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Le compteur et la jauge

Réflexions croisées sur l’empreinte écologique et la notion de soutenabilité, pour dépasser les logiques de rentabilité à court terme incompatibles avec les dynamiques de long terme des équilibres écologiques et démasquer l’illusion de la “croissance verte”. Un interview de Natacha Gondran et Aurélien Boutaud, publié par le site L’ÉcologithÉque.com le mercredi 3 mars 2010.
(titre : rédaction de global-chance.org)


À lire également sur le site de Global Chance :

L’empreinte écologique : comparer la demande et l’offre de ressources régénératives de la biosphère
Natacha Gondran & Aurélien Boutaud, Encyclopédie du Développement Durable, décembre 2009


Natacha Gondran et Aurélien Boutaud, vous êtes les auteurs de « L’empreinte écologique », paru dans la collection Repères aux éditions La Découverte. Pourquoi un livre sur l’empreinte écologique, et à qui s’adresse-t-il ?

Aurélien Boutaud - Avec la montée en puissance des préoccupations pour l’environnement, l’empreinte écologique est devenue un terme générique qui a fait son entrée en force dans les discours politiques. Elle apparaît même aujourd’hui dans le vocabulaire commun : on parle de l’empreinte écologique d’un produit, d’une personne, d’une nation, d’une ville… mais le terme reste au final assez vague et abstrait pour la plupart des personnes. Par ailleurs, l’empreinte écologique a permis de populariser un certain nombre de messages : par exemple, « un occidental a besoin de tant d’hectares pour répondre à ses besoins », ou alors « il faudrait X planètes pour satisfaire les besoins d’un français si chacun adoptait son mode de vie », etc. C’est très parlant, très instinctif : tout le monde peut comprendre un tel message. Mais nous voulions rappeler que derrière ce concept et ces chiffres aux vertus très pédagogiques, il y a également toute une construction théorique et technique assez complexe, et aussi un certain nombre de difficultés et de limites qu’il ne faut pas omettre. L’ouvrage fait un point sur ces différents aspects : le contexte théorique, mais aussi les éléments de méthode, les forces, les limites, les lacunes de l’empreinte écologique. Bref, tout ce qu’il faut savoir pour pouvoir interpréter correctement les résultats de cet indicateur, et ce quel que soit le profil du lecteur. Le livre peut en effet intéresser des praticiens, des chercheurs, des étudiants. Mais il peut tout aussi bien s’adresser à un public plus large qui, pour une raison ou une autre, veut en savoir plus sur l’empreinte écologique ou même sur le développement soutenable. Nous avons d’ailleurs prévu deux niveaux de lecture possibles, puisque les deux chapitres les plus techniques de l’ouvrage peuvent être aisément laissés de côté sans que cela ne nuise à la compréhension globale de l’empreinte écologique et de ses résultats – qui sont exposés dans le dernier chapitre.

Natacha Gondran - Nous utilisions l’empreinte écologique depuis quelques années en enseignement ou recherche. Effectivement, nous nous sommes rendu compte que ce concept était de plus en plus médiatisé en France. De nombreux articles francophones utilisent ses résultats dans une perspective de vulgarisation ou de sensibilisation. Par contre, la quasi-totalité des articles méthodologiques et scientifiques sur l’empreinte écologique sont en langue anglaise. Nous avons donc voulu faire le point, dans un ouvrage francophone, sur les fondements théoriques de cet indicateur.

Votre introduction met en exergue la catastrophe écologique de l’Ile de Pâques, qui pourrait être comprise comme un exemple, à moindre échelle, de ce que nous risquons de vivre dans le futur. Malgré l’évidence de la dégradation environnementale, les Pascuans n’ont pas su réagir. Pensez-vous que nous sommes dans un cas comparable, et en quoi le calcul de l’empreinte écologique peut-il nous aider à réagir ?

Aurélien Boutaud - Le cas de l’Ile de Pâques présente évidemment certaines limites. Tout le monde n’est d’ailleurs pas tout à fait d’accord sur la manière dont la société pascuane a fini par s’effondrer. Mais ce cas très particulier interpelle, car c’est bien une certaine forme de surexploitation des ressources écologiques locales, et en particulier des ressources forestières, qui a pour partie mené à cet effondrement. Par ailleurs la société pascuane comportait un certain nombre de particularités qui renvoient à celles de notre civilisation globalisée : un territoire aux ressources limitées, certes, mais aussi et surtout une organisation sociale assez élaborée avec plusieurs groupes humains caractérisés par une certaine hiérarchie, et entretenant entre eux de nombreux rapports, notamment commerciaux, et connaissant également une certaine rivalité. Une différence notable tient cependant à l’échelle du territoire. Comme vous l’évoquez, la dégradation de leur environnement n’a pas pu échapper aux Pascuans. Certes, cela ne les a pas empêchés de détruire leur forêt. Mais au moins étaient-ils conscients du phénomène. À l’échelle de la planète, nous sommes aujourd’hui confrontés à un problème évident : les actes que nous réalisons à un endroit donné ont des impacts diffus, qu’il est particulièrement difficile de visualiser, et dont il est par conséquent difficile de prendre conscience. Lorsque vous achetez par exemple un kilogramme de viande en France, vous ne savez pas forcément que sa production a peut-être produit plusieurs kilogrammes de CO2 et nécessité l’importation de soja produit au Brésil ou ailleurs. Vu du rayon boucherie de votre supermarché, le changement climatique et la déforestation de l’Amazonie semblent des phénomènes bien lointains, et pourtant… Il nous semble que c’est là l’une des grandes vertus de l’empreinte écologique : rendre pour partie visible l’impact extrêmement diffus de nos modes de production et de consommation sur l’environnement global. Cette prise de conscience ne suffit pas, comme le montre le cas de l’Ile de Pâques, mais c’est déjà un premier pas.

Natacha Gondran - Pour des soucis de fluidité de la lecture, l’histoire de l’Ile de Pâques est simplifiée dans notre introduction. Certains auteurs modèrent effectivement la version de J. Diamond en évoquant les responsabilités d’évènements extérieurs dans le déclin de la population pascuane : introduction de rongeurs, de maladies par les explorateurs européens, sécheresse, etc. Les Pascuans ne sont peut-être pas seuls responsables de la tragédie qui les a frappés. Mais en affaiblissant leur écosystème, ils l’ont rendu plus vulnérable et moins résistant à des agressions externes. Même si l’écosystème Terre est bien plus complexe que celui de l’île de Pâques (il y a beaucoup plus de facteurs en interrelation), les atteintes que les sociétés humaines exercent aujourd’hui sur la biosphère (artificialisation des sols, perte de biodiversité, par exemple) accentuent leur fragilité face à des évènements climatiques tels que sécheresses, épisodes de pluies intenses, cyclones, etc. L’autre grande différence est que la planète Terre est un système fermé alors que l’Ile de Pâques était un système un peu plus ouvert (bateaux des explorateurs, par exemple). Il y a peut-être moins de risques d’agressions externes (bien que, dans une quarantaine d’années, les gens qui subiront les effets du changement climatique liés à des émissions de gaz à effet de serre émis plusieurs dizaines d’années auparavant pourront ressentir cela comme une agression externe), mais pas d’issue de secours non plus pour aller vivre en des terres moins hostiles !

L’empreinte écologique est-elle vraiment prise en compte dans le monde des activités humaines, que vous appelez éconosphère (production, consommation, marché du travail et des biens et services) ? N’y a-t-il pas, notamment pour les grandes entreprises transcontinentales les plus polluantes, antinomie entre leurs activités et un quelconque calcul de l’empreinte écologique ?

Natacha Gondran - L’empreinte écologique est ce que l’on appelle un « indicateur alternatif », c’est-à-dire qu’il a pour objectif de remettre en question la prédominance politique et médiatique du PIB et autres indicateurs économiques dominants. Donc, il est évident que l’empreinte écologique, et, de manière plus générale, les différents indicateurs qui expriment les pressions exercées par l’homme sur la nature, ne sont pas, à l’heure actuelle, réellement pris en compte au sein des systèmes économiques. Cela peut conduire les sociétés humaines à des situations catastrophiques. Par exemple, pour rebondir sur l’exemple de l’île de Pâques évoqué plus haut, nous pouvons citer le cas de l’île de Nauru, évoqué dans le livre de Luc Folliet présenté dans l’Écologithéque. Cette petite île du Pacifique a connu, au cours du XXème siècle, un niveau de vie très élevé grâce à l’exploitation du minerai de phosphate. Les habitants de cette île n’ont pas su anticiper l’épuisement de leurs ressources naturelles et se retrouvent maintenant dans une situation d’extrême pauvreté.
Un des principaux postulats de l’empreinte écologique est donc que la société doit pouvoir disposer d’informations lui permettant de comparer les pressions qu’elle exerce sur la biosphère mondiale face aux capacités de cette biosphère. L’objectif est ensuite de prendre en compte ces informations dans les décisions. C’est vrai qu’on en est encore loin : à l’heure actuelle, les décisions, que ce soit au niveau des entreprises comme des pouvoirs publics, sont principalement guidées par des critères économiques, voire purement financiers. La sphère économique est donc dans une logique de rentabilité à court terme souvent incompatible avec les dynamiques de long terme des équilibres écologiques.
La méthode actuelle « standard » de calcul d’empreinte écologique est basée sur des statistiques nationales. Les calculs s’appliquent donc en général à l’échelle de nations. Nous essayons de développer des outils de calcul à l’échelle d’organisations (le Parc national de la Vanoise, par exemple), mais la méthode est loin d’être stabilisée et les résultats ne sont pas aussi facilement exploitables que pour un pays où on peut facilement ramener l’empreinte écologique à la population, et donc à la surface « bioproductive » disponible par habitant. Donc, d’une part, il n’existe pas de méthode de calcul standard qui pourrait s’appliquer aux grandes entreprises. D’autre part, si l’on essayait de calculer l’empreinte écologique d’entreprises multinationales, on serait vite confronté à la difficulté d’obtenir des données souvent confidentielles et détenues par de nombreux acteurs (sous-traitants, etc.).
Mais s’il y a certes antinomie entre le fonctionnement de certaines multinationales et les principes à la base de l’empreinte écologique, c’est surtout la priorité donnée aux critères économiques dans tous les domaines de la société, qui devrait être remise en cause. En effet, quelques entreprises essaient de se différencier par une vision de plus long terme, mais le système économique est ainsi fait que si elles ne génèrent pas de bénéfices économiques, elles sont considérées comme « déficitaires », même si leur impact environnemental et social est positif (entreprises d’insertion, par exemple).

Le système comptable de l’empreinte écologique ne se heurte-t-il pas, à terme, à un adversaire redoutable : le productivisme ? Dans quelle mesure peut-il influer sur une société capitaliste qui tend à promouvoir le modèle nord-américain de destruction des ressources naturelles ?

Aurélien Boutaud - L’empreinte écologique est un outil comptable. On pourrait se contenter de dire que cet outil est relativement neutre, dans le sens où il tente de dresser tant bien que mal un constat de la situation dans un domaine très précis : la soutenabilité écologique de nos sociétés. Mais il faut tout de même bien constater que l’empreinte écologique des nations est très corrélée à leur Produit Intérieur Brut. C’est un petit peu comme le moteur d’une voiture : plus vous désirez rouler vite, et plus vous êtes amené à appuyer sur l’accélérateur, ce qui se traduit logiquement par une augmentation du volume de carburant consommé. Dans cette métaphore automobile, le productivisme (qui aujourd’hui est un productivisme capitaliste) peut apparaître comme une sorte de règle du jeu qui considèrerait que le plus important consiste à aller toujours plus vite. Le PIB, c’est un petit peu le compteur de vitesse. L’empreinte écologique essaie quant à elle de jouer le rôle de la jauge d’essence. Voilà pour la métaphore. Maintenant, si on est d’accord sur le constat, il y a ensuite deux manières d’envisager les solutions visant à réduire notre empreinte écologique : soit imaginer que la croissance du PIB peut se décorréler radicalement de l’empreinte écologique (c’est l’hypothèse soutenue par les tenants de la « croissance verte » ou « croissance durable ») ; soit revoir fondamentalement les objectifs que nous nous fixons collectivement, en tant que société, afin en particulier de permettre un épanouissement humain qui aille au-delà de l’accumulation de capital et la consommation sans cesse plus important de biens matériels (c’est la proposition des tenants de la décroissance et de tous ceux qui oeuvrent à une sortie civilisée du productivisme). La différence entre les deux n’est pas mince : d’un côté on ajoute un pot catalytique au capitalisme (avec des solutions techniques, de type écologie industrielle ou géo-ingénierie, le tout accompagné de mécanismes de marché), et de l’autre on décide de changer radicalement les règles du jeu, avec des solutions qui sont davantage politiques et organisationnelles que techniques. Ce qui, dans notre métaphore, revient peut-être à se poser la question de la destination plutôt que celle de la vitesse.

Vous parlez dans votre ouvrage de « déficit écologique » et de « dépassement écologique » des notions qui, me semble-t-il, n’ont pas encore atteint et “percuté” le grand public. En quoi ce déficit et ce dépassement représentent-ils un risque pour notre avenir et celui de la Planète ?

Aurélien Boutaud - Lorsque nous consommons quelque chose, nous savons qu’il a fallu la plupart du temps mobiliser des surfaces de sols ou de mer pour permette la production de ce quelque chose. Par exemple un tee-shirt nécessite de l’énergie et du coton pour être produit, ce qui suppose des surfaces de terre pour produire le coton, et également des surfaces pour assimiler le C02 émis suite à la consommation d’énergie fossile. Partant de là, l’empreinte écologique est construite comme un système comptable, avec d’un côté « l’offre » de nature (ce dont nous disposons), et de l’autre « la demande » (ce qu’il nous faut). L’offre est appelée biocapacité : il s’agit de l’ensemble des surfaces biologiquement productives disponibles pour répondre aux besoins de l’économie humaine – notamment pour produire des ressources renouvelables de toutes sortes et assimiler le carbone issu de la combustion fossile. La demande est nommée empreinte écologique : on part cette fois-ci des consommations, et on estime les surfaces dont nous avons besoin pour satisfaire durablement cette consommation. Aujourd’hui, au niveau mondial, la demande est supérieure à l’offre. C’est ce qu’on nomme « déficit écologique ». Ce déficit peut traduire un épuisement des stocks de ressources renouvelables : c’est par exemple le cas des ressources halieutiques, dont nous savons que nous consommons davantage que ce que la mer peut régénérer. Mais ce déficit peut aussi signifier une capacité insuffisante de biosphère pour séquestrer le CO2 que nous émettons, ce qui se traduit alors par une accumulation de ce CO2 dans l’atmosphère. Dans tous les cas, cela signifie que nous dégradons les capacités de la nature à répondre aux besoins des générations futures.

L’empreinte écologique remplacera-t-elle un jour dans le plan comptable des États nationaux le fameux PIB ? Verra-t-on des gouvernements s’en inspirer pour conduire leur politique ? Bref, l’empreinte écologique, dont vous nous expliquez dans votre livre que le calcul est maintenant fiable, ne devrait-elle pas dépasser la sphère scientifique pour investir efficacement celle de la politique et de la gouvernance mondiale ?

Aurélien Boutaud - Suite au Grenelle de l’environnement, en France, une demande forte a émergé de la part de la société civile pour une utilisation plus officielle et opérationnelle de l’empreinte écologique. Suite à cette demande, plusieurs rapports ont été produits au sein de l’appareil politique et statistique national. Néanmoins, cela n’a pas suffit à imposer l’empreinte écologique, qui fait encore aujourd’hui l’objet de nombreuses réticences parmi les décideurs. Certaines de ces réticences sont d’ailleurs tout à fait audibles : l’outil peut encore gagner en fiabilité, en stabilité et en finesse, ce qui est particulièrement important dans l’optique d’une utilisation à des fins d’aide à la décision. Il n’est d’ailleurs pas évident que l’empreinte écologique soit un outil très opérationnel en matière d’aide à la décision. Mais cette remarque est également vraie pour le PIB, ce qui n’a pas empêché d’en faire un outil central dans l’argumentaire politique et économique. C’est pourquoi je pense que les réticences sont en général davantage d’ordre idéologique que technique. La preuve en est que d’autres pays, dont la rigueur et les outils statistiques n’ont rien à envier à ceux de la France, ont intégré l’empreinte écologique dans leurs batteries d’indicateurs officiels. C’est le cas de la Suisse par exemple.

Natacha Gondran - Mais il faut également reconnaître que les impôts collectés à l’intérieur d’un pays sont grosso-modo corrélés à son PIB. Si médias et pouvoirs publics suivent avec autant d’attention le PIB, c’est aussi parce que cet indicateur leur permet d’estimer les ressources financières qui vont être disponibles l’année d’après. Tant que la société accordera plus d’importance aux ressources financières et économiques qu’aux ressources naturelles, il semble difficile d’imaginer qu’un indicateur tel que l’empreinte écologique (ou n’importe quel autre indicateur ayant la même vocation) devienne prépondérant.

Soutenabilité, empreinte écologique, durabilité… autant de thèmes et de termes qui ont été “falsifiés” en France sous l’impropre dénomination de « développement durable ». Que cela soit pour des raisons politiques ou bien plus souvent économiques n’avez-vous pas l’impression d’une récupération idéologique et marchande de l’écologie, et a fortiori de l’empreinte écologique ?

Aurélien Boutaud - Oui, d’ailleurs il faut préciser que l’empreinte écologique est bien un indicateur de soutenabilité, et pas de développement durable. C’est un problème particulier à la langue française. Chez nous, les termes soutenabilité ou durabilité sont très peu utilisés indépendamment de la notion de développement. On parle beaucoup de développement durable ou soutenable, mais très peu de durabilité ou de soutenabilité. Or la soutenabilité a une signification particulière, tout à fait indépendante de la notion de développement. C’est un problème notamment parce que le concept de développement est très ambigu, très connoté historiquement, et très critiquable – je me réfère par exemple aux écrits de Gilbert Rist ou François Partant sur le sujet. Si vous ajoutez à cela le greenwashing intensif des entreprises et de certains gouvernements, pour qui le développement durable et l’écologie sont devenus des objets de pur affichage, tout cela n’arrange rien à l’affaire. Du coup, il y a une incompréhension manifeste. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la compréhension du terme développement durable recule parmi le grand public. Et ce n’est pas non plus un hasard si les écologistes se détournent de plus en plus radicalement de ce vocable, qui a été presque complètement accaparé par les tenants de la durabilité « faible », c’est à dire les tenants de la « croissance verte » que nous évoquions tout à l’heure. A trop vouloir créer du consensus, le terme de développement durable est en train de s’épuiser. Je pense que le débat démocratique a de plus en plus besoin de conflits affichés, et pas de consensus mou. Mais cela n’enlève rien à la notion de soutenabilité (ou durabilité), qui reste très riche. On voit d’ailleurs que le dissensus s’installe de manière assez claire aujourd’hui entre les tenants de la croissance durable et ceux de la décroissance soutenable… Deux visions différentes de la manière de définir et d’atteindre une certaine soutenabilité.

Pour terminer, une question plus anecdotique, pourquoi avez-vous écrit ce livre à deux ?

Aurélien Boutaud - Nous nous sommes intéressés à ces questions à peu près en même temps, et nos préoccupations intellectuelles sont depuis longtemps assez proches. À tel point que nous sommes d’ailleurs devenus très bons amis. Et comme nous avons des qualités et des défauts complémentaires, cela tombait plutôt bien !

Natacha Gondran - Aurélien a une bonne plume, et c’est lui qui est à l’origine du projet. Mon fils est né quand Aurélien a vraiment commencé à rédiger le livre. Je n’étais donc pas très disponible au début … Mais plus tard, c’est lui qui est devenu papa et j’ai pris la relève pour les parties plus techniques et les multiples relectures et vérifications des différentes données. Il faut également préciser que l’empreinte écologique se positionne dans le courant de recherche intitulé « ecological economics », et qu’il s’agit d’un sujet fortement interdisciplinaire : nous n’étions pas trop de deux pour appréhender l’ensemble des domaines couverts.

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