sur la sûreté du parc nucléaire actuel et son avenir.
• La réduction des critères de choix à l’économie du court terme, sans souci des risques et des générations futures.

L’analyse à laquelle nous nous sommes attelés montre les acquis, mais aussi les lacunes, les non-dits ou les erreurs méthodologiques de ces rapports sur lesquels le gouvernement tente de fonder et justifier sa démarche pour une transition énergétique française qui se résumerait à la poursuite pendant 20 ans supplémentaires du fonctionnement du parc nucléaire actuel, au mépris de la sécurité de nos concitoyens et des générations qui nous suivent.

Nous espérons vivement que vous voudrez bien honorer de votre présence cette réunion.

Benjamin Dessus
Président de Global Chance

(haut de page)

REVUE DE PRESSE

(en cours)

Nucléaire : L’ONG Global Chance pointe les erreurs de plusieurs rapports
AFP, 13 mars 2012

L’ONG Global Chance a mis l’accent mardi sur les non-dits, les lacunes et erreurs méthodologiques des rapports sur lesquels le gouvernement fonde, selon elle, son intention de prolonger de 20 ans le fonctionnement du parc nucléaire, au mépris de la sécurité des Français.
Dans un cahier spécial, l’association, qui revendique une expertise indépendante sur l’énergie et l’environnement, se félicite que la question énergétique figure en bonne place dans le débat de la campagne présidentielle.
Elle regrette cependant que, négligeant la possibilité d’une transition énergétique, la question soit réduite à l’offre d’énergie, et dans cette offre, à l’offre électrique, et dans celle-ci à l’offre d’électricité nucléaire, soit 17% de l’énergie finale (consommée) en France.

Global Chance a passé au crible des rapports récemment publiés en France.
Si celui de la Cour des comptes sur la filière nucléaire, publié fin janvier, lui apparaît honnête, l’ONG estime que celui de la commission Energies 2050, mise en place dans des perspectives électoralistes par le ministre de l’Energie, Eric Besson, présente des faiblesses méthodologiques majeures, des erreurs factuelles, et des conclusions biaisées.
Ce rapport a notamment prôné la prolongation de la durée de vie du parc nucléaire français.
On évacue la possibilité de faire des économies d’énergie et on réduit la transition énergétique à la diminution du CO2, a contesté devant la presse l’économiste Benjamin Dessus, président de Global Chance.
Pour Bernard Laponche, physicien nucléaire, ce rapport est un tissu de fourberies.
Selon lui, les choses vont très mal dans les centrales, où le climat est tout à fait délétère. Il assure que des incidents ont lieu tous les jours, dénonce une organisation du travail compartimentée et l’utilisation de nombreux intérimaires qui ne déclarent pas tout ce qui se passe.
Quant au troisième rapport, celui de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur les évaluations complémentaires de sûreté post-Fukushima, il gomme toutes les questions de sûreté nucléaire qui se posent indépendamment d’un séisme ou d’une inondation extraordinaire, regrette l’ONG.
Les contorsions, les omissions et les erreurs de ceux qui veulent poursuivre dans la voie actuelle montrent que les stratégies alternatives qu’ils tentent d’esquiver (...) devraient trouver un véritable droit de cité dans le débat qui doit s’instaurer sur les outils de la transition énergétique, conclut-elle.

Des experts dénoncent les « erreurs » du rapport Energie 2050 d’Eric Besson
Marie-Caroline Lopez, LaTribune.fr, 13 mars 2012

Des biais méthodologiques, des erreurs factuelles et surtout des tours de passe-passe idéologiques au service de convictions pro-nucléaires. Les experts de l’énergie réunis au sein de l’association Global Chance n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer le rapport Energie 2050 publié en février par le ministre, Eric Besson.
« Incompétence des auteurs ou mensonges ? On hésite face à la quantité d’erreurs factuelles de ce rapport. Personnellement, je penche pour un mélange des deux », déclare Bernard Laponche, polytechnicien, ancien ingénieur du CEA, ex-directeur général de l’Agence Française pour la maîtrise de l’énergie (AFME), ancien conseilleur auprès de Dominique Voynet, lorsqu’elle était ministre de l’Environnement.
Pourtant, Eric Besson a réuni le gratin du monde de l’énergie en octobre 2011 pour « mener une analyse des différents scénarios de politique énergétique pour la France à l’horizon 2050 ». La Commission Energie 2050, qui a rendu son rapport mi février, était présidée par Jacques Percebois, universitaire spécialiste de l’énergie et Claude Mandil, ancien directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie.

Une « régression méthodologique totale »

« C’est la première fois qu’une telle commission d’experts n’élabore pas ses propres scénarios et se contente de comparer les scénarios publiés, comme par hasard, dans les semaines qui ont suivi sa constitution, par les différents acteurs du nucléaire en France, le CEA, Areva, RTE, la filiale d’EDF, ou encore l’administration. C’est une régression totale par rapport aux pratiques gouvernementales précédentes », déplore pour sa part Benjamin Dessus, président de l’association Global Chance, ingénieur et économiste, ancien d’EDF, de l’AFME et du CNRS. Il connaît le sujet puisqu’il avait co-rédigé en 2000, à la demande du premier ministre Lionel Jospin, un rapport sur le même sujet, avec Jean-Michel Charpin, Commissaire au Plan, et René Pellat, Haut-Commissaire à l’énergie atomique à l’époque.

« L’auteur de la synthèse n’a pas lu le rapport ! »

« Percebois dirigeait les travaux et pourtant c’est Mandil qui a rédigé la synthèse en insistant sur la nécessité des économies d’énergie. Manifestement, il n’avait pas lu le rapport puisqu’il n’est pratiquement pas question d’économies dans ce rapport. Et c’est bien le problème », estime Benjamin Dessus.
« Ce rapport confond le système énergétique et la production d’électricité, qui ne pèse que 25 % de l’ensemble. Toute la problématique de la consommation et de sa maîtrise est évacuée », ajoute-t-il. « Le concept de la transition énergétique est réduit à la seule question de la diminution des émissions de CO2 », regrette-t-il. « Le seul endroit où on parle encore d’effet de serre, c’est dans le nucléaire, c’est symptomatique », ajoute-t-il.

« La sûreté nucléaire posée comme sacrée pour mieux l’évacuer » (encadré)

Ce rapport considère la sûreté nucléaire « comme une nécessité incontournable, donc acquise. Le coup est assez fort. Les auteurs évitent ainsi de s’interroger sur la sûreté », affirme Benjamin Dessus. « Comme la sûreté est sacrée, on considère qu’elle est assurée. C’est de l’ordre de la croyance religieuse », ajoute-t-il.
Or, les experts de Global Chance sont très critiques sur la sûreté nucléaire. Après Fukuhsima, Jacques Repussard, directeur de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a déclaré qu’il fallait désormais « imaginer l’inimaginable ». « Outre l’impossibilité d’y arriver, cela signifie qu’il faut accepter l’idée qu’un accident comme Fukushima se produise », déclare Benjamin Dessus.
« Avant Fukuhsima, on considérait que tout était très bien au niveau des centrales françaises. La catastrophe japonaise a montré que des agressions extérieures nettement plus forte que prévues pouvaient survenir. L’Autorité de sureté nucléaire (ASN) a demandé que les centrales soient protégées en cas de séismes ou d’inondations de vigueur extraordinaire. Cela gomme toutes les questions qui se posaient avant, sur les centrales elles mêmes. C’est un tour de passe-passe », dénonce Bernard Laponche, en revenant sur les recommandations de l’ASN pour mettre le parc français à l’abri d’un scénario type Fukushima.

« Les économies d’énergies discréditées »

« Lorsque les économies d’énergie sont évoquées, c’est pour les discréditer », regrettent les experts de Global Chance, en montrant du doigt certains passages comme : « Certains scénarios ne sont envisageables qu’au prix de révolutions dans les comportements individuels et sociaux, qui ne nous semblent ni crédibles, ni souhaitables. Il faudra certes adapter fortement nos comportements à de nouvelles contraintes, notamment pour économiser une énergie qui risque d’être chère et largement polluante, mais pas au prix de scénarios qui prônent la mise en œuvre d’une société autarcique et qui ne ferait que gérer la pénurie dans tous les domaines de la vie courante ».
Le rapport Energie 2050 inclut, à tort, l’électricité nucléaire dans les « énergies primaires » (qui sont en fait les formes d’énergie disponibles dans la nature avant toute transformation) « ce qui lui permet d’affirmer que le nucléaire contribue à l’indépendance énergétique de la France », poursuit Benjamin Dessus. « Le gouvernement escamote l’uranium et le fait qu’on l’importe. On ne parle d’uranium que lorsqu’il y a des otages au Niger », assène Bernard Laponche.

Rendre obligatoires les expertises indépendantes

« L’autre dissimulation de Besson », selon Global Chance : le rapport ne tient pas compte des engagements officiels du gouvernement en matière de réduction de la consommation d’énergie ou de développement des énergies renouvelables. Enfin, une phrase hérisse particulièrement les experts de l’association anti-nucléaire : la recommandation numéro 3 de ce rapport, « s’interdire toute fermeture administrative d’une centrale nucléaire qui n’aurait pas été décidée par l’exploitant à la suite des injonctions de l’autorité de sûreté ». « Le pouvoir politique devrait s’emparer de la question de la sureté et ne pas s’en remettre à l’ASN, encore moins à l’exploitant évidemment, là c’est aberrant », commente Gobal Chance.

Qui en profite pour prêcher pour sa paroisse. « Le pouvoir politique doit rendre obligatoire des expertises indépendantes. Quand on fait une critique, comme aujourd’hui, d’un rapport, c’est écarté, considéré comme un acte militant. Ce n’est pas le cas en Allemagne, aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne », estiment les experts de Global Chance.

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À VOIR ÉGALEMENT SUR LE SITE DE GLOBAL CHANCE

Nucléaire : par ici la sortie !
(Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. : les propositions de Global Chance et de ses membres pour, enfin, sortir du nucléaire)

Fukushima : réactions en chaîne
(Tribunes, analyses, interviews, etc. : les réactions des membres de Global Chance face à la catastrophe nucléaire de Fukushima)

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