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Politiques de maîtrise de la demande d’énergie et résistances au changement. Une approche socio-anthropologique

L’accélération du changement climatique fonctionne comme un signal d’alarme et interroge l’économie de pillage dans laquelle l’homme s’est installé. Les politiques de Maîtrise de la Demande d’Energie (MDE) constituent un des leviers pour infléchir les comportements énergivores. Mais en quoi consistent ces politiques ? Quels sont les instruments mis en oeuvre ? Pour quels types de publics ? Comment ces derniers les réceptionnent-ils et pourquoi n’adoptent-ils pas de comportements plus sobres ? Comment infléchir durablement les comportements ?


Marie-Christine Zélem
Éditions L’Harmattan, collection « Logiques sociales », mars 2010, 326 pages

L’accélération du changement climatique fonctionne comme un signal d’alarme et interroge l’économie de pillage dans laquelle l’homme s’est installé. Les politiques de Maîtrise de la Demande d’Énergie (MDE) constituent un des leviers pour infléchir les comportements énergivores. Mais en quoi consistent ces politiques ? Quels sont les instruments mis en œuvre ? Pour quels types de publics ? Comment ces derniers les réceptionnent-ils et pourquoi n’adoptent-ils pas de comportements plus sobres ? Comment infléchir durablement les comportements ?

Quatrième de couverture - Sommaire - Recension


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quatrième de couverture

L’accélération du changement climatique fonctionne comme un signal d’alarme et interroge l’économie de pillage dans laquelle l’homme s’est installé. La multiplication des équipements énergivores, la croissance des consommations d’électricité, l’épuisement des sources d’énergie fossile, l’augmentation des gaz à effet de serre… tous ces facteurs se combinent pour accélérer un processus difficilement contrôlable. Alors, les gouvernements se réunissent, négocient, s’entendent sur les mesures à mettre en œuvre pour limiter les dégâts. Les politiques de Maîtrise de la Demande d’Énergie (MDE) constituent un des leviers pour infléchir les comportements énergivores. Mais en quoi consistent ces politiques ? Quels sont les instruments mis en œuvre ? Quels types de publics sont concernés ? Comment ces derniers les réceptionnent-ils, et pourquoi n’adoptent-ils pas de comportements plus sobres ?

À travers des exemples portant sur les réfrigérateurs, l’automobile ou le bâtiment-économe, la première partie de cet ouvrage montre combien les élus des petites collectivités, les artisans, les professionnels du bâtiment ou les consommateurs sont peu disposés à modifier leurs habitudes, leurs équipements ou leur savoir-faire. Ils ont en fait de très bonnes raisons pour ne pas en changer. La deuxième partie de l’ouvrage se place du côté des dispositifs incitatifs, les caractérise et les questionne, pour montrer qu’ils cherchent bien souvent leurs publics. L’étiquette énergie, une opération Écocampus, différentes campagnes de sensibilisation aux économies d’énergie illustrent combien il est nécessaire de construire une véritable culture d’économie d’énergie pour rendre les projets de MDE socialement acceptables. La partie suivante traite de l’expérience des programmes d’efficacité énergétique québécois, ainsi que de l’opération de MDE sur le fleuve Maroni en Guyane. Dans les deux cas, les outils et supports de sensibilisation utilisés sont construits sur la base des cultures des populations destinataires. Savoir ne suffisant pas à passer à l’acte, la dernière partie passe en revue certaines pistes pour infléchir durablement les comportements.

Marie-Christine ZELEM est maître de conférences en sociologie, HDR, à l’université d’Albi. Elle est co-responsable du pôle « Politiques Environnementales et Pratiques Sociales » au CERTOP-CNRS, à l’université de Toulouse II. Elle est aussi responsable de l’Équipe de Recherche Technologique n° 63, « Services Publics et Économies d’Énergie Durables » dans le cadre de laquelle elle a initié une opération Écocampus à l’université d’Albi. Ses recherches portent sur les modes de réception des politiques publiques et les résistances aux innovations technologiques et sociales.

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sommaire

Des acteurs peu enclins à économiser l’énergie ?

Le poids des habitus et la question du rapport à la technique
L’influence des représentations et des routines professionnelles
Les collectivités locales et la notion d’efficacité énergétique

Des dispositifs incitatifs qui cherchent leurs publics
Une étiquette énergie pour orienter les consommateurs
Ecocampus : le défi de l’efficacité énergétique à l’université
Des opérations de MDE pour sensibiliser aux économies d’énergie ?

Une approche multi-acteurs pour convaincre ?
Les politiques d’efficacité énergétique au Québec, une approche globale pour infléchir les comportements
Le programme Régional de Maîtrise de la Demande d’Energie sur le fleuve Maroni, la médiation interculturelle au coeur du dispositif

Transformer l’incitation à changer en changements concrets
Quand l’intention ne se traduit pas par un passage à l’acte
Quelques pistes pour infléchir durablement les comportements

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recension

Politiques de maîtrise de la demande d’énergie et résistances au changement. Une approche socio-anthropologique
Un ouvrage de Marie-Christine Zélem (L’Harmattan, Coll."Logiques sociales", 2010)

Recension par Hélène Subrémon, Docteure en sociologie. ATER à l’Université François Rabelais. Membre de l’UMR CITERES et l’UMR LAVUE
Publiée sur Liens socio, le portail francophone des sciences sociales (www.liens-socio.org) le mardi 15 juin 2010

Cet ouvrage de Marie-Christine Zelem propose de faire le point sur plusieurs années de recherche consacrées aux usages domestiques de l’énergie. L’auteure circonscrit son objet au sein de jeux politiques complexes qui tendent parfois à en brouiller les enjeux socio-anthropologiques. Il s’agit donc ici de comprendre la difficile rencontre de politiques publiques de l’énergie, soucieuses de faire changer les comportements, et des usages qui résistent à ce changement et continuent de faire croître la consommation d’énergie des ménages. A partir d’enquêtes de terrain étendues, MC Zelem cherche à démontrer que les dispositifs réglementaires et techniques ne peuvent pas seuls changer les pratiques sociales de façon pérenne si elles ne prennent pas en considération les conditions de production de ces usages. Aussi, l’auteure construit une approche socio-anthropologique qui prend en compte d’une part les stratégies et les logiques d’acteurs, d’autre part le contexte anthropologique qui accueille ces nouveaux dispositifs.

L’auteure propose de comprendre les logiques de ces résistances et de questionner les stratégies politiques. Elle envisage, dans ce sens, d’élaborer une anthropologie de la décision socialement et culturellement située. Il ne s’agit pas ici d’étudier l’émission ou la réception du message mais bien de les considérer comme des processus sociaux qui gagnent à être mis en relation entre eux. C’est donc davantage la conjugaison de l’élaboration, de la diffusion, de la médiation et de la réception des dispositifs que l’auteure cherche à identifier. MC Zelem ouvre également la voie à une sociologie des usages des innovations qui porte un regard critique tant sur les freins comportementaux que sur la difficulté des politiques publiques à rejoindre leurs publics et à renouveler leurs propositions. L’argumentaire est construit en quatre parties : les pratiques sociales de l’ensemble des acteurs de la maîtrise de l’énergie (consommateurs, politiques, professionnels), les dispositifs d’incitation au changement, les politiques de concertation et leur efficacité, les modèles d’analyses principaux.

MC Zelem entame sa réflexion par une analyse des pratiques sociales tant des consommateurs que des professionnels du secteur et des décideurs politiques. Les habitudes, les logiques d’action, mais aussi les résistances à changer, les manières de faire sont à prendre en compte au sein du système d’acteurs représentés ici. C’est la force de la démarche et de l’analyse de l’auteure : révéler que les consommateurs ne sont pas seuls à être pris dans des routines et des habitudes, des usages qui concourent à modeler les politiques publiques et leur inscription sociale. Puis, elle souligne, à travers des mesures publiques distinctes (l’étiquette énergie sur les appareils électroménagers, Ecocampus au sein du Centre Universitaire d’Albi et des opérations de sensibilisation à la maîtrise de la demande d’énergie), que la réussite partielle - si ce n’est l’échec - de ces tentatives de changement de pratiques repose davantage sur l’absence de médiation, de traduction, d’accompagnement des ces dispositifs que de la justesse des propositions ou des freins posés par leurs destinataires.

MC Zelem expose alors deux politiques publiques de l’énergie à la démarche similaire au Québec et en Guyane. Il s’agit dans ces deux régions de mettre en place un dispositif qui permette de réduire le montant des factures et la quantité d’impayés. Au Québec, comme en Guyane, les mesures d’incitation à réduire la consommation d’énergie ont été précédées et suivies par la visite de porte-parole dans les logements qui ont relayé une information ciblée à la population par un travail de terrain important. Aussi par ce travail de précision du message et de personnalisation des enjeux, le dispositif public devient « la nouvelle norme à intégrer » (p240) et semble s’assurer une sensibilisation plus efficace et pérenne. Enfin, l’auteure conclut pour favoriser une approche microsociale qui vient compléter une approche macrosociale qui ne peut percevoir que les tendances sans détecter les processus et leurs complexités. L’auteure démontre alors à travers la revue de modèles d’analyse tels que la recherche des motivations de l’action, des conditions de la décision, qu’il est impératif de combiner les angles d’analyse pour circonscrire cet objet complexe que sont les pratiques de consommation d’énergie.

L’ouvrage de MC Zelem comporte des éléments essentiels pour qui s’intéresse à la problématique de l’énergie et de la diffusion des innovations, ne serait-ce que par une large prise en compte du système d’acteurs, de leurs pratiques et de leurs représentations, mais aussi les conditions de possibilité de politiques publiques chargées de changer des pratiques domestiques ancrées socialement et culturellement. On peut néanmoins regretter que l’auteure ne nous ouvre pas davantage sur l’actualité de la recherche contemporaine foisonnante sur le sujet, notamment en Europe. Nous pourrions également regretter qu’hormis le cas de référence de la campagne de sensibilisation au Québec, les analyses proposées soient également très franco-françaises. A l’heure où les décisions politiques et les dispositifs techniques et réglementaires - en particulier sur l’énergie - se fixent à Bruxelles, des exemples, si ce n’est des comparaisons, auraient davantage éclairé notre compréhension des enjeux de la consommation d’énergie et auraient résolument assis la pertinence d’une approche socio-anthropologique.

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