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Libye : un troc honteux

Au moment même où les infirmières bulgares, à peine libérées des geôles libyennes, expliquaient à l’opinion publique horrifiée les tortures que le régime de Kadhafi leur a fait subir pendant des années, on apprenait que la France, en plus de quelques avions de combat, fournirait au colonel Khadafi une centrale nucléaire... officiellement destinée au dessalement de l’eau de mer. Benjamin Dessus, président de Global Chance, et Bernard Laponche, membre fondateur de l’association, démontrent la non-pertinence de cet argument “humanitaire” et dénoncent un « troc honteux », à travers lequel « la France expose la communauté internationale à des risques totalement inconsidérés » tout en créant « un précédent dangereux ».


Benjamin Dessus et Bernard Laponche
Libération, samedi 28 juillet 2007

Au moment même où les infirmières bulgares expliquent à l’opinion publique horrifiée les tortures que le régime de Kadhafi leur a fait subi pendant des années, on apprend qu’en échange de leur libération la France a proposé au colonel Khadafi, en plus de quelques avions de combat, l’accès au nucléaire en lui fournissant une centrale destinée, nous dit-on, au dessalement de l’eau de mer.

Quoi de plus généreux en effet, que de fournir de l’eau douce à la population libyenne ! On comprend que ce soit madame Sarkozy, au titre de sa mission humanitaire, qui ait été chargée d’apporter la bonne nouvelle à ce cher colonel. Mais de qui se moque-t-on ? Qui peut croire en effet un seul instant que la dessalinisation nucléaire de l’eau de mer est une solution raisonnable pour les Libyens alors qu’ils disposent de pléthore de pétrole et de gaz pour dessaler à bien moindres frais et surtout sans danger leur eau de mer, sans compter l’énergie solaire.

Qui peut croire un instant, pour un pays dont la consommation d’électricité n’atteint pas 15TWh, à l’intérêt d’un parc nucléaire alors qu’un seul réacteur EPR en fournit une douzaine. En revanche oui, c’est pour Kadhafi une occasion en or d’accéder au nucléaire, avec la caution de la France. A ceux qui nous disent qu’il s’agit de nucléaire civil et que l’étanchéité avec le nucléaire militaire est garantie, on rappellera qu’il suffit de disposer de déchets d’un réacteur nucléaire pour réaliser une jolie « bombe sale ».

Sans compter, bien entendu, la possibilité de retraiter l’uranium irradié et d’en tirer le plutonium nécessaire à la bombe. A moins qu’on ne croie sérieusement que notre dictateur va s’acheter brutalement une conduite, ou que, comme certains le disent avec un mépris évident pour les Libyens, qu’ils seraient bien incapables, au contraire des Iraniens, de parvenir à leurs fins et qu’il n’y a donc aucun risque.

A ceux qui nous disent que le nucléaire ne doit pas être réservé au nord de la Méditerranée, on fera remarquer que la plupart de ces pays n’ont pas de nucléaire (Portugal, Italie, Grèce, Croatie, Bosnie, Albanie) ou se posent la question d’y renoncer, comme l’Espagne.

En acceptant ce troc honteux, nucléaire contre infirmières otages, la France expose la communauté internationale à des risques totalement inconsidérés, et crée un précédent dangereux qui justifie d’avance le chantage et les revendications de tous les dictateurs fous de la planète.

Benjamin Dessus est président de l’association Global Chance
Bernard Laponche est expert international en énergie et membre de Global Chance.

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