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L’union des citoyens fait leur force... financière

La lutte contre le réchauffement climatique exige une accélération des investissements dans les énergies renouvelables. Ce défi est le plus souvent posé en des termes économiques, mais c’est aussi un enjeu de gouvernance locale : comment, sur le terrain, rendre acceptable aux yeux des citoyens un tel déploiement industriel ? Même quand les habitants y sont favorables, ces projets nourrissent souvent un sentiment de “dépossession”, lié au fait qu’ils sont mis en œuvre par des grands industriels, sans ancrage territorial, a fortiori quand il s’agit de groupes étrangers. Le financement participatif est donc souvent présenté comme la réponse au problème : en effet, faire entrer les citoyens dans le tour de table est de nature à renforcer l’acceptabilité locale des projets. Par ailleurs, le financement participatif est parfois vu comme un vecteur d’appropriation locale de la transition énergétique, rompant avec un système énergétique très centralisé où le citoyen n’a aucun droit de regard...


Page publiée en ligne le 20 juin 2018

Sur cette page :
Andreas Rüdinger : L’union des citoyens fait leur force... financière
Pour aller plus loin : Changer de paradigme | Les Dossiers de Global-Chance.org

L’UNION DES CITOYENS FAIT LEUR FORCE... FINANCIÈRE

Andreas Rüdinger, Alternatives internationales, n°17, Alternatives internationales, n°17, novembre 2015

Fermes éoliennes, panneaux solaires, biomasse... Le financement participatif de projets énergétiques durables tente de plus en plus les Européens.


La lutte contre le réchauffement climatique exige une accélération des investissements dans les énergies renouvelables. Ce défi est le plus souvent posé en des termes économiques, mais c’est aussi un enjeu de gouvernance locale : comment, sur le terrain, rendre acceptable aux yeux des citoyens un tel déploiement industriel ? La question se pose notamment dans le cas des parcs éoliens, qui peuvent être accusés de gâcher le paysage voire de faire du bruit. Même quand les habitants y sont favorables, ces projets nourrissent souvent un sentiment de “dépossession”, lié au fait qu’ils sont mis en œuvre par des grands industriels, sans ancrage territorial, a fortiori quand il s’agit de groupes étrangers.

Le financement participatif est souvent présenté comme la réponse au problème. En effet, faire entrer les citoyens dans le tour de table est de nature à renforcer l’acceptabilité locale des projets. À cet argument utilitariste, d’autres opposent une justification plus politique : le financement participatif serait un vecteur d’appropriation locale de la transition énergétique, rompant avec un système énergétique très centralisé où le citoyen n’a aucun droit de regard. Quoi qu’il en soit, l’irruption massive du financement participatif, traditionnellement associé aux petites entreprises de l’économie sociale et solidaire, dans un secteur industriel hautement capitalistique, ne laisse pas d’étonner.

Au Danemark, ainsi, quelque 2 000 coopératives locales détenaient dès le milieu des années 1990 la moitié des capacités éoliennes installées. En 2000, 10 000 citoyens ont contribué pour 50 % au financement du projet d’éoliennes en mer de Middelgrunden représentant un investissement total de 45 millions d’euros, le premier parc off shore du genre.

En Allemagne, la moitié de la puissance éolienne et photovoltaïque installée appartient à des coopératives locales. Ainsi, ces projets ne se réduisent plus aux initiatives d’une poignée de militants écologistes, mais répondent aujourd’hui à une demande croissante de l’ensemble des épargnants en quête de placements financiers alternatifs. Ce mouvement n’est pas du reste réservé à ceux qui ont de l’argent à placer : dans nombre de coopératives, 50 euros suffisent pour devenir sociétaire. Alors que les marchés financiers suscitent une méfiance croissante depuis la crise de 2008, les citoyens voient dans ces projets la possibilité de redonner du sens à leurs investissements et de soutenir l’économie réelle dans leurs territoires.

Besoin de crédits publics

Auparavant limité à quelques pays du nord de l’Europe, ce mouvement s’étend dans le monde entier, démontrant sa capacité à s’adapter aux contextes locaux : Canada, Grande-Bretagne, France, Australie, Sénégal... Au Bangladesh, l’initiative lancée dès 1996 par la Grameen Shakti ("l’énergie du village"), une filiale de la célèbre Grameen Bank, est l’un des exemples les plus marquants au Sud. En s’appuyant sur la microfinance, ce programme a permis à plus de 1,5 million de ménages d’accéder à l’électricité, issue surtout d’installations solaires de petite taille.

À cet égard, en Europe, la réforme en cours du système de soutien aux énergies renouvelables, qui va peu à peu remplacer l’obligation de rachat à prix garanti par une prime au kWh produit, constitue un risque majeur pour les projets citoyens. En effet, il leur incombera désormais de commercialiser l’électricité produite sur le marché de gros et de gérer les variations de la production tandis qu’ils feront face à une difficulté croissante pour accéder au financement bancaire en raison des incertitudes sur leurs revenus. Si ce changement pénalise tous les producteurs d’énergie renouvelable, il est particulièrement néfaste pour les petits acteurs, qui n’ont généralement ni les capacités techniques, ni les ressources financières pour faire face à ces risques nouveaux.

L’industrie, acteur nécessaire

En ce qui concerne les projets portés par les grands industriels, le financement participatif est-il à lui tout seul la clé de l’acceptabilité locale ? Rien n’est moins sûr. Un projet sera d’autant mieux accepté que les maîtres d’œuvre associeront les citoyens et les collectivités à sa conception et à sa mise en œuvre. Ce qui aujourd’hui n’est pas le cas. Inversement, il serait vain d’imaginer que la transition énergétique puisse reposer uniquement sur ces dynamiques citoyennes aujourd’hui à l’œuvre et se passer des grands acteurs industriels, étant donné la complexité des projets et l’expertise qu’ils requièrent. Plutôt que d’opposer les uns aux autres, il faut construire une gouvernance fondée sur une répartition des rôles entre acteurs publics, professionnels et citoyens.

Malgré leur essor rapide, ces projets restent fragiles. Vu leurs coûts d’investissement, l’accès à des prêts bonifiés, en complément de l’épargne citoyenne, reste indispensable. Ainsi, la quasi-totalité des projets coopératifs allemands ont bénéficié des crédits concessionnels de la banque publique KfW. Par ailleurs, la rentabilité des projets dépend de l’existence d’un cadre réglementaire favorable, à commencer par des garanties sur le prix d’achat de l’électricité.

Andreas Rüdinger est chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri)


Zoom – Les projets citoyens peinent à chasser le gaspi

Les projets énergétiques citoyens se focalisent sur la production mais négligent la maîtrise de la consommation. Investir dans une éolienne ou des panneaux photovoltaïques est en effet plus attractif (symboliquement et financièrement) que de placer son épargne dans l’isolation des toitures. Il est pourtant crucial d’agir également à ce niveau pour réaliser la transition énergétique. Dans ce domaine, les initiatives visant à mobiliser le financement participatif, telles les plateformes allemandes Bettervest ou Baum e V. sont encore des épiphénomènes.

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Énergie, Environnement, Développement, Démocratie : changer de paradigme pour résoudre la quadrature du cercle (Manifeste publié en ligne le 1er mai 2014)

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