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Les leçons de la crise du gaz russe


Entretien avec Pierre Radanne
Alternatives économiques, n°277, février 2009

Pourquoi la Russie a-t-elle suspendu ses ventes de gaz le mois dernier ?

La Russie est très dépendante du gaz et du pétrole, qui représentent plus de 50% de ses exportations. D’où sa volonté de les valoriser au meilleur prix. Sur le pétrole, elle ne peut pas faire grand chose car il s’agit d’un marché mondial, et le lien entre l’acheteur et le vendeur est très lâche. Un pétrolier vend plusieurs fois sa cargaison entre le moment où il quitte un port au Moyen-Orient et celui où il arrive à destination. La gaz est en revanche pour l’essentiel acheminé par des infrastructures physiques qui relient les pays entre eux. Les liens entre l’acheteur et le vendeur sont donc beaucoup plus étroits. Pour autant, le prix du gaz est pour l’instant contractuellement indexé sur celui du pétrole avec six mois de décalage. La Russie anticipe donc une baisse importante du prix du gaz dans les prochains mois, suite à la division par trois du prix du pétrole sur le deuxième semestre 2008. Pour maintenir ses programmes sociaux et ses dépenses d’armement, elle cherche donc à délier du prix du pétrole le prix du gaz vendu à ses voisins européens. Les stocks des pays d’Europe de l’Est étant de quelques semaines seulement, c’est une politique qui peut être payante à court terme.

Quelle leçon tirer de cette crise ?

La nécessité urgente de se doter d’un service public de droit européen pour l’approvisonnement et le transit du gaz. Face à Gazprom, la compagnie russe, il faut en effet un acheteur européen unique qui gère les grands gazoducs au sein de l’Union. Aujourd’hui, les pays jouent le chacun pour soi et les entreprises se font concurrence. Il faut aller à l’encontre de la libéralisation enclenchée au milieu des années 1980 quand l’énergie était redevenue bon marché. Ce n’est pas impossible car, avec le paquet énergie-climat adopté en décembre, l’Europe est entrée dans une nouvelle phase de régulation du secteur énergétique.

Dans ce contexte, la relance du nucléaire pourrait-elle renforcer l’indépendance énergétique de la France ?

La France a connu un pic de consommation électrique début janvier dû à l’usage accru du chauffage électrique à cause du froid. Le chauffage est par définition une consommation de pic : tout le monde en a besoin en même temps et pendant 2500 heures par an, soit environ trois mois en moyenne. Or, les centrales nucléaires ont besoin, pour être rentables, de fonctionner au moins 7000 heures par an et de fournir du courant pour des activités dites de base, c’est-à-dire récurrentes. C’est la raison pour laquelle EDF exporte de l’électricité pour les activités de base, mais importe du courant des centrales au gaz ou au charbon de nos voisins pour les périodes de pic. La réponse pertinente aux pics est donc de toute évidence l’efficacité thermique des bâtiments et non la relance du nucléaire.

Propos recueillis par P.C.

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