UNE EXPERTISE INDÉPENDANTE
DANS LE DÉBAT SUR
LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

À LA UNE
GLOBAL-CHANCE

Les Cahiers de Global Chance, n°30, septembre 2011

L’énergie en Allemagne et en France : une comparaison instructive

(coédité avec l’IDDRI - Institut du Développement Durable et des Relations Internationales)

Plus d’un an après le début de la catastrophe de Fukushima, et alors que l’Allemagne a confirmé son engagement à sortir du nucléaire, la France demeure le bastion idéologique de la nucléocratie. Une divergence intra-européenne majeure et aux multiples enjeux.


Page mise en ligne le 21 septembre 2011
Dernière MAJ technique : 20 juillet 2015 à 19h00

Sur cette page :
Éditorial - Conclusion (extraits) - Sommaire
Bilans énergétiques 2009 de la France et de l’Allemagne (infographie)
(+ MAJ 16 juin 2013 : Bilan énergétique 2011 de la France)
Revue de presse (Actu-environnement.com, Alternatives Économiques, Euractiv.fr, etc.)

Téléchargement :
Numéro entier (pdf, 5.5 Mo)
ou chapitre par chapitre via le Sommaire

Ce 30ème numéro des Cahiers de Global Chance est également disponible auprès de l’association, en adressant un chèque de 15 euros à Global Chance, 5 avenue de Trivaux, 92190 Meudon, France. Vous pouvez utiliser à cette fin notre bon de commande.

ÉDITORIAL

Avec ce numéro 30 de ses Cahiers (sans compter les 4 « petits mémentos », numéros hors série), Global Chance fête sa majorité : 18 ans que notre association intervient donc sur les thèmes de l’énergie et de l’environnement, à partir des travaux engagés par ses membres.

Au cours du temps, la nature des sujets traités n’a pas beaucoup évolué : déjà en 1993, nos préoccupations concernaient le développement des pays pauvres, la précarité énergétique dans les pays riches, le réchauffement climatique, le problème des ressources fossiles, les impasses du programme nucléaire français… Déjà nous mettions en avant la nécessité d’une décroissance des dépenses énergétiques des pays riches, nous mettions en garde contre les dangers du « tout nucléaire français », nous tentions de convaincre à partir d’arguments rationnels que la maîtrise de l’énergie et les énergies renouvelables représentaient une voie alternative crédible au tout fossile tout nucléaire
régnant.

Au cours du temps aussi, les numéros des Cahiers de Global Chance, à l’origine de quelques dizaines de pages, se sont épaissis pour constituer des dossiers complets sur un sujet, la maîtrise de l’énergie ou de l’électricité, les énergies renouvelables, le dossier nucléaire, le dossier climatique, etc, souvent en coédition avec des associations ou des organismes amis, comme le Courrier de la planète, l’IEPF ou Négawatt. Cette politique nous a permis d’élargir notre audience en diffusant plus largement nos cahiers, en France et à l’étranger et d’être largement reconnus pour le sérieux de nos analyses et de nos propositions.

Malgré cette réussite relative, force est de constater qu’en France en particulier, les messages que nous tentons de faire passer ont bien du mal à pénétrer les milieux du pouvoir.

Aussi bien chez les politiques que dans les grandes entreprises énergétiques ou dans l’administration, la doctrine productiviste nationaliste et centralisatrice issue des 30 glorieuses, véhiculée par les grands corps d’État et la plupart des économistes à une oligarchie chauvine reste quasiment intouchable. La croissance économique et la consommation, le nucléaire comme unique alternative énergétique sérieuse, restent des tabous bien ancrés dans l’esprit de nos castes dirigeantes quelle qu’en soit la tendance politique.

Le choc de Fukushima, avec la mise en cause toute particulière du modèle énergétique français qu’il implique, provoque un effet de sidération sur nos élites. Convaincues qu’il n’y a pas d’autre option possible que la poursuite des politiques engagées, elles se réfugient dans une communication qui se veut rassurante mais qui peine à convaincre les citoyens. Il n’y aurait pour la France pas d’autre issue qu’une poursuite d’une politique énergétique essentiellement fondée sur l’offre d’énergie, la centralisation, le nucléaire.

Dans ce contexte, il nous a donc semblé particulièrement utile, de comparer le système énergétique français à celui de notre proche voisin, l’Allemagne, puisque depuis une dizaine d’années, celle-ci s’est engagée sur une voie différente de la France, voie qu’il a récemment confirmée après Fukushima.

Global Chance s’est chargé de l’analyse statistique historique de la demande et de l’offre d’énergie en Allemagne et en France. L’Iddri a analysé les politiques de maîtrise de l’énergie et les politiques de promotion des énergies renouvelables des deux pays pour en mettre en évidence la cohérence, les succès et les limites. C’est le fruit de cette collaboration que nous vous présentons dans ce numéro des « Cahiers de Global Chance » en coédition avec l’Iddri.

(haut de page)

CONCLUSION : LES ENSEIGNEMENTS DE LA COMPARAISON

(extraits)

La comparaison entre les situations énergétiques de l’Allemagne et de la France et leur évolution depuis les vingt dernières années permet de dépasser sur de nombreux points les poncifs les plus courants qui circulent sur les caractéristiques de ces deux pays dans ce domaine : une Allemagne arc-boutée sur le charbon, aux voitures et à l’industrie puissantes et énergivores, une France « propre et indépendante » grâce au nucléaire qui soutient son industrie et exporte, etc.

L’analyse comparative montre des similitudes de situations et d’évolution, notamment dans la réduction des intensités énergétiques des deux pays, mais aussi des différences notables, au moins autant au niveau de la demande que de l’offre d’énergie, souvent très instructives (mais parfois aussi non expliquées) qui méritent d’être soulignées, conséquences de politiques publiques très divergentes depuis le début des années 2000.

Rappelons-en ici les résultats les plus marquants.

(…)

Indéniablement, les courbes et les chiffres présentés dans ce document montrent une profonde divergence entre les politiques énergétiques allemande et française à partir de la fin des années 1990. C’est-à-dire au moment où l’effort massif de la réunification a terminé sa phase la plus lourde et où le gouvernement l’Allemagne a décidé la « sortie du
nucléaire » comme objectif à moyen terme. En conséquence, ce pays a développé considérablement ses efforts sur l’efficacité énergétique et surtout les énergies renouvelables, à la fois pour des considérations de sécurité énergétique et de lutte contre le changement climatique mais aussi, ce qui lui a valu le soutien de l’industrie et des syndicats allemands, pour des considérations économiques et sociales (création d’activités et d’emplois).

Les succès confirmés de l’industrie allemande et son avance considérable en matière d’exportation conduisent, par comparaison, à se poser de sérieuses questions sur la constance (ou le conservatisme) de la politique énergétique française. La France qui a fait historiquement des efforts importants dans le domaine de l’efficacité énergétique mais a insuffisamment poursuivi sur sa lancée, a continué à consommer et surtout à produire de l’électricité en surabondance pour soutenir sa politique nucléaire et a, jusqu’ici, sacrifié le développement des énergies renouvelables. Et cela en dépit du fait que, dans tous les domaines (chaleur et électricité), les potentiels de ce développement y sont, bien supérieurs à ceux de l’Allemagne.

L‘exemple allemand montre en particulier que la mise en place de politiques volontaristes et pérennes de maîtrise de l’électricité et de promotion des énergies renouvelables sont très rapidement efficaces et porteuses d’emploi. Au moment où en France le débat sur l’avenir du nucléaire revient sur l’avant de la scène, l’exemple allemand mérite donc d’être sérieusement médité.

(haut de page)

SOMMAIRE

Éditorial (pdf, 48 Ko)

L’ANALYSE DES DONNÉES
Télécharger le chapitre (pdf, 4.3 Mo)

Consommations d’énergie et bilans énergétiques en Allemagne et en France

1. Données économiques
1.1 Population, Produit intérieur brut et valeurs ajoutées
1.2 Commerce extérieur global et énergétique

2. Du côté de la demande
2.1 Consommations énergétiques finales
2.2 Consommations finales d’électricité
2.3 Analyse sectorielle des consommations d’énergie

3. Du côté de l’offre
3.1 De la production primaire à la consommation finale
3.2 Le bilan électrique et la production d’électricité
3.3 La production de chaleur
3.4 La biomasse
3.5 Contribution des sources primaires à la consommation finale
3.6 La dépendance énergétique

4. Les émissions de gaz à effet de serre
4.1 Gaz carbonique (CO2)
4.2 Méthane (CH4)

5. Les déchets nucléaires
5.1 Les politiques nucléaires
5.2 Accumulation de combustibles usés et de matières nucléaires
5.3 Accumulation de déchets radioactifs

DES POLITIQUES ÉNERGÉTIQUES CONTRASTÉES

Efficacité énergétique : convergences et différences des politiques françaises et allemandes
Télécharger le chapitre (pdf, 632 Ko)

1. Les chocs pétroliers, déclencheurs des politiques d’efficacité énergétique
1.1 Les agences de l’énergie
1.2 Le retour du pétrole bon marché : coup d’arrêt provisoire pour l’efficacité énergétique
1.3 Cadres européen et nationaux actuels

2. De fortes disparités de traitement entre les différents secteurs de l’économie
2.1. Certains secteurs semblent faire l’objet de plus d’attention
2.2. Les secteurs les plus performants diffèrent en France et en Allemagne

3. La réforme fiscale allemande : un signal prix clair en faveur de l’efficacité énergétique
3.1. La réforme fiscale écologique allemande
3.2. Des politiques de prix différenciées : l’exemple de l’électricité

4. Des mesures transversales à fort potentiel : certificats blancs en France et ESCO en Allemagne
4.1. Les certificats d’économie d’énergie (CEE)
4.2 Les compagnies de service énergétique

5. L’industrie, moteur autonome de l’efficacité énergétique
5.1. Les mesures coopératives dominent les politiques dans l’industrie
5.2. Les accords volontaires entraînent rarement de réels gains d’efficacité énergétique

6. Transport : l’augmentation de la demande efface les gains d’efficacité
6.1 L’efficacité des véhicules domine les politiques publiques
6.2 Le transport de marchandises explose en Allemagne
6.3 Des politiques fiscales convergentes sur les carburants mais des parcs automobiles de plus en plus différenciés

7. Le bâtiment concentre l’essentiel des politiques de réduction de la demande
7.1 Le levier réglementaire, pierre angulaire de l’efficacité énergétique dans le neuf
7.2 Le bâtiment ancien : des programmes intéressants mais des volumes rénovés trop faibles
7.3 Consommation d’électricité spécifique : des ménages allemands moins énergivores

Électricité renouvelable : comment concilier politique industrielle et politiques environnementales
Télécharger le chapitre (pdf, 424 Ko)

1. Le développement des énergies renouvelables en France : un bilan contrasté

2. Le détour par l’Allemagne : quelques enseignements
2.1 La continuité des politiques de développement des énergies renouvelables
2.2 Quand le modèle alternatif devient la norme
2.3 L’environnement institutionnel : le terreau nécessaire à la réussite des politiques publiques
2.4 Un tissu industriel basé sur le savoir-faire allemand

3. Les faiblesses françaises
3.1 L’éparpillement des programmes nationaux de soutien
3.2 Un dynamisme exogène
3.3 Des difficultés de mise en œuvre
3.4 La place du nucléaire joue en défaveur du développement des ENR électriques
3.5 L’isolement des politiques de soutien aux ENR

4. Le changement de paradigme énergétique
Gros Plan - L’exemple du développement du biogaz en Allemagne : pourquoi ça fonctionne !
Gros Plan 2 - Les Chauffe eau solaires en France et en Allemagne

LA POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE ALLEMANDE : LA VOIE VERS LES RENOUVELABLES
Téléchargement : avec le fichier précédent (pdf, 424 Ko)

1. Principes et objectifs du Concept énergétique allemand
1.1 Objectif efficacité énergétique
1.2 Objectif climat
1.3 Objectif renouvelables

2. La sortie du nucléaire

3. Les éléments de la mise en œuvre
3.1 Compétitivité économique et industrielle
3.2 Effort collectif de tous les acteurs
3.3 Efficacité énergétique dans les bâtiments
3.4 Développement des énergies renouvelables
3.5 Développement des réseaux de transport et distribution et du stockage
3.6 Centrales électriques thermiques classiques et cogénération
3.7 Répartition des responsabilités

CONCLUSION : LES ENSEIGNEMENTS DE LA COMPARAISON
Télécharger la conclusion (pdf, 104 Ko)

1. Les données économiques

2. La demande énergétique

3. L’offre d’énergie
3.1 La production d’électricité
3.2 Les renouvelables
3.3 La dépendance et la sécurité énergétiques

4. Les émissions de gaz à effet de serre et les déchets nucléaires
4.1 Le gaz carbonique CO2
4.2 Le méthane CH4
4.3 Les déchets nucléaires

5. Une comparaison qui incite à la réflexion

(haut de page)

BILANS ÉNERGÉTIQUES 2009 DE LA FRANCE ET DE L’ALLEMAGNE

Cliquer sur les images pour télécharger les schémas (pdf, 320 Ko)

(haut de page)


Bilan énergétique 2011 de la France (mise à jour du 16 juin 2013)

Cliquer sur l’image pour télécharger le schéma (pdf, 310 Ko)

(haut de page)

REVUE DE PRESSE

Résilience du modèle énergétique allemand
Agnès Sinaï, Actu-environnement.com, jeudi 22 septembre 2011

La sortie du nucléaire de l’Allemagne toujours source de discussions
Aurore Teodoro, Euractiv.fr, jeudi 22 septembre 2011

Pourquoi l’Allemagne est devenue le terreau des EnR en Europe
Agnès Sinaï, Actu-environnement.com, mercredi 28 septembre 2011

Énergie : Allemagne : 1, France : 0
Alternatives Économiques, n°307, novembre 2011


Résilience du modèle énergétique allemand
Agnès Sinaï, Actu-environnement.com, jeudi 22 septembre 2011

La revue Global Chance, en partenariat avec l’IDDRI, consacre son dernier numéro à une comparaison de l’énergie entre France et Allemagne : la première mise sur l’abondance de l’offre électro-nucléaire, la seconde sur la maîtrise de la demande. Deux cultures et deux systèmes.

« Il y a dix fois plus de chauffe-eau solaires en Allemagne qu’en France, même sur la côte d’Azur ! », ironise Benjamin Dessus, co-auteur de la dernière livraison de Global Chance. Depuis 2000, l’Allemagne a engagé le tournant de sa politique énergétique, centrée sur l’efficacité et les renouvelables. Elle s’est dotée d’objectifs ambitieux : porter la part des énergies renouvelables à 35% de l’électricité en 2020, et améliorer de 10% son efficacité énergétique entre 2008 et 2020. Deux éléments principaux l’y incitent : son orientation vers la sortie du nucléaire, et ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre. L’Allemagne, pays où l’activité industrielle est supérieure à la France et 1,3 fois plus peuplé depuis 1991, date de la réunification, affiche des émissions de gaz à effet de serre supérieures à celles de la France en valeur absolue et par habitant, du fait de son industrie.

Émissions de GES en baisse

Cependant, il faut noter que la tendance est à la diminution des émissions en Allemagne, malgré l’intégration de l’Allemagne de l’Est et le choix de la sortie du nucléaire. Le charbon est un facteur important dans les émissions allemandes (40% en 2009), mais elles ont diminué de 35% entre 1991 et 2009. De même pour les émissions de CO2 issues du pétrole, qui ont été réduites de façon plus importante en Allemagne (22%) qu’en France (9%) entre 1991 et 2009. L’Allemagne a par ailleurs engagé une vaste politique de réduction des émissions de méthane (CH4) du secteur des ordures ménagères : les émissions allemandes de CH4, supérieures de 40% aux émissions françaises en 1991, leur sont inférieures de 27% en 2007. Le biogaz est également plus développé en Allemagne qu’en France.

Ancrées dans les territoires, les énergies renouvelables sont un facteur de sécurité énergétique : malgré une production hydraulique beaucoup plus faible que celle de la France, l’Allemagne la dépasse largement en produisant 108 TWh, contre 76 TWh pour la France. Si elle parvient à mener à terme ses orientations énergétiques, l’Allemagne aura réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 40% en 2020, de 55% en 2030 et de 70% en 2040 par rapport à 1990, en partie grâce à la montée en puissance des renouvelables, portées à 65% de la production électrique en 2040. Charbon et gaz seront progressivement effacés du bouquet énergétique allemand sans recours au nucléaire.

Cette politique ambitieuse a été favorisée par une réforme fiscale écologique, engagée dès 1999 par le gouvernement fédéral allemand, selon trois objectifs : encourager les économies d’énergie, promouvoir le développement des énergies renouvelables et créer des emplois. Cette réforme agit sur le coût de l’énergie en augmentant progressivement la fiscalité sur l’électricité et les énergies fossiles afin d’en réduire l’utilisation. L’impact sur la facture finale des ménages s’élève à +11% pour l’électricité et +6% pour l’essence. Cette réforme a marqué un décrochage des politiques française et allemande au tournant des années 2000 en matière de prix de l’énergie. En 2008, le prix de l’électricité était sensiblement inférieur à la moyenne européenne en France, et sensiblement supérieur en Allemagne. Cette réforme semble avoir joué un grand rôle dans la stabilisation de la consommation d’électricité en Allemagne à partir de 1999. Double dividende : elle a aussi servi au paiement des retraites. A contrario, la consommation d’électricité continue de croître en France.

De façon générale, l’Allemagne présente des sources de production d’énergie plus diversifiées. Bien que dépendant actuellement à 44% du charbon, la production d’électricité de l’Allemagne est plus équilibrée, avec 23% de nucléaire, 13% de gaz et 18% de renouvelables. Selon les auteurs de Global Chance, la France est dans une posture plus fragile du point de vue de sa sécurité énergétique. Pour deux raisons principales : sa consommation énergétique finale de produits pétroliers par habitant est plus élevée qu’en Allemagne, et sa production d’électricité dépend à 76% de l’énergie nucléaire. La France est donc vulnérable aux fluctuations du prix de la matière première uranium, dont la part dans le coût du kWh ne représente pour le moment qu’entre 5 et 10%. L’entrée en fonctionnement des deux EPR français pèsera sur le prix du kWh, de même que le coût du démantèlement des centrales et la gestion des déchets nucléaires : la France cumule 9 fois plus de déchets de faible et moyenne activité à vie longue et 4 fois plus de déchets à haute activité par habitant que l’Allemagne.

L’Allemagne exporte son électricité vers la France

Effet collatéral du tout-électrique : des consommations de pointe causées par le chauffage électrique et des importations ponctuellement importantes et coûteuses. Contrairement à une idée reçue, le solde des échanges d’électricité entre France et Allemagne est négatif : la France importe plus d’électricité d’Allemagne qu’elle n’en exporte, selon le rapport d’activité de 2009 de RTE (gestionnaire du réseau de transport d’électricité français). Le solde de ses échanges avec la Grande-Bretagne et la Belgique est également devenu négatif entre 2008 et 2009. En cause, le développement du chauffage électrique en France, qui, lors des hivers rigoureux, sollicite de forts appels de puissance.

C’est dans les secteurs résidentiel et tertiaire que les différences sont les plus nettes. Dans ces deux secteurs, la consommation d’électricité s’est pratiquement stabilisée en Allemagne depuis 2002, alors qu’elle a augmenté régulièrement en France de 1991 à 2009. La consommation d’énergie finale par logement et par m2 serait inférieure de 23% en Allemagne par rapport à la France, en données corrigées du climat (à conditions climatiques égales). C’est pour le chauffage que l’enquête de Global Chance constate un écart très important : la France ayant développé considérablement le chauffage électrique, elle en consomme 65% de plus que l’Allemagne. Plus étonnant, on retrouve aussi une différence forte de niveau de consommation électrique associée aux appareils ménagers, l’éclairage, l’audiovisuel et l’informatique (+27% en France qu’en Allemagne) : les ménages allemands sont moins énergivores, et pourtant leur taux d’équipement n’a pas ralenti. La différence de consommation viendrait donc d’une meilleure efficacité des appareils outre-Rhin, grâce à un environnement fiscal précoce qui a su créer un signal-prix clair en faveur de l’efficacité énergétique. La diversité du tissu énergétique allemand s’avère donc constituer un terreau favorable à la révolution énergétique postnucléaire que l’accident de Fukushima a catalysée.

(haut de page) (sommaire revue de presse)


La sortie du nucléaire de l’Allemagne toujours source de discussions
Aurore Teodoro, Euractiv.fr, jeudi 22 septembre 2011

La France veut limiter les conséquences de la décision allemande sur son territoire. Des chercheurs estiment néanmoins que la position de Berlin devrait être « méditée ».

La décision prise par l’Allemagne, après la catastrophe de Fukushima, de sortir du nucléaire n’en finit pas de faire parler d’elle. Ce choix pose la question de l’avenir du nucléaire et s’invite dans la campagne électorale française. Mais ses conséquences au niveau régional en Europe suscitent également des inquiétudes.

Mardi 22 septembre, la France et l’Allemagne ont d’ailleurs proposé la création d’un groupe de coordination sur les politiques énergétiques en Europe.

« Les Allemands ont le droit de décider de la sortie du nucléaire, mais les conséquences sont européennes », a expliqué le ministre français de l’Energie, Eric Besson lors de la réunion informelle des ministres de l’Energie à Wroclaw en Pologne. Selon le Français, il est inacceptable que ce choix soudain, mais surtout unilatéral de Berlin, entraîne des conséquences financières sur les pays européens.

Ce groupe informel, composé d’experts, serait « systématiquement saisi de tout projet national susceptible d’avoir un impact sur les autres pays », propose Eric Besson. En 2009, la France a importé 19,2 térawatheures d’Allemagne, ce qui fait de ce pays son principal fournisseur.

Des inquiétudes à court terme

La décision allemande pose la question de l’augmentation de la part du charbon et de ses émissions de CO2 à court terme. Mais elle lance également le débat sur la capacité du pays à compenser les 22,6% d’électricité d’origine le nucléaire et l’importation d’électricité produite dans d’autres centrales européennes.

L’Allemagne dispose d’un programme pour assurer sa transition énergétique, détaillé dans sa feuille de route sur l’énergie du futur. Outre le développement des énergies renouvelables (EnR), en particulier l’éolien, le pays mise sur le potentiel encore existant de réduction d’énergie (équipements et rénovation énergétique des bâtiments).

Berlin prévoit également la mise en marche des centrales électriques classique en construction avant fin 2013, et le développement de la cogénération. Le pays se réserve également la possibilité d’utiliser des centrales nucléaires en cas de pics de consommations jusqu’en 2013. « La sortie du nucléaire a un coût qui peut s’intégrer dans les scénarios d’économie d’électricité », estiment des chercheurs de l’Iddri et de l’association Global Chance auteurs d’un rapport conjoint sur les politiques énergétiques française et allemande.

Prendre exemple sur l’Allemagne ?

« L’exemple allemand mérite d’être sérieusement médité », souligne d’ailleurs ce rapport. Selon ces experts, les EnR sont une alternative sérieuse au « tout fossile, tout nucléaire actuel ». Ils regrettent d’ailleurs le manque d’ambition et de perspective à long terme de la France dans ce domaine.

« Le Grenelle se termine en 2020. On ne sait déjà pas trop comment on pourra tenir ses objectifs. Que se passera-t-il après ? Plus de politique carbone, et les émissions repartent à la hausse ? », s’interroge Bernard Laponche de l’association Global Chance.

L’Allemagne, elle, s’est fixée trois grands objectifs pour 2050, qui incluent la diminution de 50% de la consommation d’énergie primaire, l’augmentation de la part des énergies renouvelables à 80% (contre 18% en 2009) et la réduction de 80 à 95% des émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990. Un programme que le pays entend bien tenir, malgré sa sortie du nucléaire. « L’Allemagne est crédible, estiment les chercheurs de l’Iddri, elle a réussi à assimiler 20 millions de personne en plus, tout respectant ses engagements au-delà du protocole de Kyoto ».

Investissements à prévoir

Adopter un tel système en France ne serait « pas simple mais vraisemblable », selon les chercheurs. D’autant qu’ils jugent une hausse des tarifs de l’électricité inévitable, quelque soit la filière de production.

Pour les EnR, le prix est estimé à environ 70€ par mégawatheure, un coût qui ne devrait pas varier dans la prochaine décennie. « Nous n’avons pas la même conviction pour le nucléaire. De nombreux investissements vont devoir être réalisés, et il existe toujours des incertitudes, liées notamment au stockage et à la question des risques ».

En juillet dernier, le ministre de l’énergie français a lancé une commission d’experts, appelée « Energie 2050 ». Elle est chargée d’étudier plusieurs scénarios, et notamment celui d’une réduction ou d’une sortie progressive du nucléaire en France.

Dans la campagne électorale qui démarre, c’est un comité « créé pour montrer que la sortie du nucléaire n’est pas possible », estime Michel Colombier, directeur scientifique de l’Iddri.

(haut de page) (sommaire revue de presse)


Pourquoi l’Allemagne est devenue le terreau des EnR en Europe
Agnès Sinaï, Actu-environnement.com, mercredi 28 septembre 2011

Alors qu’en Allemagne l’orientation vers les renouvelables s’est inscrite en amont de la politique industrielle et commerciale, la France a décidé de soutenir ces énergies en réaction aux objectifs européens. Historique avec Céline Marcy, de l’IDDRI.

Pourquoi l’Allemagne est-elle capable de soutenir une croissance forte des énergies renouvelables, alors qu’en France la mise en place de cadres incitatifs peine à faire émerger un réel dynamisme de ces filières ? interroge Céline Marcy, chercheuse à l’IDDRI, dans la dernière livraison de Global Chance ? Ce qui frappe en Allemagne, c’est la continuité des politiques, la stabilité du cadre réglementaire, incitatif, propice à la maturation technologique. Du coup, c’est tout un terreau institutionnel qui s’installe, propice aux énergies renouvelables (ENR) et à l’émergence d’une politique industrielle devenue le pilier de l’économie allemande.

Les racines de cette politique remontent aux années 70, rappelle l’étude de Global Chance. Après les deux chocs pétroliers, l’Allemagne décide d’augmenter les dépenses de recherche et développement dans les sources d’énergies domestiques. Entre 1974 et 1983, le budget consacré aux renouvelables passe de 20 à 300 millions de DM. Mais jusqu’à la fin des années 80, les renouvelables restent des alternatives marginales, et les grandes compagnies électriques et charbonnières montrent leur hostilité à leur développement.

Stabilité des politiques

En 1986, le choc de Tchernobyl modifie profondément la donne énergétique. En 1988, plus de 70% des Allemands se déclarent hostiles au nucléaire. Et les premières études sur le changement climatique reçoivent de plus en plus d’attention. Dès 1988, un rapport interministériel recommande la réduction des émissions de CO2. Et propose d’instaurer une loi d’achat garanti de l’électricité produite à partir de sources renouvelables. Les parlementaires de tous bords sont unanimes : il est temps de créer un marché pour ces énergies. La présence d’acteurs politiques charismatiques comme Hermann Scheer, artisan de de la loi allemande sur les renouvelables, membre (SPD) du Bundestag à partir de 1980, contribue à ces choix.

A la fin des années 80, trois mesures phares créent les conditions d’un marché des renouvelables. D’abord la création d’un programme 100/250MW d’énergie éolienne rémunère 0,04€/kWh les premiers 100MW installés, puis 0,03€/kWh pour les 150 MW suivants pour gagner de l’expérience avec une mise en exploitation en grandeur réelle. Deuxième mesure, le lancement du programme "1000 toits solaires" est pris en charge à 50% par le gouvernement fédéral et à 20% par les Länder : 2250 toits sont équipés de panneaux solaires pour une capacité totale de 5 MW. Pour compléter le tout, la modification du cadre légal de tarification de l’électricité fait en sorte que les producteurs indépendants d’électricité à partir de renouvelables puissent percevoir une indemnisation supérieure aux coûts marginaux évités des grandes compagnies électriques.

Après une période d’incertitude réglementaire entre 1996 et 1998, dans un contexte de batailles entre groupes de pression (charbon, électricité, ENR), et sur fond de libéralisation du secteur électrique et de difficultés financières consécutives à la réunification, la coalition rouge/vert qui arrive au pouvoir en 1998 met l’accent sur la "modernisation écologique" et les politiques de lutte contre le changement climatique. La politique énergétique est supposée montrer l’exemple : elle comprend une réforme fiscale, la sortie progressive du nucléaire, le renforcement des énergies renouvelables et de la cogénération. En 2000, une nouvelle loi sur les ENR – dite EEG – maintient le principe d’achat garanti et de priorité d’accès sur les réseaux. La continuité du cadre incitatif est assurée, les tarifs de rachat sont garantis sur une durée de 20 ans, ce qui n’était pas le cas auparavant. Un principe de mutualisation permet en outre de redistribuer les surcoûts de production. Les tarifs seront par la suite révisés, selon qu’ils offrent ou non des incitations suffisantes pour encourager le développement des filières.

Quand l’alternative devient la norme

D’autres dimensions telles que la formation des opinions, la création d’un environnement institutionnel favorable ou l’adaptation du tissu industriel s’avèrent propices à l’émergence de politiques publiques. La hausse des investissements de R&D dans ces filières (de 20 à 300 M de DM entre 1974 et 1982) a favorisé un terreau d’universitaires, de centres de recherches, d’industriels et de petites start-ups. La conviction qu’il y avait un avenir pour les renouvelables en a été renforcée. Cette "croyance commune partagée" s’est nourrie de la détermination du gouvernement en faveur de cette forme d’énergie et de la preuve scientifique que les énergies renouvelables pouvaient être des sources de production électrique fiables. La société a été convaincue : il est possible de proposer un modèle alternatif pour la fourniture d’énergie.

Autre facteur déterminant dans l’expansion de cette croyance commune, souligne l’étude de Global Chance, les initiatives locales. Céline Marcy souligne que "la structure politique de l’Allemagne a permis l’émergence d’initiatives locales qui déterminent un processus "bottom up". Certaines municipalités et Länder ont permis à des producteurs d’énergies renouvelables de vendre leur électricité à des tarifs élevés couvrant les coûts de long terme". Le dynamisme associatif a contribué à l’émergence de la filière solaire, grâce à des associations telles que Eurosolar et l’association de l’industrie solaire.

Enfin, l’excellence de l’industrie allemande a permis de structurer la filière des énergies renouvelables. L’énergie éolienne a bénéficié d’effets d’échelle et de transferts technologiques avec d’autres secteurs de pointe en Allemagne tels que l’aéronautique, l’ingénierie des matériaux, l’ingénierie des moteurs. Et les filières d’apprentissage ont accompagné cette mutation. Conséquence, l’Allemagne exporte en 2010 80% de sa production de turbines éoliennes. Le chiffre d’affaires des énergies renouvelables est en augmentation constante depuis 10 ans. En inscrivant sa politique énergétique dans sa politique industrielle et sa politique de commerce extérieur, l’Allemagne a conquis le terrain du renouvelable. De nouveaux défis s’annoncent, comme la concurrence chinoise dans le secteur solaire et la hausse tendancielle des prix de l’électricité, ou la raréfaction des terres rares. Mais l’Allemagne est bel et bien à l’avant-garde d’un nouveau paradigme énergétique.

(haut de page) (sommaire revue de presse)


Énergie : Allemagne : 1, France : 0
Alternatives Économiques, n°307, novembre 2011

La comparaison des bilans énergétiques français et allemand réalisée par l’association Global Chance réserve quelques surprises. La part des produits pétroliers dans la consommation finale est plus grande en France qu’en Allemagne (41 %, contre 37 %). Par tête, les Français consomment plus d’électricité et plus d’énergie pour les transports que leurs voisins. Et si, grâce au nucléaire, un Français émet certes moins de CO2 qu’un Allemand, cet écart se réduit d’année en année en raison des efforts plus importants outre-Rhin pour maîtriser la consommation énergétique.

(haut de page) (sommaire revue de presse)

LES ESSENTIELS
réalisé par PixelsMill >