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La transition écologique donne du sens

Porteuse non seulement de réponses structurelles à la hausse du prix des matières premières et à la sécurité énergétique mais aussi d’emplois attachés à des territoires et donc non délocalisables, la transition écologique nous invite à inventer un nouveau modèle de croissance, à reconsidérer son contenu, et donc notre vision du progrès. À ce titre, en interrogeant l’impératif du « toujours plus », la transition écologique peut redonner du sens au projet européen.


Page publiée en ligne le 15 juin 2018

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Michel Colombier, Damien Demailly et Lucas Chancel : La transition écologique donne du sens
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LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE DONNE DU SENS

Michel Colombier, Damien Demailly et Lucas Chancel, La Croix, jeudi 8 mai 2014

Les nouveaux eurodéputés devront dès la rentrée faire des choix cruciaux sur le nouveau « paquet énergie-climat » qui fixera le cadre politique pour les deux décennies à venir. Non seulement les secteurs économiques « verts » peuvent contribuer à la relance de l’activité en Europe, mais ils offrent aussi des réponses structurelles à la hausse du prix des matières premières et à la sécurité énergétique : d’ici à 2030, l’efficacité énergétique permettrait d’économiser l’équivalent en gaz des importations européennes en provenance de la Russie.

Ils sont porteurs d’emplois attachés à des territoires : selon l’économiste Philippe Quirion, l’efficacité énergétique crée six fois plus d’emplois par euro investi que la consommation de gaz ou de pétrole. Pour que ces bénéfices se concrétisent, l’Europe doit poser les bases d’une économie verte. La transition écologique passe par la structuration de nouvelles filières industrielles qui ne peut se faire pays par pays.

L’Europe doit aussi favoriser la formation et la transition sociale vers ces nouveaux emplois et accélérer la diffusion d’innovations durables dans tous les secteurs : innovations technologiques, qui nécessitent un effort accru et coordonné de recherche et développement ; nouveaux modèles économiques – à l’image des entreprises de l’économie circulaire ou de l’économie du partage – qui appellent une évolution du cadre réglementaire.

La transition écologique s’appuie sur l’investissement. Mais il faut réorienter ces moyens vers de nouveaux acteurs, car les investisseurs de l’économie verte ne sont pas toujours ceux de l’économie actuelle : ce sont des ménages qui isolent leur logement pour réduire leur facture énergétique ; des collectivités locales qui développent les transports en commun ; des PME qui innovent en proposant des solutions technologiques ou organisationnelles durables.

Tous souffrent aujourd’hui de la crise économique et de l’austérité. Or des solutions existent pour toucher ces investisseurs décentralisés : l’Allemagne et sa banque d’investissement – la KfW – financent les travaux de rénovation des logements, l’épargne citoyenne boude les grands fonds et s’investit dans la transition par le biais de banques coopératives locales soutenues par l’État. L’échelon européen est pertinent pour créer les mécanismes de garantie publique permettant de baisser le coût du crédit.

La transition écologique nous invite à inventer un nouveau modèle de croissance, à reconsidérer son contenu, et donc notre vision du progrès. Alors que les Européens découvrent que les plats cuisinés peuvent être le fruit d’un trading transeuropéen d’agglomérés de bas morceaux, on réalise que l’Europe a besoin d’un autre modèle que celui de la baisse des coûts à tout prix. La transition écologique peut redonner du sens au projet européen, en interrogeant l’impératif du « toujours plus » : plus de quoi ?

Produit sur quels territoires et dans quelles conditions sociales et environnementales ? Elle ouvre aussi un espace économique nouveau investi par des groupements d’investisseurs citoyens, des start-up de l’économie circulaire, des territoires et des associations. Mobiliser, à côté du PIB et du déficit, des indicateurs de progrès social et environnemental pour débattre du projet politique de l’Union serait, déjà, une réponse à la crise de l’Europe.

Michel Colombier, Damien Demailly et Lucas Chancel sont chercheurs à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri)

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Énergie, Environnement, Développement, Démocratie : changer de paradigme pour résoudre la quadrature du cercle (Manifeste publié en ligne le 1er mai 2014)

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