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Les leçons du virage énergétique allemand

L’Allemagne, modèle admiré ou donneuse de leçon irritante ? Le dilemme semble s’appliquer aussi pour l’énergie. Selon certains, l’Allemagne ne serait rien moins qu’un « contre-modèle ». De fait, pas un jour où l’on n’entende que la transition énergétique à l’allemande conduirait à plus de consommation de charbon, à l’importation du nucléaire français ou à l’envolée des prix de l’électricité en Europe. Mais la transition énergétique, inévitable, est une question trop importante pour ne pas en tirer les enseignements adéquats....


Page publiée en ligne le 20 juin 2018

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Andreas Rüdinger : Les leçons du virage énergétique allemand
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LES LEÇONS DU VIRAGE ÉNERGÉTIQUE ALLEMAND

Andreas Rüdinger, Les Échos, lundi 8 juillet 2013

L’Allemagne, modèle admiré ou donneuse de leçon irritante ? Le dilemme semble s’appliquer aussi pour l’énergie. Selon certains, l’Allemagne ne serait rien moins qu’un « contre-modèle ». De fait, pas un jour où l’on n’entende que la transition énergétique à l’allemande conduirait à plus de consommation de charbon, à l’importation du nucléaire français ou à l’envolée des prix de l’électricité en Europe. À quel saint se vouer ? La transition énergétique, inévitable, est une question trop importante pour ne pas en tirer les enseignements adéquats.

Premier constat : la politique énergétique allemande fait preuve d’un dynamisme remarquable depuis 2000. Partant d’un niveau d’émissions de gaz à effet de serre certes bien plus élevé que celui de la France en raison de l’importance du charbon et de l’industrie, l’Allemagne les a réduites de 26 % entre 1990 et 2012, contre 7 % pour la France. De plus, la réduction de la consommation d’électricité et le développement des énergies renouvelables ont plus que compensé la réduction de la production électronucléaire depuis 2011, sans conduire à une augmentation de la production d’électricité à base d’énergies fossiles. La décision de sortir du nucléaire a ainsi joué le rôle de catalyseur politique et ouvert la voie à une politique ambitieuse de décarbonation à moyen et long terme.

Si l’année 2012 a bien été marquée outre-Rhin par un transfert de la production d’électricité à base de gaz au profit du charbon, soulignons qu’il s’agit là d’un phénomène lié à l’évolution des marchés européens et mondiaux de l’énergie et non d’un « axe » de la politique énergétique allemande, comme en témoignent les évolutions similaires en France et au Royaume-Uni.

La question du coût de la transition est de toute évidence cruciale. Que signifie le chiffre de « 1.000 milliards d’euros » évoqué au sujet de la sortie du nucléaire de l’Allemagne ? Cette évaluation confond délibérément investissements et coûts et ne s’appuie sur aucun scénario alternatif ni bouclage macroéconomique. L’impact économique de la transition se définit avant tout par des investissements productifs qui créent des emplois non délocalisables. Ainsi, face aux 10.000 emplois supprimés au sein des quatre grands électriciens nationaux allemands, près de 400.000 ont été créés depuis dix ans grâce au développement des énergies renouvelables.

De nombreuses analyses parviennent à la même conclusion pour la France : au-delà d’un effet keynésien à court terme, la transition peut avoir un impact macroéconomique fort, à condition de disposer des outils de financement adaptés. En Allemagne, la banque de développement KfW mobilise près de 80 milliards d’euros annuels sur les marchés internationaux, qui sont autant d’investissements additionnels pour l’économie, sans alourdir la dette publique.

En ce qui concerne la compétitivité, l’avenir de la France dépend en grande partie de sa capacité à construire une politique industrielle forte en lien avec la transition énergétique afin de mobiliser son savoir-faire dans les secteurs d’avenir que sont l’efficacité énergétique et les énergies décarbonées.

Enfin, si les ménages allemands paient leur électricité plus chère, n’oublions pas qu’ils consomment 30 % d’électricité en moins, du fait de l’utilisation d’équipements plus efficaces et de comportements plus sobres.

Une politique nationale de transition énergétique ne peut réussir sans une coopération volontariste à l’échelle bilatérale et européenne : c’est l’ambition du traité de coopération franco-allemand de janvier 2013, confirmée par la déclaration des ministres français et allemand de l’Environnement le mois dernier. Plutôt que d’ériger l’exemple allemand en « modèle » ou « contre-modèle », il est aujourd’hui primordial de favoriser une meilleure compréhension mutuelle des stratégies et instruments mis en œuvre, afin de s’inspirer des succès et erreurs de nos voisins.

Andreas Rüdinger est chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri)

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