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Une explosion nucléaire... de milliards !

Pour convaincre l’opinion publique française qu’un arrêt du nucléaire représenterait une « facture exorbitante », les partisans de cette technologie n’hésitent pas à faire de la surenchère : 45 milliards d’euros pour Nicolas Sarkozy le 3 mai 2011, lors de sa visite à la centrale nucléaire de Gravelines, 750 pour Bernard Bigot, le patron du CEA, dans un entretien publié par Le Figaro le 22 septembre, sur la base d’une estimation au doigt mouillé... Mais cette inflation des chiffres relève de la manipulation : pour évaluer honnêtement le coût d’un scénario de sortie du nucléaire, à l’horizon 2030 par exemple, il faut procéder à son chiffrage global, bien entendu, mais aussi le comparer au scénario « business as usual » officiel de poursuite du nucléaire, incluant les coûts d’investissement indispensables pour renouveler ou réhabiliter le parc nucléaire et rénover le réseau électrique. L’option « sortie du nucléaire en 2030 » se révèle alors moins coûteuse, non seulement du point de vue du cumul des investissements, mais aussi au regard de la facture électrique globale annuelle...


Page publiée en ligne le 25 août 2013
Dernière MAJ technique : 26 août 2013, 21h05

Sur cette page :
Avant-propos de Benjamin Dessus (président de Global Chance)
Une explosion nucléaire... de milliards ! (Benjamin Dessus, 2011)
À découvrir également sur le site de Global Chance (publications et dossiers)

AVANT-PROPOS DE BENJAMIN DESSUS

Le Figaro annonçait hier en une « Plus de 750 milliards d’euros, la facture exorbitante d’un arrêt du nucléaire » suivi d’un interview de Bernard Bigot.
Devant l’invraisemblance de tels propos, j’ai proposé au Figaro une tribune de mise au point. Le Figaro n’a pas souhaité la publier.
La voici, publiée ce matin même par Médiapart.

Benjamin Dessus, 24 septembre 2011

UNE EXPLOSION NUCLÉAIRE... DE MILLIARDS !

Benjamin Dessus, président de Global Chance, réfute le chiffre de 750 milliards d’euros avancé par Le Figaro pour sortir du nucléaire.

Benjamin Dessus, Médiapart, samedi 24 septembre 2011

Le 3 mai dernier, Nicolas Sarkozy déclarait aux travailleurs de la centrale nucléaire de Gravelines : « Ceux qui veulent qu’on sorte du nucléaire, est-ce qu’ils sont prêts à trouver les 45 milliards d’euros pour compenser ? C’est irresponsable. » Le 22 septembre, Le Figaro fait sa Une sur une phrase choc : « Plus de 750 milliards d’euros, la facture exorbitante d’un arrêt du nucléaire » (1). Suit une interview de Bernard Bigot (2), haut commissaire au CEA. Il déclare, sur la base du chiffre de 250 milliards d’euros avancé par le journaliste pour la « sortie » allemande, sans d’ailleurs qu’on sache par qui et sur quelles bases ce chiffre a été établi, que, puisque le parc nucléaire français est trois fois plus important que l’allemand, « l’impact risque d’être encore plus lourd que la simple application d’une règle de trois ». Le tour est joué et le journal affiche « Sortir de l’atome coûterait au bas mot 750 milliards à la France ». Impressionnant !

On peut raisonnablement s’étonner d’une telle inflation en si peu de temps. Mais, au fait, d’où vient le chiffre allemand ? Il semble bien que ce soit le chiffre annoncé à la presse par la banque KfW qui donnait une première évaluation des besoins de financement de la transition énergétique allemande sur une dizaine d’années, transition qui concerne l’ensemble du système énergétique, et pas seulement la sortie du nucléaire, au point que dans son communiqué, KfW ne mentionne même pas la sortie du nucléaire : 17 milliards d’euros pour des investissements d’économie d’électricité de 72 TWh (la moitié de la production nucléaire allemande), 145 milliards d’euros pour l’électricité renouvelable (dont la moitié justifiée par le remplacement de l’autre moitié de la production nucléaire allemande), 10 à 20 milliards d’euros pour les réseaux électriques et le stockage, 5 milliards d’euros pour les centrales à gaz. Au total, de l’ordre de 100 milliards d’euros au maximum d’investissements qu’on peut imputer à la volonté de sortie du nucléaire. Par contre, on ne nous dit rien des coûts d’investissement qui auraient été indispensables sans la décision de sortir du nucléaire pour renouveler ou réhabiliter le parc nucléaire et rénover le réseau électrique, ce qui diminuerait d’autant le coût de la sortie. C’est évidemment cette différence qui doit être calculée et prise en compte.

On comprend donc mal comment Bernard Bigot a pu laisser passer sans réagir le moins du monde une évaluation aussi manifestement fantaisiste et tronquée.

Pour la France, si l’on veut faire preuve d’un peu de sérieux, il faut comparer les investissements nécessaires à un scénario « business as usual » de poursuite du nucléaire tel qu’il existe dans les cartons du ministère de l’industrie et d’un scénario de sortie du nucléaire « à l’allemande » vers 2030, avec arrêt des réacteurs quand ils atteignent une durée de vie de l’ordre de 33 ans et une politique sérieuse d’économie d’électricité, comme le font les Allemands. Cet exercice a été fait par l’association Global Chance (3) : il montre que le cumul des investissements concernant l’électricité (consommation et production) à réaliser d’ici 2031 dans un scénario de sortie du nucléaire en 2031 se situe autour de 410 milliards d’euros contre 470 dans un scénario « business as usual » fondé sur le remplacement des centrales nucléaires. Un investissement non pas supérieur, mais plutôt inférieur à celui du scénario « business as usual », qui s’explique en bonne partie par le faible coût d’investissement des économies d’électricité. Sans même compter que la facture électrique globale annuelle du scénario « sortie du nucléaire en 2030 » est 25% moins lourde que celle du scénario de poursuite du nucléaire... Cette évaluation, bien qu’encore perfectible, montre bien que l’annonce du Figaro n’est manifestement pas fondée sur des données sérieuses. Le débat sur la sortie ou non du nucléaire mérite mieux que des caricatures d’évaluation économique.

Benjamin Dessus est corédacteur, avec Jean-Michel Charpin et René Pellat, du rapport au premier ministre : Étude économique prospective de la filière électrique nucléaire [fichier pdf, 1 Mo] (La documentation française, 2000)

Références :

(1) La sortie du nucléaire coûterait 750 milliards, Frédéric De Monicault, Le Figaro du 23 septembre 2011.

(2) Bernard Bigot : « Sans le nucléaire, la facture énergétique de la France exploserait », Le Figaro du 23 septembre 2011.

(3) Sortir du nucléaire en 20 ans, Benjamin Dessus, note de travail, 21 juin 2011, 16 pages.

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À DÉCOUVRIR ÉGALEMENT SUR LE SITE DE GLOBAL CHANCE

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L’énergie et les présidentielles : décrypter rapports et scénarios
Les Cahiers de Global Chance, n°31, mars 2012, 100 pages

> Avec en particulier l’analyse de Benjamin Dessus :

Les coûts de la filière électronucléaire : rapport public thématique de la Cour des comptes [13 pages, fichier pdf, 400 ko]

Nucléaire : le déclin de l’empire français
Les Cahiers de Global Chance, n°29, avril 2011, 112 pages

> Avec en particulier le chapitre :

Les coûts du nucléaire : secret, incertitude et spirale [8 pages, 210 ko, fichier pdf]

Nucléaire : la grande illusion - Promesses, déboires et menaces
Les Cahiers de Global Chance, n°25, septembre 2008, 84 pages

> Avec en particulier les articles :

L’économie : petits arrangements avec les réalités [9 pages, 215 ko, fichier pdf]

Les coûts associés passés sous silence [3 pages, 80 ko, fichier pdf]

Faire l’économie du nucléaire ? Un rapport récent relance le débat
Les Cahiers de Global Chance, n°13, novembre 2000, 98 pages

Publications de membres de l’association

(encadré = plus d’informations au survol)

Transition énergétique et sortie du nucléaire
Bernard Laponche, document de travail, décembre 2012, 20 pages

Le nucléaire bon marché ?
Benjamin Dessus, in « Atomes crochus : argent, pouvoir et nucléaire », Réseau Sortir du Nucléaire, juillet 2012

Les coûts des différentes filières de production et d’économie d’électricité
Benjamin Dessus, Note de travail, 13 pages, 8 avril 2012

Choix énergétiques : un débat biaisé
Benjamin Dessus, Pour La Science, n°414, avril 2012, pp. 30-35

Sortir du nucléaire en 20 ans. À quelles conditions et à quels coûts ?
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