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Une nouvelle vulnérabilité

Jean-Philippe Thomas
Altermondes, n°10, « Climat : éviter le naufrage ! », juin-août 2007
Propos recueillis par David Eloy

Comment les enjeux liés au changement climatique sont-ils perçus depuis les pays du Sud ? Entretien avec Jean-Philippe Thomas, responsable du programme « Énergie, environnement, développement » d’Enda Tiers-Monde (Sénégal).

Le changement climatique est-il aussi une préoccupation croissante des opinions publiques du Sud ?

Les pays du Sud, en particulier au Sahel, sont depuis très longtemps confrontés aux problèmes de désertification, de déforestation, etc. auxquels ils ont, au cours du temps, appris à faire face, que ce soit dans les domaines de l’eau, de l’agriculture voire de l’énergie. Le réchauffement climatique ne vient que s’ajouter à des préoccupations environnementales, sociales et économiques déjà largement au cœur du quotidien des populations, en particulier en milieu rural. Contrairement aux idées reçues, au Sud, la prise de conscience de toutes ces mutations environnementales est intégrée dans le comportement des populations. Le vrai problème réside dans le fait qu’au niveau international et souvent national, on continue à aborder ces problèmes environnementaux (climat, désertification, biodiversité...) de manière compartimentée, alors que seule une approche intégrée dans les plans de développement peut répondre aux besoins des populations.

La prise de conscience est partagée mais qu’en est-il des intérêts défendus collectivement par le Sud ?

Au Nord comme au Sud, aucun regroupement de pays ne forme un groupe homogène. Si les intérêts apparaissent divergents, c’est principalement parce que les réductions d’émissions de gaz à effet de serre qui devraient être réalisées par les pays du Nord ne le seront pas aux échéances prévues. D’où une nouvelle situation internationale. Il faut maintenant élargir le champ des pays engagés dans des réductions (Chine, Brésil, Inde, etc.). D’autre part, le non respect de leurs engagements par les pays du Nord entraîne pour les pays les moins avancés une situation à haut risque susceptible de contrecarrer leurs efforts de développement. La vulnérabilité aux effets du changement climatique va venir s’ajouter aux autres vulnérabilités. Des programmes d’action nationaux d’adaptation (PANA) sont déjà en place pour les besoins les plus urgents des populations mais, pour le long terme, ce sont toutes les politiques de développement qui doivent intégrer l’adaptation au changement climatique.

Ne faudrait-il pas adapter les mesures en fonction des pays ?

En réalité, il y a déjà pas mal de différenciations. Faut-il différencier encore plus et instaurer des négociations « à la carte » ? C’est la démarche que proposent les pays du Nord en vue d’arriver à ce que les grands pays en développement prennent des engagements contraignants et en même temps faire revenir les États-Unis dans le camp de Kyoto. Il faut aller au-delà et reformuler un cadre international dans lequel seront pris en compte les efforts que font les pays en développement dans le domaine des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, de la lutte contre la déforestation, du management des ressources naturelles... c’est-à-dire les politiques qui vont dans le sens de l’atténuation ou de l’évitement des émissions de gaz à effet de serre.

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