UNE EXPERTISE INDÉPENDANTE
DANS LE DÉBAT SUR
LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

À LA UNE
GLOBAL-CHANCE

« La PPE doit assumer la descente nucléaire prévue par la loi de transition énergétique »

Faute de proposer une vision intégrée et toutes énergies en partant de la demande, le projet de Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) n’est pas à la hauteur du cahier de charges fixé par la loi de transition énergétique d’août 2015, en particulier pour ce qui concerne l’objectif de ramener à 50% la part du nucléaire dans la production française. Alors que la mise en œuvre de cet objectif supposerait la fermeture d’une vingtaine de réacteurs au moins d’ici 2025, la PPE, en laissant entendre que la hausse de la consommation permettra de réduire mécaniquement la part du nucléaire sans fermer de réacteur, repose implicitement sur l’idée qu’il serait plus simple de prolonger les réacteurs que de les fermer. En restant ainsi dans le flou, le gouvernement entérine les orientations de l’industrie qui, faute de cadrage politique, le place devant le fait accompli, y compris sur la question des déchets et de leur “retraitement”. Et la PPE, loin d’assumer la descente nucléaire prévue par la loi de transition énergétique, “organise” une fuite en avant extrêmement périlleuse, dans la mesure où rien ne garantit aujourd’hui qu’il sera possible de prolonger le parc nucléaire actuel dans des conditions de sûreté satisfaisantes...


Page publiée en ligne le 24 octobre 2016

Sur cette page :
Yves Marignac : « La PPE doit assumer la descente nucléaire prévue par la loi de transition énergétique »
Le clin d’œil du webmestre : Le vrai visage de la transition énergétique “à la française”
À découvrir également sur le site : Les Dossiers de Global-Chance.org


« LA PPE DOIT ASSUMER LA DESCENTE NUCLÉAIRE
PRÉVUE PAR LA LOI DE TRANSITION ÉNERGÉTIQUE »

Yves Marignac (interview), Actu-Environnement.com, jeudi 20 octobre 2016

Yves Marignac, expert de Global Chance, revient pour Actu-Environnement sur les lacunes du projet de programmation pluriannuelle de l’énergie. Pour l’association Global Chance, le volet nucléaire de la PPE est une non-décision qui pose des questions en matière de sûreté et d’environnement.

Quel regard portez-vous sur le volet nucléaire de la PPE ?

La PPE est une non-décision du politique. Globalement, elle reste volontairement dans le flou sur la mise en œuvre de l’objectif de ramener à 50% la part du nucléaire dans la production française. Le gouvernement entérine les orientations de l’industrie qui, faute de ce cadrage politique, le place devant le fait accompli. On organise la fuite en avant.

Le problème majeur est que la PPE n’offre pas de vision cohérente de l’évolution du parc nucléaire par rapport à l’évolution de la demande d’énergie. Elle n’est pas à la hauteur du cahier de charges fixé dans la loi de transition énergétique : proposer une vision intégrée et toutes énergies en partant de la demande. Il n’y a que des bouts de prévision. Pour l’électricité, elle ne tient pas compte des anticipations de RTE qui, pour la première fois, projette une baisse de consommation. La PPE laisse entendre que la hausse de la consommation permet de réduire mécaniquement la part du nucléaire sans fermer de réacteur. Puisque la baisse de la part du nucléaire porte sur la production et pas la consommation, les exportations sont bien une variable d’ajustement, mais personne n’anticipe une hausse qui puisse compenser la baisse du marché français.

Nous pensons que la PPE doit plutôt assumer la descente nucléaire prévue par la loi de transition énergétique, en fixant clairement les orientations qui permettent de la gérer.

Comment planifier ce que vous appelez la « descente nucléaire » ?

Les ordres de grandeur, pour respecter la loi, imposent la fermeture d’une vingtaine de réacteurs au moins d’ici 2025. Derrière le non-choix actuel, il y a l’idée qu’il est plus simple de prolonger les réacteurs que de les fermer. À Global Chance, compte tenu des enjeux de sûreté et des investissements à réaliser, nous pensons le contraire. Oui, ce n’est pas facile de fermer un réacteur à la fin de son exploitation prévue, car il faut gérer l’accompagnement social, mais cela devrait être le geste normal. La prolongation devrait être le geste exceptionnel, ce devrait être la variable d’ajustement.

La PPE fait l’inverse : la prolongation est la norme et les fermetures ne sont envisagées que pour ajuster l’offre électrique avec le rythme de la demande et la progression des renouvelables. Ce choix est extrêmement périlleux car on n’est pas certain d’y parvenir dans des conditions de sûreté satisfaisantes.

Pourquoi considérez-vous que les conditions de sûreté ne sont pas satisfaisantes ?

Aujourd’hui, le système de contrôle n’est pas en mesure de garantir la sûreté. Les défauts et falsifications constatés à l’usine du Creusot démontrent qu’on fait face à une perte de garantie sur la qualité de fabrication des composants, la qualité du contrôle fabrication et la sincérité de l’information rapportée à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Le problème est d’autant plus sérieux que les composants concernés sont couverts par le « principe d’exclusion », c’est-à-dire que, lors de la conception du réacteur, on postule que leur défaillance est impossible, et on n’étudie pas cet accident. On promet donc de garantir par une conception, une fabrication et un suivi en exploitation irréprochable de ces équipements que leur rupture est impossible. C’est notamment le cas de la cuve de l’EPR et des générateurs de vapeur.

Surtout, rien ne garantit que toutes les anomalies ont été découvertes. Lorsqu’on trouve des « dossiers barrés » qui évoquent des défauts, on sait qu’il existe un problème, mais on ne peut pas en conclure qu’il n’y a pas de problème sur les pièces où le dossier paraît normal. On a une liste d’une centaine de falsifications, dont 87 sur des équipements en service en France, mais on n’est pas sûr que tous les défauts aient été trouvés.

Aujourd’hui, on réalise que le système de contrôle ne fonctionne pas puisqu’il repose sur la confiance que l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l’ASN doivent pouvoir accorder au fabricant et à l’exploitant. Or Areva a caché ses problèmes de fabrication. On s’étonne d’ailleurs que la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ne soit pas saisie du dossier, que le gouvernement ne voit dans ces falsifications que des problèmes d’écriture et qu’EDF et Areva fassent comme s’il n’y avait aucun malaise. Il n’y a que l’ASN qui dit qu’elle est désarmée face à la fraude.

D’ailleurs, la mise à l’arrêt de réacteurs exigée par l’ASN met aussi en avant le risque de pénurie d’électricité cet hiver. Cette vulnérabilité du parc français au problème générique n’a jamais été prise au sérieux. Elle renforce la nécessité d’une descente nucléaire assumée et maîtrisée.

La descente nucléaire que vous évoquez implique aussi des questions plus larges concernant les matières et les déchets radioactifs...

La PPE aborde notamment la question du devenir du plutonium et donc de la poursuite, ou pas, du retraitement. Ce sujet est aujourd’hui à la croisée des chemins : alors que le stock de plutonium s’accroît sans cesse, on va arriver au bout de notre capacité à l’utiliser sous forme de combustible mixte uranium et plutonium (Mox) dans les réacteurs de 900 mégawatts. La PPE envisage donc d’élargir l’utilisation du Mox à d’autres réacteurs, qui ne sont pourtant pas conçus pour ça.

Là aussi, nous sommes en désaccord. La PPE devrait plutôt s’interroger sur un « dogme » d’un autre siècle, le mot est de Jacques Repussard, l’ancien directeur de l’IRSN [ 1 ]. Il faut s’interroger sur l’arrêt du retraitement, la manière dont on le gère et l’élimination du plutonium. L’Autorité environnementale pose la même question dans le cadre de ses évaluations du Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR) et de la PPE. C’est pour cela que ces documents envisagent finalement l’étude de l’impact environnemental selon que l’on retraite ou non les combustibles usés. Mais, pour l’instant, l’analyse est confiée à Areva, propriétaire de l’usine de retraitement de La Hague.

Propos recueillis par Philippe Collet


[ 1 ] Jacques Repussard : « La France doit repenser sa stratégie nucléaire », Les Échos, 11 mars 2016, Propos recueillis par Véronique Le Billon. (note de la rédaction de Global-Chance.org)

Télécharger une version pdf de l’interview (270 ko, 4 pages)

(haut de page) (sommaire de la page)

le clin d’œil du webmestre
LE VRAI VISAGE DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE “À LA FRANÇAISE”

Ci-dessous :
La “Folcoche” de la transition énergétique
Petit précis imagé d’arithmétique nucléaire
Derrière la transition, la croissance... verte ?


La “Folcoche” de la transition énergétique :
« tremblez, enfants du soleil, du vent et de l’eau ! »

(haut de page) (sommaire de la page)


Petit précis imagé d’arithmétique nucléaire : quand la PPE atomise la transition...

(haut de page) (sommaire de la page)


Derrière la transition, la croissance... “verte” (et son sourire... jaune ?)

(haut de page) (sommaire de la page)

À DÉCOUVRIR ÉGALEMENT SUR LE SITE DE GLOBAL CHANCE

Énergie, Environnement, Développement, Démocratie :
changer de paradigme pour résoudre la quadrature du cercle

Global Chance, mai 2011

Les Dossiers de Global-Chance.org

(haut de page) (sommaire de la page)

LES ESSENTIELS
réalisé par PixelsMill >