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Le sommet de Copenhague va-t-il servir à quelque chose ?

Pierre Radanne

Basta !, jeudi 29 octobre 2009
Propos recueillis par Agnès Rousseaux et Sophie Chapelle

Et si la réunion des chefs d’Etat de toute la planète, à Copenhague en décembre, ne débouchait sur… rien ? Où en sont les négociations ? Barack Obama est-il prêt à faire entrer les Etats-Unis dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Qu’en disent les pays émergents ? Un accord juridique contraignant sur les émissions de CO2 sera-t-il signé ? Pierre Radanne, ancien dirigeant de l’ADEME et actuellement président de l’association 4D, participe au processus de préparation. Il fera partie des négociateurs du sommet. Stratégies, rapports de force, attentes, blocages... Décryptage en image. [...]

Voir l’interview vidéo sur le site de Basta !, « agence d’informations sur les luttes environnementales et sociales ».

Verbatim (par la rédaction de www.global-chance.org) :

Vidéo n°1 : Que peut-on attendre des Etats-Unis ? Peut-on encore espérer un revirement et la signature d’un accord juridique à Copenhague ?

On va être dans la situation un peu bizarre où Barack Obama va venir à la phase finale de Copenhague sans avoir le vote de son Congrès - et il y a des résistances y compris à l’intérieur du camp démocrate : qu’est-ce qu’il va faire ?

Notre espoir à tous, et pour l’instant on s’y accroche avec force, c’est que dans la dernière nuit, les États-Unis, vont, si je puis dire, ‘rejoindre la communauté humaine’ et qu’on aura la fin de cette parenthèse de 8 ans qui a bloqué tout le monde.

Comment pouvez-vous en effet demander des efforts à tous les pays du monde, y compris d’ailleurs à d’autres pays industrialisés, quand le pays qui émet le plus par habitant s’exonère de tout effort ?

Vidéo n°2 : Quel est l’état d’esprit actuel des Pays du Sud ? Que défendent-ils ?

Les pays en développement, globalement, sont passés par trois phases. Première phase : « cette affaire-là, c’est de la responsabilité des pays industrialisés, c’est donc à eux d’agir ; nous, on n’y est pour rien et puisqu’on n’y est pour rien, on n’a rien à faire ». Ils sont passés ensuite par une deuxième phase : « ah oui mais on est victimes, et on est plutôt plus victimes que les autres, et puisqu’on est victimes, finalement, on est dans le jeu, on ne peut pas dire ‘on reste hors du jeu’ ». Et maintenant ils sont dans une troisième phase : « c’est quoi réussir son développement au XXI° siècle pour un pays en développement ? », sachant qu’il y a deux paquets cadeaux qui sont inscrits dans l’histoire : la finitude des ressources, notamment pétrolières, au niveau mondial, et puis cette question du changement climatique.

Donc aujourd’hui on en vient enfin au débat « c’est quoi réussir son développement au XXI° siècle et quelle est la trajectoire possible entre le Nord et le Sud pour avoir une convergence ? ». Nous avons, nous, à réduire nos émissions, réduire nos consommations. Eux, en tout cas pour les plus pauvres, vont devoir encore bien sûr augmenter les leurs, et aussi probablement, en partie, leurs émissions. Donc est-ce qu’on va vers un mode de développement nouveau pour l’humanité, un mode de développement qui soit cohérent à l’ensemble de l’humanité ? On est au pied de cette immense montagne à gravir et vous devinez bien que ce n’est pas en quelques semaines, en quelques mois, que cette question là peut être résolue.

En tout cas, pour l’instant, les pays en développement font bloc, et font bloc sur une position extrêmement dure contre les pays industrialisés, parce qu’il n’y a pas d’argent qui est mis sur la table, parce qu’il n’y a pas de structure juridique de traité qui soit arrêtée, et puis parce que les pays industrialisés, à la seule exception de l’Union européenne, ont tous dérapé : aucun d’entre eux n’a rempli ses obligations. Donc les pays en développement disent « bien évidemment cette affaire de climat nous concerne, mais on ne peut venir qu’à condition que les pays industrialisés aient franchi ces étapes là. »

Vidéo n°3 : En tant que négociateur, que souhaitez-vous défendre à Copenhague ? Quels sont les éléments sur lesquels il ne faut pas lâcher pour espérer une issue positive au processus de négociation ?

Le point principal, en l’état actuel des choses, c’est quand même un cadre juridique : on ne peut pas abandonner le protocole de Kyoto pour rien. Cela a déjà été tellement difficile à négocier, cela représenterait une telle régression et une telle prime aux pays qui ne foutent rien, pour dire les choses telles qu’elles sont... Vous voyez bien qu’à ce moment-là, chaque pays se mettrait sur la reculade, en disant « pourquoi moi je ferais des efforts si le pays d’à côté ne fait rien ? », et vous auriez une machine à perdre qui se mettrait en fonctionnement et qui serait totalement terrifiante. Donc il faut que cette partie juridique soit consolidée, il faut que cette décision là vienne dans la nuit du 19 au 20 décembre, lors de la fin de la réunion des chefs d’État, et que le mandat soit donné ensuite aux négociateurs pour la phase suivante.

Et puis il faut que les pays industrialisés arrivent à se remettre dans un cadre d’équité sur leurs engagements de réduction, et mon sentiment c’est qu’il faudra non seulement prendre des engagements pour 2020 mais aussi pour 2030 : c’est absolument nécessaire pour que les pays qui ont dérapé, ceux qui sont le plus hors trajectoire, puissent revenir, parce que nos sociétés ont aussi besoin d’un certain délai pour faire certaines choses, et cela doit être accepté.

Et puis derrière il y a la question de l’argent. Et là, il faut surtout que l’argent soit sûr, qu’il soit pérenne, quitte à ce qu’il vienne progressivement : le problème n’est pas de mettre un énorme paquet de milliards de dollars sur la table, le problème c’est de mettre de l’argent pour faire de la formation, pour préparer des pays, pour faire du transfert de technologies, préparer des projets, des investissements, et que, petit à petit, les choses puissent se faire.

Si on arrive à avoir ce paquet là, avec ces trois composantes là, il y a toutes garanties que l’on puisse avoir un accord avec les pays émergents, avec les pays en développement. C’est ce cadre là qui leur est nécessaire pour venir tous dans l’action, et pour qu’on soit avec les pays en développement sur une règle simple : « je t’aide si tu agis ».

Vidéo n°4 : Si l’on n’arrive pas à un accord juridique à Copenhague, pensez-vous que la communauté internationale pourra rebondir et sera en capacité de continuer de travailler pour aboutir à un accord en 2010 ?

Vous avez deux types d’échecs : un échec constructif et un échec destructif.

L’échec constructif : la séance se termine mal, tollé dans les opinions publiques, les savants qui hurlent, les ONG qui protestent, les médias qui tambourinent, et tout le monde se dit : « on a loupé la marche, il faut que chaque pays re-réfléchisse, y compris dans son débat intérieur, pour savoir ce qu’on veut mettre sur la table pour stabiliser le climat de la planète, pour garantir les conditions de vie ». L’échec constructif, c’est un coup de fouet, une volonté de rebondir, de repartir.

Mais il y a aussi l’échec destructif. Un certain nombre de gens, de lobbies etc. se sentent ragaillardis par l’échec (« vous voyez bien, on peut rien faire, finalement il faut que chaque pays s’occupe de ses propres affaires, les autres se débrouilleront comme ils pourront... ») et on prend du retard, jusqu’au moment où on sera rattrapé par les catastrophes plus tout à fait naturelles, qui poseraient d’énormes problèmes et obligeraient à revenir sur le sujet.

Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que le temps de séjour moyen du gaz carbonique émis dans l’atmosphère est 120 ans : si vous émettez aujourd’hui, vous allez agir sur le climat jusqu’à 2130. Donc si la négociation prend énormément de retard, vous aurez une masse de plus en plus importante de gaz carbonique dans l’atmosphère, et ce dans la durée. Et cela signifie des dégâts et des souffrances humaines qui seront considérables.

(retour au mini-dossier “Copenhague vu par Pierre Radanne”)

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