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Le nucléaire, une technologie du passé sans avenir

Il faut tirer les conséquences de la catastrophe de Fukushima et sortir du nucléaire, qu’il s’agisse des filières développées depuis la découverte de la fission ou de celles que l’on nous promet - réacteurs de « quatrième génération » basés sur l’utilisation banalisée du plutonium ou projet ITER de « maîtrise » de la fusion. Une tribune de Bernard Laponche, publiée par le quotidien économique La Tribune le mardi 26 avril 2011.


Du point de vue énergétique, un réacteur nucléaire est comparable à une chaudière classique. Au lieu d’être produite par la combustion du charbon, la chaleur, ensuite transformée en électricité, y est produite par la fission de noyaux d’uranium (et de plutonium produit dans le réacteur). Les fragments issus de la fission et les transuraniens sont des produits radioactifs extrêmement dangereux. Des dispositifs de protection considérables sont nécessaires pour éviter qu’ils ne s’échappent du réacteur : gaines des combustibles, cuve du réacteur, enceinte de confinement, systèmes de sécurité...

En fonctionnement normal, les combustibles usés retirés du réacteur ne sont pas des « cendres » inertes mais des déchets qui restent radioactifs pendant des siècles, voire des millénaires pour certains composants. On les stocke en l’état, ou bien après retraitement et extraction du plutonium, on ne sait pas quoi en faire, si ce n’est de proposer de les enfouir : legs redoutable aux générations futures...

On peut arrêter la réaction en chaîne et les fissions à l’aide des barres de contrôle. Mais il faut absolument continuer à refroidir les éléments combustibles car leur radioactivité est telle que la chaleur dégagée, si elle n’est pas évacuée, provoque la détérioration puis la fusion des combustibles et des risques d’explosion d’hydrogène.

D’où la nature de l’accident grave : la perte de refroidissement, soit par une défaillance technique interne au réacteur, soit par la coupure de l’alimentation électrique des systèmes de refroidissement normaux ou de secours. C’est ainsi que se sont produits les accidents de Three Mile Island en 1979 aux États-Unis, de Fukushima en 2011 au Japon et que l’on a frôlé l’accident à la centrale du Blayais en France en 1999. Les causes possibles sont multiples : rupture de la cuve ou du circuit de refroidissement, dysfonctionnement de vannes, perte du réseau électrique et non-fonctionnement des diesels de secours, séisme, inondation noyant les systèmes d’alimentation électrique, erreurs dans la conduite du réacteur, acte de sabotage ou de piraterie informatique déréglant le système de contrôle commande (le cerveau du réacteur). Chaque type de réacteur peut avoir des « faiblesses » différentes : par suite d’une expérience ratée, un accident de criticité (emballement de la réaction en chaîne) s’est produit à Tchernobyl en 1986.

La confiance en l’accumulation des « barrières » ou des systèmes de secours se heurte à ce que l’on reconnaît aujourd’hui : la possibilité de l’accident grave. La mesure des conséquences d’un tel accident nous est donnée par ceux de Tchernobyl et de Fukushima dont la caractéristique est qu’ils se perpétuent dans l’espace et dans le temps, sans que l’on puisse véritablement dire un jour - sinon très lointain - que « l’accident est terminé ».

Il faut en tirer les conséquences. Le nucléaire, tel qu’il a été développé depuis la découverte de la fission, comme celui que l’on nous promet (une « génération 4 » basée sur l’utilisation banalisée du plutonium, le corps le plus dangereux que l’on connaisse), doit être abandonné. Et ce n’est pas Iter, expérience de laboratoire pharaonique d’essai de « maîtrise » de la fusion et dont le physicien Pierre-Gilles de Gennes disait que c’était justement ce qu’il ne fallait pas faire, qui peut nous donner quelque espoir.

Comme on l’a fait après une vingtaine d’années de fonctionnement pour les réacteurs à uranium naturel, graphite, gaz construits en France dans les années 1960, il va falloir arrêter définitivement les réacteurs actuels à uranium enrichi et eau ordinaire sous pression de deuxième génération au bout d’une trentaine d’années de fonctionnement et ne pas construire le réacteur EPR qui n’en est que le dernier modèle et qui présente les mêmes défauts intrinsèques.

Le XXIe siècle a les moyens de se passer de ce nucléaire-là. Surtout lorsqu’il est appelé à se développer dans un univers concurrentiel. La sécurité a ses contraintes que la compétition ignore parfois. Mais rien n’empêche de penser que des savants pourraient un jour découvrir une façon moins violente d’utiliser l’énergie nucléaire.


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(Tribunes, analyses, interviews, etc. : les réactions des membres de Global Chance face à la catastrophe nucléaire de Fukushima)


À lire également sur le site :

Le réacteur EPR : un projet inutile et dangereux
Les Cahiers de Global Chance, n°18, janvier 2004

Nucléaire : la grande illusion. Promesses, déboires et menaces
Les Cahiers de Global Chance, n°25, septembre 2008

Nucléaire : le déclin de l’empire français
Les Cahiers de Global Chance, n°29, avril 2011

Le vieillissement des installations nucléaires : un processus mal maîtrisé et insuffisamment encadré
Yves Marignac, Contrôle [Revue bimestrielle d’information de l’Autorité de Sûreté Nucléaire], dossier n°184 : « La poursuite d’exploitation des centrales nucléaires », juillet 2009

Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’état au recyclage « écologique »
Bernard Laponche, Entretien avec Charlotte Nordmann, La Revue internationale des Livres et des idées, n°14, novembre-décembre 2009

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