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Le nucléaire, arme de réduction massive du réchauffement climatique ?

[encadré associé à l’article Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’État au recyclage « écologique », entretien avec Bernard Laponche, publié par La Revue internationale des Livres et des idées, n°14, novembre-décembre 2009]

Selon la communauté scientifique internationale, la hausse de la température moyenne du globe doit être maintenue en-dessous de 2°C pour éviter les effets les plus catastrophiques du changement climatique [1]. À cette fin, il faut réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’au moins 80 % d’ici à 2050, par rapport à 1990. Les pays anciennement industrialisés, premiers émetteurs de gaz à effet de serre, devront en particulier avoir réduit leurs émissions de 40 % dès 2020.

Le nucléaire est-il la solution ?

Non, car 75 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent de secteurs (agriculture, industrie, transports…) sans aucun lien avec la production d’électricité, ou pour lesquels recourir à l’électricité est d’un rendement particulièrement mauvais : le nucléaire ne peut être là d’aucune utilité [2].
L’Agence internationale de l’énergie, qui promeut pourtant le développement de l’énergie nucléaire, calcule que, même si, en dépit des coûts et des difficultés, le nucléaire parvenait à se développer, sa contribution à la réduction des émissions mondiales de CO2 serait d’à peine 6 % en 2050, pour un coût d’au moins 1 000 milliards d’euros... contre 54 % pour les économies d’énergie et 21 % pour les énergies renouvelables, à un coût très inférieur [3] ! Cette réduction dérisoire interviendrait de surcroît bien trop tard.

Mais le nucléaire n’a-t-il cependant pas un rôle à jouer, dans une stratégie plus globale de réduction des émissions, qui inclurait aussi le développement des énergies renouvelables ?

Sans même envisager les coûts et les dangers inhérents au développement du nucléaire, toutes les options ne sont pas compatibles : la surcapacité de production électrique de la France est par exemple un frein à toute politique de réduction de la consommation. Le nucléaire limite également le développement d’autres technologies, comme les énergies renouvelables ou la cogénération, qui consiste à produire conjointement électricité et chaleur, ce qui permet d’émettre sept fois moins de gaz à effet de serre qu’avec l’énergie nucléaire [4].
Par ailleurs, le nucléaire exige des investissements considérables en matière d’infrastructures et monopolise d’énormes subventions publiques, dont les deux tiers des budgets de recherche européens sur l’énergie, au détriment des autres énergies et du développement de politiques d’économie d’énergie. Quant aux coûts futurs du démantèlement des installations nucléaires et de la gestion des déchets radioactifs, ils s’élèveront à des centaines de milliards d’euros.
Inefficace contre le changement climatique, l’industrie nucléaire y est de plus vulnérable : un quart du parc nucléaire français a ainsi dû être arrêté en 2003 à cause de la canicule estivale, les centrales requérant d’énormes quantités d’eau pour leur fonctionnement courant [5]. Par ailleurs, la multiplication des événements climatiques extrêmes (tempêtes, inondations...) menace la sûreté des installations, comme on l’a vu par exemple avec l’accident intervenu lors de la tempête de 1999 à la centrale du Blayais.

Charlotte Nordmann

Sources : argumentaire élaboré par le réseau « Sortir du Nucléaire » pour sa campagne « Don’t Nuke the Climate », et « Le nucléaire ne sauvera pas le climat », argumentaire élaboré pour les Verts au Parlement Européen, mai 2006

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Notes

[1GIEC (Groupement intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), quatrième rapport, 2007.

[2Climate Analysis Indicators Tool (CAIT), version 4.0, World Ressources Institute, 2007 (cité dans Réseau Action Climat et alii, « Face à la menace climatique, l’illusion du nucléaire », 2007, p. 17).

[3« Energy Technology Perspectives 2008, Scenarios and Strategies to 2050 », 2008 (cité dans Les cahiers de Global Chance, n°25, « Nucléaire : la grande illusion », sept. 2008, p.17).

[4Comparaison entre un système énergétique utilisant conjointement le nucléaire et le chauffage au fioul d’une part, et un système de cogénération d’électricité et de chaleur en centrales au biogaz d’autre part. Öko-Institut, « Comparison of Greenhouse Gaz Emissions and Abatement Cost of Nuclear and Alternative Energy Options from a Life-Cycle Perspective », 2006, p. 5-6.

[5CERES/Pacific Institute, « Water Scarcity and Climate Change : Growing Risks for Businesses and Investors », 2009, p. 9 et p. 26.

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