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La centrale de Fessenheim n’est pas rentable

Dans un communiqué de presse publié en octobre 2012, 30 anciens directeurs de centrales nucléaires, aux yeux desquels « aucun argument rationnel ne justifie l’arrêt prématuré de Fessenheim », affirmaient notamment que la plus vieille centrale nucléaire en activité, promise à la fermeture par François Hollande, « dégage un revenu annuel de 400 millions d’euros pour EDF ». Qu’en est-il exactement ?


Page publiée en ligne le 25 juillet 2017

Sur cette page :
Jean-Marie Brom : La centrale de Fessenheim n’est pas rentable
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Bâtie sur une faille sismique et en zone inondable, raccordée au réseau en 1977,
Fessenheim est la plus ancienne des centrales nucléaires en service en France
...

LA CENTRALE DE FESSENHEIM N’EST PAS RENTABLE

Jean-Marie Brom, Reporterre.net, mardi 2 avril 2013

Les directeurs de centrales nucléaires affirment que celle de Fessenheim rapporte 400 millions d’euros par an. Mais si on entre dans le détail des comptes, on s’aperçoit que la réalité est à peu près inverse.

Depuis quelques semaines nous connaissons le revenu généré par la centrale de Fessenheim : que ce soit la direction, que ce soient les syndicats, tout le monde semble s’accorder sur la somme de 400 millions d’euros que cette vieille unité a générée en 2012. Certains (voir le communiqué de presse des directeurs de centrales nucléaires) vont même plus loin, affirmant que la centrale alsacienne dégage généralement un « revenu annuel » de 400 millions d’euros...

C’est une première : depuis l’aube du programme nucléaire français, EDF a toujours refusé de communiquer le moindre chiffre quant à la rentabilité du parc. En janvier 2012, La Cour des Comptes elle-même a été incapable d’apporter une réponse claire, soulignant dans son rapport sur le coût de la filière nucléaire « la complexité du sujet, l’incertitude des données et le grand nombre d’hypothèses... »

L’annonce réitérée de la fermeture prochaine de la centrale n’est certainement pas étrangère à cette subite poussée de « transparence financière ». Transparence d’ailleurs sujette à caution, si l’on compare le chiffre de 400 millions à la réalité des faits :

Lors d’une récente réunion de la CLIS (Commission Locale d’Information et de Surveillance) de la centrale de Fessenheim, le directeur de la centrale a brièvement explicité ce chiffre : « 12,417 Twh de production électrique, à 50 € par MWh, moins les frais divers, il reste 400 millions d’euros ». On peut en déduire que les frais de la centrale en 2012 représentent quelques 220 millions d’euros.

Mais Monsieur le directeur semble oublier quelques faits :

• Par contrat, 32,5 % de la production électrique de la centrale sont envoyés (et non
vendus) vers l’Allemagne et la Suisse, en contrepartie de leurs contributions (les mêmes 32,5 %) aux coût de construction et de maintenance... Il ne s’agit donc pas de 12,4 TWh, mais de 8,4 TWh qui ont été mis sur le marché.

• La loi Nome impose à EDF un prix de 42 € / MWh, cédant à l’exigence d’Henri Proglio, PDG d’EDF à l’époque, pour « tenir compte des coûts globaux liés à la production nucléaire ». Nous sommes donc en 2012 en-dessous des 50 € / MWh invoqués par le directeur de la centrale (*)...

En supposant que la déclaration faite à la CLIS contienne – au moins – une part de vérité (les frais divers), il reste 131 millions d’euros de revenus nets pour 2012. Nous sommes loin des 400 millions claironnés à tous vents...

Le record de France des incidents et arrêts

Et encore... Si l’on admet que l’année 2012 a été bénéficiaire, il faut se souvenir que cette année aura été exceptionnelle – la deuxième meilleure année depuis le démarrage de la centrale. Et ce n’est que normal, juste après les 2 visites décennales des réacteurs 1 (160 jours entre octobre 2009 et mars 2010) puis 2 (324 jours entre avril 2011 et mars 2012) : très peu d’arrêts pour rechargement ou réparations, maintenance réduite...

Du coup, il faut s’interroger sur les chiffres de 2010 (11,7 TWh de production) et 2011 (7,1 TWh de production), années de travaux pour visites décennales (70 millions d’euros en 2010, plus de 200 millions en 2011)... Et là, les chiffres sont bien moins enthousiasmants : avec les mêmes critères (production vers l’étranger, frais annuels), et les factures de ces visites décennales, on arrive sans peine à une perte de 220 millions en 2011, et un maigre revenu de 30 à 40 millions en 2010, moins que le coût des travaux de renforcement prévus un seul des deux réacteurs...

On peut également rappeler que dans les documents de 1976, la durée d’amortissement de la centrale de Fessenheim était estimée à 20 ans. Estimation revue à la hausse lors d’une enquête de l’INESTENE en 1989, qui estimait à 28 ans « de l’ordre de la durée de vie de la centrale » le temps de retour sur investissement. Et plus récemment, la Cour des Comptes note que cette estimation « a été portée à 40 ans à l’initiative de l’entreprise en 2003 et n’a pas été modifiée depuis »...

Lorsque l’on mesure que cette centrale, prévue à l’origine pour fournir 11,72 TWh au réseau par an n’a atteint ou dépassé ce chiffre que 8 fois en 35 ans, il y a de quoi se poser sérieusement la question : la centrale de Fessenheim est-elle rentable ou pas ?

Oui, si l’on ne tient compte que d’une année parfaitement atypique... Certainement pas sur le long terme, vu son âge, les coûts de maintenance, le nombre d’incidents et d’arrêts (toujours le record de France) et la production électrique réelle.

Il n’y a qu’un moyen de répondre clairement : qu’EDF rende les chiffres publics, et soit capable de répondre au défi de la transparence. Ce qui serait une première.

(*) On peut mentionner que dans son rapport, la Cour des Comptes estimait que le coût de production de l’électricité nucléaire s’établissait entre 33 et 49 centimes le kWh, selon les méthodes de calcul...

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