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Fermer Fessenheim ? Vous n’y pensez pas !

Pour les derniers défenseurs de la centrale nucléaire de Fessenheim, il ferait désordre, à cent jours de l’élection présidentielle de mai 2017, que l’on touchât, sous prétexte de respecter la vague promesse de campagne d’un futur ex-président aujourd’hui déconsidéré, à l’intégrité d’un parc nucléaire qui demeure pour la plupart de nos candidats une forteresse à défendre comme la ligne bleue des Vosges !


Page publiée en ligne le 1er février 2017

Sur cette page :
Benjamin Dessus : Fermer Fessenheim ? Vous n’y pensez pas !
Fessenheim : Engagements électoraux et renoncements politiques
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Bâtie sur une faille sismique et en zone inondable, raccordée au réseau en 1977, Fessenheim est la plus ancienne des centrales nucléaires en service en France...

FERMER FESSENHEIM ? VOUS N’Y PENSEZ PAS !

Benjamin Dessus, Alternatives Économiques, lundi 23 janvier 2017

Le comité d’entreprise de la centrale nucléaire EDF de Fessenheim, qu’on ne savait pas si riche, n’a pas hésité pas à se payer une page entière de publicité dans Le Monde (daté du 22 au 23 janvier, page 7) intitulée « Lettre ouverte aux administrateurs d’ED ». Ils sont appelés à voter ce mercredi 24 janvier au conseil d’administration d’EDF contre l’arrêt de la centrale, une promesse de campagne de François Hollande maintenant vieille de plus de 5 ans.

Ce vote est pourtant déjà acquis, puisque sur les 18 administrateurs d’EDF, seuls 12 vont prendre part au vote. En effet, les 5 personnalités nommées par l’assemblée générale sur proposition de l’État et son représentant, considérés comme à la fois juges et parties, n’y participeront pas… alors que l’État est propriétaire de 85 % du capital. Quant aux 6 représentants du personnel, ils ont déjà publiquement annoncé leur volonté de voter non. Comme il est totalement improbable que les 5 administrateurs indépendants votent comme un seul homme pour la fermeture du site et que Jean-Bernard Lévy, le président d’EDF, y ajoute sa double voix de président, la majorité contre l’arrêt est déjà quasiment acquise. Alors à quoi bon dépenser tant d’argent ?

Arguments mensongers

Visiblement pour essayer de convaincre le grand public de la grandeur de la cause ainsi défendue par le personnel d’EDF et surtout pour préparer l’avenir. À cette fin, tous les arguments sont bons :

« Malgré les attaques répétées, tout particulièrement ces cinq dernières années, les agents d’EDF (...) ont assuré à Fessenheim parmi les meilleures performances en termes (...) de production du parc nucléaire » nous disent les élus du comité d’entreprise du site. Vraiment ? La production cumulée de la centrale sur la période 2012-2015 se monte à 49,6 TWh, ce qui signifie un taux de disponibilité de 74 %. C’est cinq points de moins que la moyenne de l’ensemble du parc français sur la même période. Et c’est sans compter l’année 2016, particulièrement calamiteuse. En effet, le réacteur n° 1 a été arrêté du 6 février au 4 mai puis du 10 décembre jusqu’à la fin de l’année. Le réacteur n° 2 est quant à lui stoppé depuis le 13 juin et son redémarrage est programmé en mars prochain. Au total, Fessenheim aura produit en 2016 près de la moitié de son potentiel maximal de production, soit un taux de disponibilité de l’ordre de 50 %. Si l’on considère que ce résultat médiocre fait partie des « meilleures performances », il y a vraiment de quoi s’inquiéter sur l’état du reste du parc nucléaire.

« Après le rachat d’Areva, la décision de construire Hinkley Point C et au vu du marché de l’électricité le contexte économique de notre entreprise ne nous permet pas de nous passer de moyens de production rentables. » Si l’on comprend bien, face à la décision désastreuse de la direction d’EDF de construire le réacteur britannique de Hinkley Point C (et à juste titre contestée par les auteurs de la lettre ouverte), il faudrait continuer à faire fonctionner notre plus vieille centrale… dont un des réacteurs est aujourd’hui arrêté depuis 6 mois sur ordre de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), quitte à passer outre les consignes du gendarme du nucléaire et à multiplier les risques d’accident. Car si l’ASN a ordonné l’arrêt du réacteur n° 2, ce n’est pas pour des raisons fantaisistes mais à cause d’une grave irrégularité de fabrication constatée au niveau d’un générateur de vapeur. Il paraîtrait même au dire des auteurs qu’une telle décision d’arrêt « reviendrait (...) à mépriser » l’Autorité de sûreté nucléaire. Un comble lorsque l’on sait que l’ASN est actuellement soumise à des pressions considérables de l’industrie nucléaire et du gouvernement pour se montrer un peu plus souple et laisser redémarrer des réacteurs sans être trop regardante sur la sécurité pour éviter des coupures de courant.

Surtout, que rien ne change

En définitive, la seule chose qui importe, c’est de bloquer la signature d’un éventuel décret d’abrogation de l’autorisation d’exploiter Fessenheim jusqu’en mai prochain. Tant les auteurs de la lettre que le président d’EDF font le pari, qui a de fortes chances d’être gagné au vu des positions de la majorité des candidats à l’élection présidentielle, que la politique nucléaire de François Hollande sera profondément remise en cause. Malgré l’inscription dans la loi de transition énergétique du passage de 75 % à 50 % de nucléaire dans la production électrique française proposé par le candidat Hollande en 2012, celui-ci s’était bien gardé, concrètement, de définir le moindre calendrier de mise en œuvre de cette décision.

À cent jours de l’élection, il ferait désordre que, sous prétexte de respecter la vague promesse de campagne d’un futur ex-président aujourd’hui déconsidéré, l’on touchât à l’intégrité de ce que la plupart de nos candidats considèrent comme une forteresse à défendre comme la ligne bleue des Vosges !

Benjamin Dessus
Ingénieur et économiste, fondateur de l’association Global Chance

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