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Nucléaire : « Chacun sait qu’il y a des risques d’accidents »

La catastrophe de Fukushima démontre les limites de la doctrine de sûreté française : aujourd’hui, certains risques ne sont pas pris en compte alors qu’ils pourraient aboutir à des catastrophes majeures. Pour Yves Marignac, un examen plus rigoureux de la sûreté nucléaire en France s’impose. Interview publié par L’Express le lundi 20 février 2012.


Greenpeace a publié ce lundi un rapport sur la sûreté du nucléaire. Yves Marignac, auteur de ce rapport, explique pourquoi il est nécessaire d’élargir le champ des risques pour sécuriser les centrales.

Greenpeace a publié ce lundi un rapport sur les conditions de sûreté des centrales nucléaires. Qu’avez-vous souhaité mettre en évidence ?

La catastrophe de Fukushima est une parfaite démonstration des limites de la doctrine de sûreté des centrales. Actuellement, Greenpeace juge que les organismes de surveillance du nucléaire français écartent trop de scénarii d’accidents pour n’étudier que les plus vraisemblables. En janvier, l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) a publié un rapport qui a conclu que les centrales françaises étaient en bonne santé. Elle a ensuite demandé aux exploitants des centrales de recenser les mesures à prendre en cas d’accident. Mais nous reprochons aux exploitants tels qu’EDF, de ne pas tenir compte de suffisamment de facteurs de risque pour être exhaustifs. La multiplicité des causes d’accidents est telle qu’une seule réponse ne suffit pas.

Quels risques ne sont pas pris en compte selon vous ?

Certains risques ne sont pas pris en compte alors qu’ils pourraient aboutir à des catastrophes majeures. Il faut donc envisager plus de pistes. Un séisme peut engendrer des inondations dans les centrales. Ces dommages collatéraux ne sont actuellement pas pris en compte. Il est également indispensable que les évaluations complémentaires de la sûreté (ECS) menées dans les centrales soient validées par des études et des chiffres. Une affirmation d’expert ne suffit pas à garantir la sécurité. Il faut aussi considérer les aspects liés au vieillissement et à la fragilité des matériaux. Certaines cuves, qui marquent déjà des signes de faiblesse, ne pourront pas tenir 40 ans. Or, ces éléments de la centrale ne sont pas remplaçables.

Votre rapport parle aussi des risques d’actes de malveillance dans les centrales. Que reprochez-vous à la sécurité ?

Le problème, c’est que les risques liés à ces actes ne sont absolument pas pris en compte par l’ASN car elle n’a aucun contrôle sur la sécurité des centrales, qui est classée secret défense. Par conséquent, les rapports qui font état de la sécurité sont totalement disjoints. Cela pose un problème majeur de cohérence puisque l’Autorité de sûreté du nucléaire à une vocation de transparence.

Selon vous, il est nécessaire de repenser toute la sûreté nucléaire française ?

Nous ne remettons pas en cause les institutions telles que l’ASN ou L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) qui étudient la sûreté du nucléaire. Nous pensons plutôt qu’il est indispensable d’élargir la base de leur expertise en y apportant de nouveaux éléments. Nous souhaitons que les études actuelles soient plus critiques pour prendre en compte davantage de facteurs. Depuis Tchernobyl, la situation a beaucoup évolué mais elle se doit de progresser encore. Personne n’aurait cru à l’arrêt aux frontières d’un autre nuage radioactif. C’est déjà un énorme progrès. L’ASN et l’IRSN ont apporté leur regard d’experts et il y a aujourd’hui beaucoup plus de transparence qu’auparavant. Nous avons franchi un cap au niveau des conséquences de l’usage du nucléaire : chacun sait qu’il y a des risques d’accidents. Mais il faut que la sûreté se concentre sur les causes pour les limiter. Au plus on prendra en compte de facteurs de risques, au plus le nucléaire sera sécurisé.

Propos recueillis par Léonore Guillaume

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À voir également sur le site de Global Chance :

Sûreté nucléaire en France post-Fukushima
Analyse critique des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) menées sur les installations nucléaires françaises après Fukushima.
Arjun Makhijani et Yves Marignac, Rapport d’expertise, 20 février 2012

Nucléaire : par ici la sortie !
(Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. : les propositions de Global Chance et de ses membres pour, enfin, sortir du nucléaire)

Fukushima : réactions en chaîne
(Tribunes, analyses, interviews, etc. : les réactions des membres de Global Chance face à la catastrophe nucléaire de Fukushima)

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