UNE EXPERTISE INDÉPENDANTE
DANS LE DÉBAT SUR
LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

À LA UNE
GLOBAL-CHANCE

Mardi 19 mars - Fondation pour le Progrès de l’Homme

Plutonium : ressource énergétique ou fardeau mondial ?

Colloque organisé par Global Chance et l’International Panel on Fissile Materials

Alors que plusieurs pays étrangers ont d’ores et déjà décidé de sortir du nucléaire et que la réduction de la part du nucléaire dans le bilan français a été proposée par le président François Hollande, il est urgent d’élargir la réflexion au devenir des stocks importants de plutonium, sous-produit de la génération d’électricité d’origine nucléaire et séparé des combustibles irradiés dans l’usine de retraitement de La Hague.
Organisé conjointement par Global Chance et l’IPFM le mardi 19 mars à la Fondation pour le Progrès de l’Homme, ce colloque sera ainsi l’occasion d’analyser avec nos collègues étrangers les problèmes spécifiques auxquels est confrontée la production et l’utilisation du plutonium, puis de discuter les alternatives de gestion des combustibles irradiés et du plutonium.


Page publiée en ligne le 11 mars 2013
Dernière mise à jour : 20 juillet 2013 à 9h00

Sur cette page :
Présentation - Programme - Organisateurs - Intervenants - Revue de presse
À voir également sur le site de Global Chance (dossiers et publications)

19 mars 2013, 9h00 – 13h00
Fondation pour le Progrès de l’Homme
38 Rue Saint-Sabin, 75011 Paris

Pour des raisons d’organisation matérielle nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous prévenir de votre venue à ce séminaire.

Télécharger le communiqué (format .doc, 270 Ko)

PRÉSENTATION

L’objectif affiché par le président François Hollande en matière de politique énergétique, à savoir la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité en France d’ici 2025, soulève un certain nombre de questions. Quelle politique influencera le niveau de consommation d’électricité ? Quel rôle pour l’électricité dans l’ensemble du secteur énergétique ? Comment respecter les engagements auprès de l’Union Européenne en termes d’efficacité et de la part des énergies renouvelables ? Alors que le Gouvernement vient de lancer le Débat National sur la Transition Énergétique pour tenter de répondre à ces questions, il est urgent d’élargir la réflexion à la problématique du devenir des stocks importants de plutonium, sous-produit de la génération d’électricité d’origine nucléaire et séparé des combustibles irradiés dans l’usine de retraitement de La Hague. La France est aujourd’hui le seul pays au monde à recourir au retraitement à grande échelle, activité industrielle surprenante compte tenu du fait que les produits sortants – le plutonium et l’uranium « retraité » – ont une valeur comptable zéro et une valeur marchande négative.

L’association d’experts indépendants français Global Chance et l’International Panel on Fissile Materials (IPFM), basé à Université de Princeton aux États-Unis, se sont associés pour élucider l’origine, l’histoire et le bilan des programmes de retraitement sur le plan mondial. Des experts américain, anglais, allemand et français, dont le Professeur Frank von Hippel, ancien conseiller de sécurité du Président Clinton, analyseront les problèmes spécifiques de la production et de l’utilisation du plutonium et présenteront des alternatives de gestion des combustibles irradiés et du plutonium.

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PROGRAMME

9h00-9h15

Introduction
Benjamin Dessus, Président de Global Chance

9h15-9h45

Panorama international - nature et origine de l’impasse plutonium et quelques options de sortie
Professeur Frank von Hippel, Co-Président, International Panel on Fissile Materials (IPFM)

9h45-10h15

L’échec de l’industrie du plutonium au Royaume-Uni
Professeur Gordon MacKerron, Directeur, SPRU, University of Sussex

10h15-10h45

Le combustible MOX et ses risques
Jean-Claude Zerbib et André Guillemette, Ingénieur radioprotection, ancien du CEA - Ingénieur, ancien de la DCN, Cherbourg

10h 45-11h00

Pause

11h00-11h30

L’approche allemande - abandon du retraitement et stockage à sec
Klaus Janberg, Ancien Directeur Général de la GNS

11h30-12h00

Les défis non relevés de la stratégie française du plutonium
Mycle Schneider, Consultant international

12h00-13h00

Débat


La modération des présentations et des échanges sera assurée par Bernard Laponche, polytechnicien, docteur ès sciences, membre de Global Chance.

Les participants disposeront d’une traduction simultanée anglais-français.

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LES ORGANISATEURS

Global Chance est une association de scientifiques et d’experts partageant la conviction qu’un développement mondial plus équilibré peut et doit résulter de la prise de conscience croissante des menaces qui pèsent sur l’environnement global. Face à ces menaces, Global Chance met les compétences de ses membres au service d’une expertise publique multiple et contradictoire, afin d’identifier et de promouvoir des réponses collectives nouvelles et positives dans les domaines scientifique et technique, économique et financier, politique et règlementaire, social et culturel, et ce dans un esprit de solidarité Nord Sud, d’humanisme et de démocratie. Global Chance a été créée en 1992.

International Panel on Fissile Materials (IPFM) est un groupe indépendant d’experts en matières de contrôle d’armement et de non-prolifération. Le panel est basé à l’Université de Princeton. Les co-présidents sont le Prof. Frank von Hippel et le Prof. émérite R. Rajaraman de l’Université Jawaharlal Nehru, New Delhi. Les membres du panel représentent 17 pays. La mission de l’IPFM est d’analyser la base pour des initiatives politiques destinées à sécuriser, consolider et de réduire des stocks de d’uranium hautement enrichi et de plutonium. Ces matières fissiles sont les ingrédients principaux des armes nucléaires et leur contrôle est indispensable pour prévenir la prolifération des armes nucléaires et leur acquisition par des organisations terroristes. L’IPFM a été créé en 2006.

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LES INTERVENANTS

Benjamin Dessus, ingénieur et économiste, est Président de Global Chance. Entre 1987 et 2001, il dirige au CNRS plusieurs programmes interdisciplinaires de recherche (PIRSEM, Ecotech, ECODEV) consacrés aux problèmes d’énergie et d’environnement. De 1991 à 1994, Dessus a contribué à la formulation de la stratégie climat du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), puis a présidé de 1994 à 2003 le conseil scientifique et technique du Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM). Entre 1982 et 1987, il dirige les services techniques de l’AFME (Agence Française de la Maîtrise de l’Énergie, devenue ADEME).

Prof. Frank von Hippel, Co-président de l’International Panel on Fissile Materials (IPFM), est Professeur des Affaires Publiques et Internationales à l’Université de Princeton aux Etats-Unis. Il détient un doctorat en physique nucléaire de université d’Oxford. Il est le co-fondateur du Programme sur la Science et la Sécurité Globale de Princeton. Il a travaillé sur la politique de gestion des matières fissiles depuis 35 ans. Von Hippel a notamment été Directeur adjoint pour la sécurité nationale de l’Office de la politique de science et technologie à la maison blanche du Président Clinton.

Prof. Gordon MacKerron, Directeur de la Science Policy Research Unit (SPRU) de l’Université de Sussex, conseille le gouvernement du Royaume Unis sur des questions nucléaires. Il était président de la Commission nationale sur la gestion des déchets radioactifs (CoRWM) de 2003 à 2007. Il est co-auteur du rapport de l’IPFM sur la gestion des combustibles irradiés de réacteurs nucléaires (2011).

André Guillemette, ingénieur méthodes et processus, retraité de la Direction des Constructions Navales (DCN) de Cherbourg, divers postes techniques dans la construction de sous-marins nucléaires. Il est membre du Comité de suivi du plan tritium de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et du conseil scientifique de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (ACRO). De 1982 à 1998, Guillemette a représenté la CFDT à la Commission spéciale et permanente d’information près de l’établissement de La Hague (CSPI).

Jean-Claude Zerbib, ingénieur en radioprotection, retraité du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), nommé « expert sénior » au CEA en 1996. De 1997 à 2011, il a participé aux travaux du Groupe Radioécologie Nord Cotentin (GRNC) sur les risques de leucémie des moins de 25 ans autour des usines de La Hague et les impacts dosimétriques des rejets des usines de La Hague. Zerbib est l’auteur d’une centaine d’articles sur divers aspects du nucléaire et des toxiques industriels.

Dr. Klaus Janberg, ingénieur allemand et physicien français, consultant notamment des exploitants nucléaires allemands sur la gestion des combustibles irradiés et du combustible MOX. Il collabore avec Nuclear Fuel Cycle Consulting (NFCC). Il était membre du directoire de Gesellschaft für Nuklearservice (GNS) de 1980 à 2000 et fondateur et PDG de GNB, filiale de GNS qui conçoit et fabrique des conteneurs de transport et de stockage pour combustibles irradiés.

Mycle Schneider, consultant indépendant international en énergie et politique nucléaire, est membre de l’IPFM. Il a conseillé le ministère de l’Environnement allemand et les cabinets du ministre français de l’Environnement et du ministre belge de l’Énergie et du Développement Durable. De 2004 à 2009, il a enseigné les stratégies énergies et environnement à l’Ecole des Mines de Nantes. Il est coordinateur du World Nuclear Industry Status Report et a reçu le “Prix Nobel Alternatif” pour ses travaux sur l’économie du plutonium.

Bernard Laponche, polytechnicien, docteur ès sciences et en économie de l’énergie, a été consultant international en politiques et en maîtrise de l’énergie, en particulier dans le cadre de la coopération internationale de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et de l’Agence Française de Développement (AFD). Laponche a été ingénieur au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), responsable syndical à la CFDT, puis directeur général de l’Agence Française pour la Maîtrise de l’Énergie (AFME). Co-fondateur directeur du bureau d’étude ICE (International Conseil Énergie) de 1988 à 1998, il a été conseiller pour l’énergie et la sûreté nucléaire auprès de la Ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement Dominique Voynet en 1998 et 1999.

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REVUE DE PRESSE

Sommaire

L’ultimatum nucléaire qui pèse sur la France
Jade Lindgaard, Médiapart, 23 mars 2013

Le plutonium, enjeu tabou de la transition énergétique
Agnès Sinaï, Actu-Environnement.com, 25 mars 2013

Areva, le Mox et le plutonium : le « business model » d’une catastrophe nucléaire ?
Yvan Du Roy, Bastamag.net, 11 avril 2013

Un combustible au plutonium, très critiqué
AFP, 13 avril 2013

La France et AREVA misent sur le MOX, un combustible à l’avenir incertain
AFP, 17 avril 2013



L’ultimatum nucléaire qui pèse sur la France
Jade Lindgaard, Médiapart, 23 mars 2013

Pour ramener à 50 % la part du nucléaire dans son mix électrique en 2025, la France doit revoir de fond en comble sa politique de retraitement de déchets atomiques. Sinon, elle risque de se retrouver avec un énorme stock de plutonium sur les bras, alerte un expert indépendant.

Si la France veut ramener la part du nucléaire à 50 % dans son mix électrique (contre 75 % aujourd’hui), comme l’a promis François Hollande pendant sa campagne électorale, elle doit revoir de fond en comble sa politique de retraitement de déchets atomiques, estime le consultant en énergie Mycle Schneider, couronné du prix Nobel alternatif en 1997 pour ses travaux sur le plutonium (1). Concrètement, l’usine d’Areva de La Hague devrait cesser de séparer le plutonium des déchets, opération qui lui permet de fabriquer du MOX, un carburant composé d’uranium et de plutonium, dès 2019, sous peine de se retrouver avec d’énormes stocks sur les bras.

Pourquoi ce couperet ? À cause du plutonium, produit par les réactions nucléaires, et consommé par une partie des centrales françaises, ce qui constitue l’une des caractéristiques de la filière hexagonale. La France a fait le choix de transformer en partie ce plutonium en combustible : le MOX, mélangé à de l’uranium usagé. La plupart des autres États ont aujourd’hui choisi de le stocker, stratégie jugée plus sûre et moins coûteuse.

Dans le parc français actuel, ce sont les réacteurs les plus anciens (Dampierre, Blayais, Chinon, Gravelines, Saint-Laurent et Tricastin) qui utilisent le MOX comme carburant. Or ce sont justement ceux qui sont destinés à fermer les premiers, dans l’hypothèse du respect de la règle des 40 ans de vie. Dans une analyse publique mais passée inaperçue jusqu’ici, et exhumée par Mycle Schneider, l’agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) explique que « la séparation du plutonium juste suffisante pour alimenter les 22 réacteurs moxés jusqu’en fin de vie sera atteinte vers 2018-2019 » (2).

Autrement dit, si l’État veut tenir son objectif de réduire de 25 % la part du nucléaire, le retraitement du plutonium n’est plus justifié à partir de 2018-2019. L’activité de l’usine de La Hague n’aura plus lieu d’être, dans sa forme actuelle en tout cas. Ce chiffrage semble difficilement contestable puisqu’il provient des exploitants eux-mêmes, de l’aveu de l’agence. « Les 22 réacteurs de 900 mégawatts (MW) sont le seul schéma opérationnel pour utiliser le plutonium. Le système actuel a produit une impasse », conclut Mycle Schneider.

« Il faut immédiatement arrêter l’activité de fabrication de MOX et chercher dès à présent des pistes de stockage du plutonium et de combustibles usagés », ajoute Benjamin Dessus, directeur de la revue Global Chance qui organisait un colloque sur « Le plutonium : ressource énergétique ou fardeau mondial », le 19 mars à Paris. De son côté, Areva, considère que « si le gouvernement a fixé un objectif de baisse à 50 % du nucléaire dans le mix électrique, il a aussi confirmé la stratégie française de traitement-recyclage ».

Le 28 septembre dernier, le conseil de politique nucléaire a déclaré dans un communiqué que « la stratégie de retraitement des combustibles usés et le réemploi dans les réacteurs français des matières fissiles extraites sous forme de combustible MOX sont confirmés ». Sans expliquer comment il compte s’y prendre pour éviter l’indigestion de MOX dans les installations hexagonales. Areva a fait savoir qu’il s’apprêtait, au printemps, à convoyer du combustible MOX vers le Japon, pour la première fois depuis la catastrophe de Fukushima (3).

150 ans en piscine

Si l’avenir du plutonium agite autant les esprits, c’est qu’il s’agit de tout sauf d’une matière anodine. Le MOX est beaucoup plus chaud que l’uranium, entraînant une prise en charge plus complexe et plus coûteuse. « On estime généralement qu’il faut entreposer 50 ans en piscine un combustible irradié à base d’uranium avant stockage définitif mais 150 ans un combustible MOX irradié, les piscines devant être en permanence refroidies par circulation d’eau », explique Jean-Claude Zerbib, ingénieur radioprotection, ancien du CEA.

On ne peut donc pas éternellement l’empiler sur des étagères comme des bocaux à cornichons. Pour les travailleurs du nucléaire, il n’est pas non plus sans danger. Si des particules de plutonium sont inhalées ou ingérées, elles irradient directement les organes où elles se sont déposées, et peuvent provoquer des cancers. Sa « période biologique » est longue : l’élimination de 50 % de la charge de l’organisme nécessiterait 100 ans environ, poursuit Jean-Claude Zerbib. Les installations industrielles traitant du plutonium nécessitent des barrières de protection épaisses (béton, hublots épais…) pour se protéger des émissions de rayonnements « gamma » et « neutrons ».

Or la quantité de combustibles irradiés stockés dans l’usine de La Hague est colossale : près de 10 000 tonnes, soit l’équivalent de plus d’une centaine de cœurs de réacteurs, compare Mycle Schneider, selon qui une telle concentration « est unique au monde ». Ce stockage se tient dans des bassins de piscine non protégés, c’est-à-dire non recouverts, ce qui les rend vulnérables en cas d’accident grave ou d’attaque.

Réunis le 19 mars à Paris par la revue Global Chance, des chercheurs du Panel international sur les matériaux fissiles (IPFM), un groupe d’experts basé à l’université américaine de Princeton, ont insisté sur le déclin de la filière MOX au plan international, trop chère et pas assez fiable : arrêtée en Allemagne, discutée aux États-Unis, écroulée en Grande-Bretagne. Aujourd’hui, seuls la France, l’Inde et la Russie « retraitent » leur plutonium.

En 2011, au début de la campagne présidentielle, le MOX avait provoqué une crise politique entre les écologistes et les socialistes, quand le PS avait ôté du texte de l’accord après signature un paragraphe programmant la fin de la filière (4). Il avait finalement été rétabli, accompagné d’un commentaire ambigu de Michel Sapin, alors porte-parole socialiste.

Près d’un an après l’élection de François Hollande, la plus grande ambiguïté règne encore sur la politique qu’entend réellement conduire l’exécutif sur le nucléaire : quel calendrier de fermeture des deux réacteurs de Fessenheim ? Quel scénario de substitution ? Dans quel ordre les autres installations doivent-elles cesser leur activité pour réduire de 25 % la part de l’atome dans la production d’électricité ? À trois mois de la fin du débat sur la transition énergétique, le flou est total.

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Références liées à l’article de Jade Lindgaard

(1) http://www.worldnuclearreport.org/Who-we-are.html

(2) Inventaire national des matières et déchets radioactifs - Rapport de synthèse 2012 (pdf, 8.9 Mo), Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, page 54.

(3) Areva plans 1st nuclear fuel shipment to Japan since Fukushima, Reuters, 4 mars 2013.

(4) Le lobby nucléaire réécrit l’accord PS-écologistes, Stéphane Alliès et Jade Lindgaard, Médiapart, 16 novembre 2011.

(haut de page) (sommaire revue de presse)



Le plutonium, enjeu tabou de la transition énergétique
Agnès Sinaï, Actu-Environnement.com, 25 mars 2013

Alors que les stocks de plutonium issus de l’activité des centrales nucléaires s’accumulent en France de manière préoccupante, l’association Global Chance souligne le traitement politique contradictoire de l’enjeu des déchets nucléaires.

On s’en souvient encore : lors de la négociation pré-électorale entre le Parti socialiste (PS) et Europe écologie – Les Verts (EELV) à l’automne 2011, le MOX avait fait l’objet d’un paragraphe, qui, au début n’avait pas attiré l’attention. Le texte préconisait « une reconversion à emploi constant de la filière de retraitement et de fabrication du MOX et des moyens de stockage des différents types de déchets, notamment le laboratoire de Bure, en centres d’excellence de traitement des déchets et du démantèlement ». Quelques heures plus tard, le 15 novembre 2011, ces lignes disparaissaient du texte, les négociateurs du PS ayant été interpellés par l’industriel AREVA, inquiet pour l’avenir d’une filière très française : celle du retraitement des déchets nucléaires. À la suite d’une polémique abondamment médiatisée, le paragraphe était réhabilité. Entre temps, la France découvrait le MOX, combustible nucléaire issu d’un mélange d’oxyde de plutonium (PuO2) et d’oxyde d’uranium (UO2) commercialisé depuis les années 80 par EDF et la COGEMA, devenue AREVA.

Officiellement, le MOX sert à "recycler" les stocks de plutonium pour ralentir leur accumulation et justifier la filière du retraitement. Un réacteur nucléaire de 1000 mégawatts produit entre 230 et 260 kilogrammes de plutonium par année de fonctionnement. Une partie de ce plutonium - dont l’isotope PU 239 a une période de 24.000 ans - est réutilisé dans le MOX, combustible destiné à certains réacteurs à eau légère, comme l’unité 3 de la centrale de Fukushima ou une partie des réacteurs de 900 MW en France tels que ceux de Blayet 1 et 2, Tricastin ou Gravelines. Une fois ce combustible irradié, il faut une centaine d’années de plus pour le refroidir que les combustibles à uranium avant son stockage définitif. Le plutonium est une matière excessivement toxique. Une quantité de l’ordre d’une dizaine de milligrammes provoque le décès d’une personne ayant inhalé en une seule fois des oxydes de plutonium, selon une fiche de l’IRSN sur les aspects sanitaires de ce radionucléide.

Une substance à hauts risques

L’association Global Chance, conjointement à des experts internationaux tels que Frank von Hippel, co-Président de l’International Panel on Fissile Materials (IPFM) et Professeur des affaires publiques et internationales à l’Université de Princeton aux États-Unis, ont pointé à plusieurs reprises, dans des publications très documentées (1) et à l’occasion d’un séminaire à Paris le 19 mars, les risques associés à la commercialisation du MOX. Cette substance est transportée par train à travers l’Europe et par bateau dans des conteneurs vers le Japon. La stratégie d’exportation du MOX par AREVA accroît les risques de détournement et de prolifération. En 1994, 70 kilogrammes de plutonium s’étaient accumulés, à l’insu des contrôles, dans les installations de télémanipulation de l’usine de production de combustible MOX à Tokai, au Japon. Le même type d’incident a été identifié en 2009 à Cadarache (Bouches-du-Rhône), où plusieurs dizaines de kilogrammes de plutonium sont restés dans les "boîtes à gants" de télémanipulation, en dehors de toute comptabilité.

La quantité globale de plutonium séparé est estimée à quelque 500 tonnes, suffisant à fabriquer 100 000 armes atomiques, d’après les estimations du professeur von Hippel et selon un rapport (2) des consultants Franck Barnaby et Shaun Burnie. Il ne faut que cinq kilogrammes de plutonium pour fabriquer une arme, huit kilogrammes pour l’équivalent de la bombe atomique utilisée à Nagasaki (Japon) en 1945.

La France, épicentre mondial du plutonium

La France est dans une situation singulière. Avec 57,5 tonnes de stocks à la fin 2011, la France est, avec le Royaume-Uni, l’un des deux pays au monde qui détiennent le plus de plutonium. Selon un article (3) de Jean-Claude Zerbib et André Guillemette, respectivement ingénieur en radioprotection retraité du CEA, et ingénieur méthodes et processus retraité de la DCN à Cherbourg, « fin 2011 de l’ordre de 1.100 tonnes de combustibles MOX usés étaient entreposées en stockage de longue durée dans les piscines de l’usine AREVA NC de la Hague. Aux 1.100 tonnes de combustibles MOX usés viennent s’ajouter 390 tonnes entreposées dans les piscines du bâtiment combustibles des réacteurs d’EDF, en attente de refroidissement intermédiaire (plus de 2,5 ans) avant d’être envoyées vers la Hague au rythme moyen actuel de 100 t/an. Enfin, dans 21 des réacteurs d’EDF, 300 tonnes sont en chargement ». La France est aujourd’hui le seul pays au monde à pratiquer le retraitement à grande échelle, « activité industrielle surprenante compte tenu du fait que les produits sortants – le plutonium et l’uranium "retraité" – ont une valeur comptable zéro et une valeur marchande négative », s’étonne Mycle Schneider, consultant international et membre de l’IPFM, alors qu’AREVA a subi une perte de 100 millions d’euros en 2012 et a vu sa notation internationale rétrogradée à un "BBB-", soit seulement « un cran au-dessus d’un junk bond ».

En dépit de l’accord électoral entre le PS et EELV, la stratégie de retraitement des combustibles usés a été en principe reconduite par le président de la République lors d’une réunion du Conseil de politique nucléaire : « La stratégie de retraitement des combustibles usés et le réemploi dans les réacteurs français des matières fissiles extraites sous forme de combustible MOX sont confirmés », selon un communiqué de l’Elysée du 15 octobre 2012 . La France compte 22 réacteurs de 900 mégawatts "moxés". « Si les engagements électoraux de François Hollande de réduire à 50% d’ici à 2025 la part du nucléaire dans la production d’électricité sont tenus, en 2026 s’arrêtera le dernier réacteur moxé, sous réserve que sa durée de vie soit de 40 ans », calcule Mycle Schneider, extrapolant le scénario 2012 de l’ADEME selon lequel, en 2030, la puissance installée du nucléaire passera à 32 GW. Le retrait des réacteurs moxés serait alors la voie mécaniquement la plus sûre pour limiter la séparation du plutonium à La Hague. Selon Mycle Schneider, « compte tenu des quelque 57 tonnes de plutonium français déjà sur les étagères, il faudrait arrêter le retraitement dans les trois ou quatre années qui viennent ».

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Références liées à l’article d’Agnès Signaï
(résumé au survol pour les publications de Global Chance)

(1) Les Cahiers de Global Chance, n°33, mars 2013 : Des questions qui fâchent : contribution au débat national sur la transition énergétique

(2) Frank Barnaby and Shaun Burnie, Planning proliferation : the global expansion of nuclear power and multinaltional approaches (pdf, 1.8 Mo), May 18th 2010

(3) André Guillemette & Jean-Claude Zerbib, Les combustibles MOX d’EDF, production et stockages, bilans 2011 (pdf, 1.3 Mo), in Les Cahiers de Global Chance, n°33, mars 2013

(haut de page) (sommaire revue de presse)


Areva, le Mox et le plutonium : le « business model » d’une catastrophe nucléaire ?
Yvan Du Roy, Bastamag.net, 11 avril 2013

(extraits - article complet sur Bastamag.net)

Du plutonium est en partance pour le Japon. Alors que, deux ans après Fukushima, populations et autorités locales se débattent toujours face aux contaminations radioactives, un convoi nucléaire, affrété par Areva, doit appareiller mi-avril de Cherbourg vers l’archipel japonais. Pourquoi l’entreprise continue-t-elle à exporter du combustible nucléaire vers un pays traumatisé ? Quels sont les enjeux commerciaux et industriels qui se cachent derrière le Mox ? Et les menaces potentielles que fait planer ce business nucléaire ? Enquête.

[...]

Un assemblage de Mox contient environ 500 kg de matières fissiles sous forme de « crayon », dont 7% à 9% de plutonium. Un seul assemblage permettrait, selon Areva, « d’alimenter en électricité une ville de 100 000 habitants pendant un an ». Cette évaluation semble très optimiste, et correspondre à un rendement tout à fait théorique : cela signifierait qu’un seul réacteur, qui compte entre 120 et 250 assemblages en activité dans sa cuve, serait capable de produire assez d’énergie pour alimenter en électricité 12 à 25 millions d’habitants par an. La France comptant 58 réacteurs, elle pourrait, selon le chiffre d’Areva, fournir en électricité entre 696 millions et 1,45 milliard d’habitants... Les calculs de Jean-Claude Zerbib, ancien ingénieur au Commissariat à l’énergie atomique (CEA, principal actionnaire d’Areva), arrivent à une conclusion assez différente : un assemblage produirait en énergie électrique « de quoi alimenter pendant un an 15 736 habitants et non 100 000 », au vu de la consommation d’électricité par an et par habitant en 2009. (1)

[...]

Du Mox fondu à Fukushima

Ce « produit performant » pose cependant bien des problèmes. La radioactivité du Mox, même « usé », demeure beaucoup plus forte que celle de l’uranium. Hautement radiotoxique, le plutonium n’existe pas à l’état naturel. La dose annuelle limite en cas d’inhalation de plutonium par un adulte est fixée à 1 millième de microgramme. Et sa période radioactive s’étire, en fonction des isotopes, de 88 ans à… 80,8 millions d’années ! « Ce combustible est un million de fois plus radioactif que l’uranium de base. Sa radioactivité et sa plus grande chaleur rendent sa manipulation complexe. En cas de perte du système de refroidissement, sa présence dans le réacteur et dans les piscines aggrave les conséquences possibles », décrit Bernard Laponche, physicien nucléaire et cofondateur de l’association scientifique Global Chance.

Le Mox était présent au sein du réacteur n°3 de la centrale de Fukushima, lors de la fusion du cœur après le tsunami du 11 mars 2011. 32 assemblages de Mox (4), pouvant contenir jusqu’à 1,3 tonne de plutonium, auraient donc partiellement ou totalement fondu. Deux ans plus tard, on ne sait toujours pas si ce magma de matières fissiles hautement abrasives et radioactives – appelé corium – est resté confiné au sein de la cuve du réacteur, ou s’il en a débordé. Et quelle quantité d’eau, chargée de radioactivité et de plutonium, s’est déversée dans l’océan.

Autre problème posé par le Mox : son refroidissement. Les combustibles Mox « doivent être refroidis beaucoup plus longtemps en piscines près des réacteurs (au minimum 2,5 ans contre 6 mois à 1 an pour les combustibles à uranium) et le temps total de refroidissement est environ 10 fois plus long (50 ans au lieu de 5 à 10 ans) », explique Bernard Laponche.

[...]

Toujours plus de déchets radioactifs

[...]

Si ce combustible pose davantage de problèmes en matière de sûreté des centrales, son utilité en matière de recyclage de plutonium est loin d’être évidente. Car le Mox « usé », une fois déchargé des réacteurs, est rapatrié en France, à l’usine de La Hague. Lui aussi est hautement radiotoxique : 27 ans après avoir été déchargé du cœur « les combustibles Mox usés ont une activité neutronique 10 fois plus importante » que celle des combustibles usés classiques. Selon le décompte de l’association Global Chance, il y aurait, fin 2011, dans les piscines de refroidissement de La Hague et dans les réacteurs EDF, « un total de 1 490 tonnes de Mox usés, 300 tonnes partiellement usées et 100 tonnes de Mox neuf rebutées » (8). Soit cinq fois plus de déchets que de plutonium à recycler : 300 tonnes de plutonium seraient entreposées en France, dans l’attente d’être mixées en Mox.

Opacité sur les stocks de plutonium

Ces informations sont, là aussi, très difficiles à obtenir : « En dépit de l’affichage d’ouverture des études complémentaires de sûreté des principaux sites nucléaires après l’accident de Fukushima (mars 2011), nos recherches pour recueillir les données [des] exploitants de cette étude et les croiser avec les données publiques accessibles, se sont heurtées à des fins de non-recevoir des exploitants. Nous avons dû attendre fin 2011 pour accéder à des données partielles EDF… Quant à AREVA, nous attendons toujours le bilan officiel des combustibles Mox entreposés dans ses piscines de la Hague », précisent l’ancien ingénieur du CEA Jean-Claude Zerbib et André Guillemette, un ancien ingénieur de la Direction des constructions navales.

Le Mox, un combustible « issu du recyclage », permettant de réduire les stocks de plutonium ? Au vu des déchets que génère le Mox usagé, l’argument devient caduc. Pourquoi donc Areva s’entête-t-elle dans la filière Mox ? Et pourquoi en expédier au Japon [...] ? « C’est la meilleure manière pour eux de réamorcer la pompe », avance Jean-Claude Zerbib. [...] Et cette pompe a pour joli nom Astrid.

Le Mox, un pari inquiétant sur l’avenir

Astrid, c’est un surgénérateur nucléaire. Conçu par le Commissariat à l’énergie atomique [...], ce réacteur expérimental pourrait entrer en service en 2020 à Marcoule, sur le même site que l’usine Melox, qui fabrique le Mox. Un surgénérateur ? C’est un réacteur à neutrons rapides qui produit davantage de plutonium qu’il n’en détruit avec la fission des atomes. Ce type de réacteur n’est pas refroidi avec de l’eau mais avec du sodium liquide, qui permet de transférer la chaleur plus vite et plus efficacement que l’eau. C’était le cas de Superphénix, entré en service en 1985, qui a connu plusieurs incidents de « niveau 2 » (Tchernobyl et Fukushima ont atteint le niveau 7) à cause de fuites de sodium, avant d’être définitivement arrêté en 1997 en vue de son démantèlement [...].

Astrid fonctionnerait avec 20% à 25% de plutonium. Cette nouvelle génération de réacteurs permettrait de se passer complètement d’uranium naturel, évitant donc de dépendre de réserves devenues « fortement spéculatives », selon les prévisions du CEA, d’ici 2050. D’où l’intérêt, pour Areva et le CEA, de maintenir la filière plutonium active, de la fabrication au stockage, en passant par la combustion. Grâce au Mox.

Un pari sur l’avenir pour le moins inquiétant. Car un surgénérateur, c’est cinq fois la puissance du réacteur à eau pressurisée, comme à Fukushima. Un accident grave impliquerait donc des conséquences difficilement imaginables, même après avoir connu et analysé deux catastrophes nucléaires civiles en trente ans. D’autant qu’un surgénérateur est encore plus instable qu’un réacteur classique et le contrôle de la réaction en chaîne encore plus délicat.

Sodium et plutonium : angoissante équation

« Cela veut dire que si, pour une raison quelconque (secousse sismique par exemple) les assemblages combustibles se rapprochaient les uns des autres ou si, à la suite d’une fusion partielle, les combustibles se rassemblaient dans une région du cœur, il y aurait une possibilité de formation de masses critiques conduisant à une accélération de la réaction en chaîne (excursion nucléaire) libérant une grande quantité d’énergie sous forme explosive. Un tel accident conduirait, en cas de rupture de l’enceinte de confinement, à la diffusion d’aérosols de plutonium hautement toxiques dans l’atmosphère », décrit Bernard Laponche.

Sans oublier que le sodium liquide, utilisé pour le refroidissement, a lui-même « de graves inconvénients » : il brûle spontanément au contact de l’air, ce qui peut provoquer des incendies ; au contact de l’eau, il forme notamment de l’hydrogène, ce qui implique un risque d’explosion (l’hydrogène est à l’origine des explosions des réacteurs 1 et 3 de Fukushima) ; enfin, le sodium est assez corrosif pour désagréger le béton. En plus d’incarner une menace permanente, un, voire plusieurs surgénérateurs, si leur industrialisation se développe, produira davantage de plutonium qu’il n’en brûlera. On peut se réjouir qu’une matière première, et source d’énergie, prolifère au lieu de s’épuiser. Sauf si cette « ressource » devenue abondante possède les mortelles caractéristiques du plutonium. Astrid porte décidément bien mal son nom.

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Notes associées à l’article de Yvan du Roy

(1) Selon Jean-Claude Zerbib : « Pour être plus réaliste, il faut raisonner au niveau du réacteur et non de l’assemblage. Ce que l’on appelle les "900MWe", ont un taux de charge annuel moyen de l’ordre de 80%. Ils fournissent donc avec 157 assemblages : 900 000kW x 0,8 x 365j x 24h = 6,3 milliards de kWh ou 40,174 millions de kWh par an et par assemblage, de quoi alimenter pendant un an (hypothèse de 2009) 15 736 habitants et non 100 000. »

(4) Selon les informations communiquées par l’exploitant du site Tepco à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), 548 assemblages de combustibles étaient présents dans le réacteur n°3 lors de la fusion du cœur, dont 32 de Mox.

(8) Ce bilan ne concerne que les usines de La Hague. Il ne prend pas en compte le plutonium présent à Mélox, aux diverses étapes de la fabrication (poudre, pastille, crayons, assemblages). Les Cahiers de Global Chance n°33, mars 2013.

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Un combustible au plutonium, très critiqué
AFP, 13 avril 2013

CAEN - Présenté par AREVA comme un moyen de recycler le plutonium né de la production d’électricité dans les centrales nucléaires, le combustible MOX est très critiqué par les écologistes et certains scientifiques.

Le MOX (mixed oxides) est fabriqué à partir d’oxyde d’uranium et d’oxyde de plutonium, extraits des combustibles irradiés dans les centrales.

S’il fait tant parler de lui, c’est d’abord en raison des 5 à 10% de plutonium qu’il contient. Les combustibles classiques sont fait uniquement d’oxyde d’uranium.

Selon GREENPEACE, l’inhalation d’une poussière de plutonium suffit à déclencher un cancer broncho-pulmonaire en six mois, et il peut servir à fabriquer des bombes.

Pour AREVA, la fabrication d’une bombe à partir du plutonium du MOX, qui n’est pas de qualité militaire, est quasi impossible. Pour Jean-Claude Zerbib, ingénieur à la retraite du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) c’est possible, même si la bombe aurait un rendement moindre qu’une bombe officielle.

Selon ce scientifique, il faut environ 15 kg de plutonium pour faire une bombe. Le MOX qui doit partir prochainement pour la centrale japonaise de Takahama en contient 650 kg environ, selon lui.

Pour AREVA, le MOX contribue à la stabilisation des stocks de plutonium et le recyclage permet d’économiser jusqu’à 25% d’uranium naturel.

Mais selon M. Zerbib, le MOX qui sort d’une centrale est huit fois plus radioactif qu’un combustible classique usé. L’ingénieur a présenté en mars une étude sur le MOX lors d’un colloque à Paris organisé par l’association française d’experts indépendants Global Chance, et un institut (IPFM) de l’université américaine de Princeton. Il dit se fonder sur des données éparpillées dans différents rapports d’AREVA, de l’OCDE.

Selon lui, lorsque du MOX est irradié en centrale, on fabrique des produits (des actinides) au moins aussi toxiques que le plutonium.

Plus chauds, les combustibles MOX fusionnent aussi plus vite que les combustibles classiques en cas d’accident, si la piscine où ils sont stockés se vide, selon M. Zerbib.

Et 300 ans après sa sortie de centrale, le MOX usé est sept fois plus chaud qu’un combustible classique sorti au même moment, calcule-t-il.

Dans ces conditions, même après trois siècles, les MOX usés ne pourront pas être enfouis dans un site de stockage géologique, affirme l’ingénieur.

Selon AREVA – qui fabrique du MOX depuis plus de 40 ans – plus de 10% de l’électricité nucléaire française est produite en France grâce à ce combustible et 10% des réacteurs dans le monde ont déjà, à un moment ou à un autre, fonctionné avec du MOX.

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La France et AREVA misent sur le MOX, un combustible à l’avenir incertain
AFP, 17 avril 2013

CHERBOURG – Le groupe nucléaire français AREVA mise sur le MOX, ce combustible contenant du plutonium dont un convoi doit partir de Cherbourg à destination du Japon, mais il est le seul à en produire et d’autres pays ont déjà abandonné la filière, contestée par certains experts et par les écologistes.

La société fabrique le MOX à partir de plutonium extrait des combustibles irradiés dans les centrales nucléaires. Le résultat est un produit composé de 5 à 10% de plutonium recyclé, et 90 à 95% d’uranium neuf.

Preuve que la filière se porte bien selon le groupe nucléaire, son usine Melox de production de MOX de Marcoule (Gard) a affiché en 2011 et en 2012 un niveau de production record.

Mais pour Mycle Schneider, membre de l’International Panel on Fissile Materials (IPFM), basé à l’Université de Princeton aux Etats-Unis, et ancien conseiller des cabinets ministériels français, belge et allemands, ou de l’AIEA, l’avenir du MOX est nul. Un point de vue globalement partagé par les experts indépendants de l’association française Global Chance, dont fait partie par exemple le physicien nucléaire Bernard Laponche.

La France est la seule à en fabriquer encore. L’Allemagne, la Belgique, et plus récemment l’Angleterre, y ont renoncé.

Et le nombre des clients étrangers d’AREVA s’est réduit. Le Japon, l’Allemagne et la Belgique reçoivent encore du MOX d’AREVA mais ces pays n’envoient plus de combustibles à retraiter à AREVA. La Suisse ne reçoit plus de MOX.

Selon AREVA, qui affirme depuis plusieurs années être en négociation pour de nouveaux contrats, le recyclage, permet d’économiser jusqu’à 25% d’uranium naturel (dont les combustibles classiques sont constitués à 100%) et de diviser la radioactivité des déchets par 10. Mais certains scientifiques assurent que les déchets du MOX sont plus dangereux et plus coûteux à stocker.

Pression de la France

Les Américains ont un projet d’usine de MOX pour recycler leur plutonium militaire et les Chinois sont très intéressés par le recyclage, a affirmé à l’AFP Dominique Louzeau, un responsable d’AREVA.

Professeur honoraire au Conservatoire National des Arts et Métiers, Jacques Foos est convaincu lui aussi que des usines de retraitement vont se développer d’ici cinq à dix ans.

Notamment parce que l’EPR, le réacteur de troisième génération, dont quatre exemplaires sont en construction dans le monde, est conçu pour fonctionner avec du MOX.

L’EPR de Flamanville (Manche), dont la mise en service est attendue en 2016, démarrera toutefois avec du combustible classique, selon EDF.

Selon M. Schneider, les États-Unis envisagent de renoncer à l’usine de MOX en projet. Et le lancement de l’usine japonaise de Rokkasho Mura est sans cesse repoussé. Pour lui, si la production française ne baisse pas c’est grâce à EDF, sous la pression de l’État français.

Pour cet expert l’avenir du MOX est même compromis en France.

La vingtaine de réacteurs qui fonctionnent aujourd’hui au MOX – les 900 MW – sont les plus anciens et arriveront en fin de vie en 2026/2027, à peu près à l’échéance fixée par François Hollande pour réduire la part du nucléaire dans l’électricité de 75% à 50%, argumente M. Schneider.

La France s’est jusque là obstinée par refus des ingénieurs du Corps des Mines français à reconnaître leurs erreurs stratégiques et par manque de courage des responsables politiques, pense-t-il.

La filière MOX fait travailler 5.100 personnes à l’usine de Beaumont-Hague et 1.300 personnes à Marcoule, selon AREVA. Son avenir avait créé de vives tensions lors de la campagne présidentielle entre le PS et Europe Ecologie les Verts (EELV).

Un paragraphe de l’accord électoral entre les deux partis évoquant une reconversion à emploi constant de la filière du retraitement et de la fabrication de MOX avait disparu un moment avant de réapparaître. L’Elysée a depuis assuré du maintien de la filière.

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