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Le coût du démantèlement des centrales nucléaires

Audition de Bernard Laponche par la Mission d’information parlementaire sur la faisabilité technique et financière du démantèlement - mardi 4 octobre 2016

En avril 2016, EDF détaillait son revirement stratégique relatif au démantèlement de ses 6 réacteurs de première génération (Saint-Laurent-des Eaux, Chinon et Bugey / filière UNGG), à l’arrêt depuis plus d’une trentaine d’années : changement de méthode, et, surtout, de calendrier, avec un allongement de plusieurs décennies des opérations de démantèlement... Dans le cas de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux, l’une des plus anciennes, les opérations se termineraient ainsi vers 2100, en contradiction totale avec la doctrine du démantèlement « sans attendre » telle que définie par la loi et défendue par l’ASN. Derrière les arguments “techniques” peu crédibles mis en avant par EDF, un intérêt économique immédiat pour l’électricien national : reporter le démantèlement à plus d’un demi-siècle permettrait à ce dernier de diminuer considérablement la valeur des provisions financières constituées pour y faire face...
Ce dernier rebondissement en date du feuilleton du démantèlement et de sa facture finale est une raison supplémentaire pour les institutions concernées (représentation nationale, Cours de comptes, ASN...) comme pour les experts indépendants et les citoyens de faire preuve de la plus grande vigilance vis-à-vis des assertions d’EDF, qui, faut-il le rappeler, annonce sans vergogne un coût de démantèlement de 19,3 Md€ pour ses 58 réacteurs REP, soit un coût par réacteur 2,4 fois moindre que celui provisionné par nos voisins allemands, pour ne citer que ces derniers...


Page publiée en ligne le 12 octobre
Mises à jour :
19/10/2016 : Note complémentaire [coût estimé du démantèlement des unités 2 et 3 de la centrale nucléaire de San Onofre (États-Unis) et extrapolation à la situation française]

Sur cette page :
Contexte : La mission d’information “démantèlement nucléaire”
Bernard Laponche : Le coût du démantèlement des centrales nucléaires
ASN / IRSN : Un chantier titanesque / L’exemple de Chooz A
À découvrir également sur ce site : Les Dossiers de Global-Chance.org


Un ouvrier procède au démantèlement d’une turbo-soufflante, le 17 mars 2006,
dans l’enceinte du réacteur de la centrale nucléaire désaffectée de Brennilis.

contexte
LA MISSION D’INFORMATION “DÉMANTÈLEMENT NUCLÉAIRE”

L’Assemblée nationale (*) a décidé de la création d’une mission d’information relative à la « Faisabilité technique et financière du démantèlement des infrastructures nucléaires », dont la réunion constitutive s’est tenue le 21 juin 2016.

Expert indépendant reconnu et consultant international en politiques et en maîtrise de l’énergie, Bernard Laponche a été auditionné le mardi 4 octobre 2016 par les membres de cette mission d’information.

Vous trouverez plus bas le document support élaboré et présenté à cette occasion.

Rédaction de Global-Chance.org

Nota bene : la mission a également auditionné Yves Marignac, lui aussi membre de Global Chance :

L’industrie nucléaire française face au défi du démantèlement : des postures initiales aux réalités techniques et financières
Yves Marignac, audition parlementaire par la Mission d’information « Faisabilité technique et financière du démantèlement des infrastructures nucléaires », document support, 4 pages, mercredi 14 septembre 2016

(*) Ou plus exactement sa Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire.

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Source : Cour des comptes

LE COÛT DU DÉMANTÈLEMENT DES CENTRALES NUCLÉAIRES

Ci-dessous :
Le coût du démantèlement des centrales nucléaires
Bernard Laponche, note du 4 octobre 2016
L’exemple de la centrale nucléaire de San Onofre (États-Unis)
Note complémentaire, 13 octobre 2016


LE COÛT DU DÉMANTÈLEMENT DES CENTRALES NUCLÉAIRES

TéléchargementTable des matièresConclusion


Téléchargement

Le coût du démantèlement des centrales nucléaires [1.3 Mo, fichier pdf, 20 pages]
Bernard Laponche, association Global Chance, audition parlementaire du mardi 4 octobre 2016

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Table des matières

1. Les principes du démantèlement
1.1 Les trois étapes du démantèlement d’une tranche nucléaire
1.2 Le principe du démantèlement « sans attendre »
1.3 Un démantèlement en cours : Chooz A

2. Les estimations du coût du démantèlement des centrales nucléaires françaises
2.1 Coûts, charges et provisions : définitions
2.2 Charges et provisions estimées par EDF
2.2.1 Les charges
2.2.2 Les provisions

2.3 Commentaires et comparaisons de la Cour des comptes pour le parc français actuel (58 réacteurs REP)
2.3.1 Commentaire de la Cour des comptes sur les charges et provisions estimées par EDF, dans son rapport de janvier 2012 sur « Les coûts de la filière nucléaire »
2.3.2 Comparaisons internationales effectuées par la Cour des comptes

3. Le démantèlement des centrales à réacteurs PWR aux États-Unis
3.1 La centrale de Maine Yankee
3.2 La centrale de San Onofre [voir également note complémentaire plus bas]

4. Le démantèlement des centrales arrêtées de la filière UNGG
4.1 Les réacteurs UNGG
4.2 La principale difficulté du démantèlement des réacteurs UNGG
4.3 Le démantèlement du réacteur de fort Saint-Vrain aux États-Unis
4.4 Le démantèlement prévu des réacteurs EDF de la filière UNGG
4.5 Changement de stratégie
4.6 Comment l’expliquer ? Et qu’en déduire…

5. Conclusion [voir ci-dessousen plein texte]

Annexe 1 – Programme des opérations de démantèlement du réacteur Chooz A
Annexe 2 – Charges et provisions d’EDF pour l’aval du cycle
Annexe 3 – Lettre de l’ASN à EDF

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Conclusion

Quelques points marquants de notre étude, en guise de conclusion :

1. L’étape essentielle de l’évaluation des provisions que doit assurer EDF pour le démantèlement de ses centrales nucléaires est l’évaluation des coûts de ces opérations, telles que sont connues actuellement les opérations envisagées et leur coût unitaire.
Ensuite, le calcul des provisions dépend de nombreux paramètres économiques (taux d’inflation, taux d’actualisation) et surtout du calendrier prévu pour leur réalisation, celle-ci devant respecter le principe de la réalisation « sans attendre », doctrine affichée de façon très nette tant par l’ASN et l’IRSN que par EDF (sauf pour celle-ci, très récemment, pour ce qui concerne les réacteurs de la filière UNGG).

2. Les questions économiques ne sont pas étudiées par l’IRSN dont la responsabilité ne couvre que (si l’on peut dire) les questions de sûreté et de radioprotection. Sur ces sujets, les avis de l’IRSN et les injonctions de l’ASN sont impératifs.
Par contre, à l’heure actuelle, les questions économiques ne sont étudiées officiellement que par la Cour des comptes qui reconnaît elle-même qu’elle n’a pas les moyens de réaliser une analyse critique sérieuse des estimations d’EDF sur les coûts du démantèlement (problèmes complexes d’ingénierie notamment) et cela d’autant plus qu’il n’y a pas en France d’expérience suffisante en ces domaines. À cela s’ajoute que les contrats passés par EDF à des entreprises extérieures (démantèlement de Chooz A par exemple) ne sont pas publics.
Ce qui est vrai pour la Cour des comptes l’est évidemment encore plus pour des expertises indépendantes.
Il y a là à notre avis un manque important au niveau de la puissance publique.

3. Le travail que nous avons présenté dans cette note s’est donc concentré sur l’estimation des coûts du démantèlement à partir des déclarations d’EDF d’une part et de comparaisons internationales d’autre part, en les complétant si nécessaire par quelques explications techniques (notamment sur la filière UNGG), sur la base des publications de l’IRSN et de sources étrangères.
On ne peut pas considérer notre étude comme une évaluation complète, loin de là, mais comme un travail permettant de mettre en évidence de nombreuses interrogations.

4. Sur le coût de démantèlement des unités nucléaires équipées de réacteurs à eau ordinaire, les comparaisons internationales, notamment effectuées par la Cour des comptes (que nous avons complétées par quelques exemples significatifs) montrent une différence notable entre les valeurs adoptées par EDF et les valeurs internationales. L’exemple allemand qui nous paraît le plus proche par le type de réacteur et des conditions économiques comparables, nous fournit un facteur 2,4 entre l’estimation de la compagnie d’électricité E.ON et l’estimation EDF. Il faudrait donc multiplier celle-ci (19,3 Md€ pour les 58 réacteurs REP du parc actuellement en fonctionnement) par ce facteur, ce qui porterait le coût total à 46 Md€.
Cette augmentation des coûts entraînerait, en gardant les mêmes hypothèses pour le calcul des provision, à une provision de 26 Md€ au lieu de 11,4 aujourd’hui.
Du côté des États-Unis, le coût le plus récent que nous connaissons est l’estimation pour les Réacteurs 2 et 3 de la centrale de San Onofre en Californie ( réacteurs PWR de 1100 MW de puissance électrique nette, tout à fait comparables aux réacteurs d’EDF), arrêtés définitivement en 2013, qui est de 4,4 milliards de dollars, environ 4 Md€, dont un quart environ pour la gestion des déchets, soit 1,5 Md€ par réacteur pour le démantèlement lui-même.
Cela prête à réfléchir et demande à notre avis une expertise indépendante.

5. Sur le coût du démantèlement des six réacteurs de la filière UNGG, nous avons vu que le processus de démantèlement proposé par EDF, approuvé par l’IRSN et l’ASN et consacré par des décrets de démantèlement pour chacune des unités concernées, a été remis en cause par EDF par une « information » à l’ASN en avril 2016, l’opérateur d’électricité proposant à la fois un changement de la méthode - démantèlement à l’air plutôt qu’à l’eau, considéré jusqu’ici comme de loin le plus favorable - et allongement de plusieurs décennies de opérations de démantèlement, en contradiction totale avec la doctrine du démantèlement « sans attendre » jusque-là prônée par EDF.
Les explications de ce revirement, vigoureusement contesté par l’ASN, ne sont pas claires : pourquoi attendre quinze ans pour s’apercevoir de difficultés techniques alors que le démantèlement de la centrale américaine de Fort Saint-Vrain, pris pour modèle (réacteur à modérateur de graphite) a parfaitement fonctionné ? Et si l’on passe au démantèlement à l’air, pourquoi afficher un délai de plusieurs décennies pour le mettre au point ?

Notre hypothèse est qu’en fait la difficulté réelle tient au coût des opérations, dont EDF aurait pris conscience par les résultats d’un appel d’offre qu’il aurait lancé en 2015 pour le démantèlement du réacteur et notamment la partie la plus délicate, le démantèlement de l’empilement de graphite qui, comme à Fort Saint-Vrain, constitue le modérateur de neutrons.
Reporter le démantèlement à plus d’un demi-siècle, quelle qu’en soit la méthode, diminuerait considérablement la valeur des provisions.
Mais ce n’est qu’une hypothèse personnelle.

Bernard Laponche, audition parlementaire du mardi 4 octobre 2016

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L’EXEMPLE DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE SAN ONOFRE

Téléchargement (version pdf) – Un document très complet (...) (lecture plein texte)


« Far Outside the Norm : The San Onofre Nuclear Plant’s Steam Generator Problems »
(Committee To Bridge The Gap, September 12, 2102)

Téléchargement

Note complémentaire à la note remise à l’audition parlementaire du 4 octobre 2016
Bernard Laponche, Global Chance, 1 page, jeudi 13 octobre 2016

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Note complémentaire

1. Un document très complet, technique et économique, sur le démantèlement des unités 2 et 3 de la centrale nucléaire de San Onofre :

2014 Decommissioning Cost Analysis of the San Onofre Nuclear Generating Station Units 2 & 3 [875 ko, 83 pages, pdf]
EnergySolutions, Document No. 164001-DCE-001, Prepared for : Southern California Edison, Working Draft, May 21, 2014

ou https://www.songscommunity.com/docs/EnergySolutions2014SONGSDCE_052114.pdf

2. Un tableau sur les couts estimés du démantèlement en page 6 de ce document (version française établie par l’auteur de cette note) :

On retrouve bien les valeurs indiquées dans ma note principale, soit 4,41 milliards de dollars, mais ce tableau fournit en plus la décomposition de ce coût en trois composantes.

3. Quelques commentaires sur la comparaison avec la France :

a) La gestion des combustibles usés n’est pas incluse dans le démantèlement des centrales françaises. Cette activité est prise en compte dans une autre rubrique, la gestion de « l’aval du cycle » (voir annexe 2 de ma note principale).

b) Le coût de cette activité représente 29% du coût total du démantèlement des deux unités de San Onofre (j’indiquais « un quart environ » pour la part de ces dépenses dans ma note principale).

c) Par contre, la restauration du site (le « retour à l’herbe » ) est bien incluse dans le coût du démantèlement des centrales françaises.

Aux États-Unis, le coût du démantèlement au sens français pour les deux unités de San Onofre serait doc de 3135 M$, soit 1568 M$ ou environ 1400 M€ par unité.

Si l’on retenait ce chiffre, le coût du démantèlement pour les 58 unités du parc français actuellement en fonctionnement serait de 81 milliards d’euros.

d) Il faut toutefois tenir compte du fait que le coût de la restauration du site peut varier de façon importante d’un site à l’autre, qu’il va certainement dépendre du nombre de réacteurs par site, etc.

Si l’on prenait seulement en compte la valeur pour les deux réacteurs de San Onofre du démantèlement au sens du tableau ci-dessus, hors restauration du site, soit 2112 M$ pour deux unités, on trouverait un coût d’environ 950 M€ par unité, soit 55 milliards d’euros.

Cette valeur constituerait un minimum puisqu’il faudrait y ajouter, pour chacun des sites des centrales nucléaires (19 sites), l’estimation de la valeur de la restauration du site.

Bernard Laponche, jeudi 13 octobre 2016

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LE DÉMANTÈLEMENT, UN CHANTIER TITANESQUE

« En 2014, une trentaine d’installations nucléaires de tout type (réacteurs de production d’électricité ou de recherche, laboratoires, usine de retraitement de combustible, installations de traitement de déchets, etc.) étaient arrêtées ou en cours de démantèlement en France. » (ASN)


Les installations à l’arrêt définitif ou en cours de démantèlement en 2015
Source : ASN

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CHOOZ A : ARRÊT EN 1991, FIN DU DÉMANTÈLEMENT EN... 2022 ?

« Premier réacteur à eau sous pression à être démantelé en France, Chooz A permet de tester et de valider des solutions techniques qui pourront servir pour d’autres sites nucléaires. À commencer par celles choisies pour la décontamination des générateurs de vapeur ou pour la découpe de la cuve du réacteur. » (IRSN)

(Construit entre 1962 et 1967, mis à l’arrêt en 1991, Chooz est en phase de démantèlement depuis 2007 - note de la rédaction de Global-Chance.org)


Démantèlement du réacteur Chooz A : trois étapes et quatre points d’arrêt
Source : IRSN

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À DÉCOUVRIR ÉGALEMENT SUR GLOBAL-CHANCE.ORG

Énergie, Environnement, Développement, Démocratie :
changer de paradigme pour résoudre la quadrature du cercle

Global Chance, mai 2011

Les Dossiers de Global-Chance.org

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