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Irréaliste de respecter les 50% de nucléaire en 2025 ?

Dans son papier « 50% de nucléaire en France : un objectif réaliste ? » du 11 janvier 2016, Alain Grandjean s’attache à montrer l’impossibilité d’une réduction de la part du nucléaire à 50% de la consommation française d’électricité en 2025. Le raisonnement paraît effectivement imparable et la proposition d’un décalage de l’objectif dans le temps bien plus réaliste au vu des différents chiffres de nature physique ou économiques qui viennent étayer sa démonstration. Cependant à y regarder de plus près, on peut se rendre compte que certaines hypothèses, explicitées ou non, viennent remettre en cause la pertinence de son affirmation...


Page publiée en ligne le 6 avril 2016

Sur cette page :
Irréaliste de respecter les 50% de nucléaire en 2025 ? (Benjamin Dessus et Bernard Laponche)
50% de nucléaire en 2025 ? Éléments pour un débat (Tribunes et articles)
À découvrir également sur le site de Global Chance (Dossiers & publications)

IRRÉALISTE DE RESPECTER LES 50% DE NUCLÉAIRE EN 2025 ?

Benjamin Dessus et Bernard Laponche, Le Club Mediapart, lundi 25 janvier 2016

Irréaliste de respecter les 50% de nucléaire en 2025 comme l’impose la loi sur la transition énergétique nous dit Alain Grandjean. Peut-être mais par pour les raisons qu’il indique ! Analyse de Benjamin Dessus et Bernard Laponche.

Dans son papier « 50% de nucléaire en France : un objectif réaliste ? » (1) Alain Grandjean s’attache à montrer l’impossibilité d’une réduction de la part du nucléaire à 50% de la consommation française d’électricité en 2025. Le raisonnement paraît effectivement imparable et la proposition d’un décalage de l’objectif dans le temps bien plus réaliste au vu des différents chiffres de nature physique ou économiques qui viennent étayer sa démonstration.

Cependant à y regarder de plus près, on peut se rendre compte que certaines hypothèses, explicitées ou non, viennent remettre en cause la pertinence de son affirmation.

A. Grandjean nous dit en effet que « En 2014, le nucléaire a produit 436 TWh, soit 77% d’une production électrique s’élevant à 562 TWh. Cette production d’électricité sert une consommation électrique d’environ 440 TWh (soit environ 6700 kWh par habitant) ; le reste ce sont des pertes en ligne, l’autoconsommation (électricité consommée pour produire de l’électricité) et l’exportation (92 TWh en 2014, pour des importations de 27) ».

Et il ajoute :

« Dans la suite nous supposerons que ce différentiel reste stable en ordre de grandeur. »

À travers ces propos Alain Grandjean fait des hypothèses sujettes à caution :

La première, la plus importante, est que la France continuerait sine die à présenter un bilan exportateur de 65 TWh. On peut pourtant très bien envisager de faire tomber ce solde à zéro. On peut en effet légitimement se demander pourquoi il faudrait faire un effort important d’installation de capacités renouvelables nouvelles pour maintenir coûte que coûte une possibilité d’exporter de l’électricité nucléaire alors que son coût va augmenter fortement du fait de la réhabilitation indispensable et que le marché européen est déjà saturé. Outre la question économique, si elle exporte de l’électricité d’origine nucléaire, la France en garde les risques et les déchets de sa production.

A. Grandjean fait d’autre part l’hypothèse que les pertes d’autoconsommation des centrales (de l’ordre de 24 TWh en 2014) ne dépendent pas des technologies de production d’électricité, ce qui n’est pas exact. À peu près nulles pour l’hydraulique, l’éolien et le solaire, elles sont de l’ordre de 5 % de l’électricité brute produite pour le nucléaire (l’autoconsommation des centrales nucléaires en 2014 a atteint de l’ordre de 22 TWh pour une production brute de 436 TWh sans compter les consommations de l‘enrichissement de l’uranium). Pour une consommation d’électricité déterminée, la production d’électricité nécessaire varie donc sensiblement en fonction du mix retenu. Il omet aussi de signaler que les pertes de transport et distribution, de l’ordre de 29 TWh en 2014 pour 562 TWh de production, sont à peu près proportionnelles aux quantités distribuées.

La question de la demande d’électricité et du mix de production

Sans entrer dans le détail du déroulement de son raisonnement sur les scénarios d’évolution de la consommation d’électricité d’ici 2025, nous nous contenterons de rappeler comme il le fait que « les scénarios les plus optimistes (2) étudiés dans le cadre du Débat National sur la Transition Énergétique la positionnent à cette date à 550 TWh, soit une croissance de 20% par rapport à aujourd’hui. Les autres la situent entre 400 et 500 TWh. »

A. Grandjean rappelle d’autre part avec raison que « l’un des buts clairs de la transition énergétique est de découpler consommation d’énergie et PIB. Cela concerne évidemment aussi l’électricité… en tendance, et sans transfert d’usages vers l’électricité on devrait donc plutôt voir la consommation baisser de 2010 à 2025 d’environ 15% pour atteindre 375 TWh… »

Après ces rappels A. Grandjean écrit : « En 2014, les renouvelables électriques ont produit 96 TWh les moyens thermiques fossiles ayant produit 30 TWh = total 126 TWh Dans un scénario bas de production électrique à 2025 (500 TWh) il faudrait donc que les EnR produisent 220 TWh et près de 300 TWh dans un scénario haut (650 TWh), en supposant stable la production thermique (par un remplacement des centrales au charbon par des centrales à gaz) ».

Si l’on suit la démarche de A. Grandjean (avec un maintien du nucléaire à son niveau actuel et le même solde d’exportation), ce qu’il appelle les consommations d’électricité (électricité finale + consommations du secteur énergétique) de chacun de ces scénarios devraient se situer autour de 380 TWh pour le plus bas et de 525 TWh pour le plus élevé.

Par contre si l’on tient compte des observations précédentes les mêmes scénarios dits « 500 » et « 650 » TWh de production d’électricité répondraient respectivement selon la proportion de nucléaire à des consommations électriques nationales (3) de 448 à 458 TWh et de 572 à 582 TWh.

Un scénario à 380 TWh de consommation électrique, compatible avec l’esprit de la loi de transition énergétique (une réduction de l’ordre de 15% en 2025 par rapport à 2012 (4) ) n’exigerait donc que 430 TWh si la production d’électricité nucléaire restait inchangée, mais 421 TWh si la règle des 50% de nucléaire était respectée (réduction d’un facteur de plus de 2 du nucléaire autour de 210 TWh).

Si la production électrique ex-fossile reste inchangée à 30 TWh il faudrait alors produire 180 TWh d’électricité renouvelable en 2025, soit 84 TWh de plus qu’aujourd’hui.

Le respect de la condition 50% de nucléaire en 2025 dans le scénario bas de l’auteur, pour un solde d’exportation ramené à zéro entraînerait la réduction de la production nucléaire d’un facteur 2 et l’installation de capacités renouvelables nouvelles capables de produire 84 TWh. C’est donc là un tableau assez différent de celui proposé comme hypothèse basse par A. Grandjean avec une production supplémentaire de 124 TWh d’électricité renouvelable en 2025.

Par contre cette production supplémentaire d’électricité renouvelable de 84 TWh n’est pas éloignée de celle envisagée par le projet actuel de PPE qui propose en 2023 une production supplémentaire de l’ordre de 60 TWh avec un rythme de progression annuelle de l’ordre de 9 TWh en 2023 et donc une production anticipée en 2025 de 78 TWh.

Les questions d’investissement

Pour calculer les investissements nécessaires l’auteur ne chiffre pas le scénario bas de production électrique qu’il évoque plus haut, mais un scénario de production de 560 TWh analogue à la production réalisée en 2014 : « pour une production électrique de 560 TWh, nucléaire à 280 TWh et EnR à 250 TWh) il faudrait accroître la puissance installée de l’ordre de 100 GW (5). Sur la base d’un coût d’investissement au kW installé soit dans la fourchette 1000 à 1500 euros, l’investissement à réaliser dans les 10 ans serait de 100 à 150 milliards d’ euros (6). »

En adoptant ces chiffres unitaires, l’investissement en nouvelles unités de production (pour 84 TWh) s’établit alors entre 55 milliards € et 83 milliards €.

Enfin, signalant qu’« EDF va bientôt devoir réaliser - dans des délais courts - des investissements considérables, du fait de l’ancienneté de son parc nucléaire dont la construction s’est concentrée dans les années 1970-80 d’une partie des centrales actuelles (dont le montant est de l’ordre du milliard d’euros par réacteur), arrêt puis déconstruction de certaines d’entre elles (en fonction notamment des audits de l’Agence de Sûreté Nucléaire), et achèvement du chantier de Flamanville », A. Grandjean considère qu’il ne serait pas raisonnable d’imposer à EDF et à ses clients un investissement supplémentaire de 100 à 150 milliards €.

Notons tout d’abord que l’investissement de capacités électriques renouvelables n’a pas de raison de reposer uniquement sur EDF. Dès maintenant une part majoritaire de cet investissement relève d’initiatives industrielles hors EDF, d’initiatives de collectivités, d’initiatives associatives ou d’initiatives privées.

Il reste vrai qu’EDF aura beaucoup de mal à réaliser l’investissement de réhabilitation du parc (évalué à 110 milliards par la Cour ces comptes, et donc plutôt à 2 milliards par réacteur que 1 milliard). Mais l’auteur ne signale pas que l’arrêt de l’ordre de 25 réacteurs avant 2025 permettrait de réaliser une économie comprise entre 25 et 50 milliards d’euros d’investissement selon l’évaluation retenue, et donc de dégager une très grande partie des fonds nécessaires au développement des renouvelables.

D’autre part les investissements de démantèlement qu’il évoque et qu’il faudra de toutes façons faire ne peuvent pas intervenir avant 10 ans après l’arrêt des tranches donc en tous cas après 2025.

Au total, en tenant compte de ces différents éléments l’investissement supplémentaire nécessaire au respect de la règle 50%, estimé par A. Grandjean à 100 ou 150 milliards, pourrait bien tomber d’un facteur important, s’il devait être financé par EDF, dans une fourchette de moins de 10 milliards d’€ à 60 milliards d’€.

Conclusion

La conclusion de l’auteur selon laquelle « La part du nucléaire ne baissera pas qu’on le veuille ou non à 50% en 2025 » repose donc sur des hypothèses contestables du point de vue de l’exportation de courant électrique, de la montée en puissance des renouvelables à organiser et des capacités d’investissement à dégager. Avec une politique plus ambitieuse d’économie d’électricité (éradication du chauffage électrique au profit de pompes à chaleur, économies d’électricité spécifique dans l’habitat tertiaire, etc.) et l’abandon d’exportations massives d’électricité, il serait possible de respecter la consigne 50% de nucléaire dans des conditions acceptables.

Reste qu’en l’absence de volonté politique actuelle, d’abord en termes d’économies d’électricité, complètement absente, ensuite en termes de programme de fermetures de réacteurs nucléaires, enfin de relance d’un programme ambitieux d’énergies renouvelables, sa conclusion sur l’improbabilité d’aboutir au mix 50/50 annoncé s’avère malheureusement crédible, même si c’est pour d’autres raisons que celles évoquées par l’auteur. Mais cela serait dramatique, tant sur le plan de l’environnement et de la sûreté nucléaire que sur celui de l’économie et de l’emploi.

Benjamin Dessus et Bernard Laponche

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Notes :

(1) 50% de nucléaire en France : un objectif réaliste ?, Alain Grandjean, 11 janvier 2016.

(2) C’est-à-dire les plus consommateurs d’électricité.

(3) Consommation d’électricité finale + consommation du secteur énergétique.

(4) La consommation d’électricité finale était de 438 TWh en 2012.

(5) Avec un facteur de charge moyen de 17% pour un mix égalitaire d’éolien et de solaire PV, pour produire 1 TWh il faut une puissance de 0,7 GW. Avec un facteur de charge de 20%, il en faut 0,6. Pour augmenter la production de 150 TWh il faut donc installer entre 85 et 100 GW. À noter que le facteur de charge de l’éolien, en moyenne à 24,3% en 2015, est en légère augmentation par rapport à 2014 (22,6%), et que celui du photovoltaïque est de l’ordre de 15% en 2015. Au total éolien + photovoltaïque ont produit 28,5 TWh pour 16,4 GW installés en France soit un facteur de charge moyen de 19,9%.

(6) Pour une production renouvelable supplémentaire de 154 TWh.

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50% DE NUCLÉAIRE EN 2025 ? ÉLÉMENTS POUR UN DÉBAT

(par ordre chronologique de publication / encadrés = plus d’information au survol)

L’entourloupe nucléaire de Hollande
Benjamin Dessus, Politis, n°1170, jeudi 29 septembre 2011

Réduire la part du nucléaire : concrètement, ça veut dire quoi ?
Bernard Laponche, interview publiée sur le site du Réseau Sortir du Nucléaire le vendredi 26 octobre 2012

La transition énergétique selon Proglio
Benjamin Dessus, Médiapart, vendredi 2 août 2013

L’absurdité inscrite au cœur de la loi sur la transition énergétique
Benjamin Dessus, Reporterre.net, lundi 15 juin 2015

50 % de nucléaire en 2025 : réaliste ou irréaliste ? (ci-dessous)
Antoine de Ravignan, AlterEcoPlus.fr, jeudi 18 février 2016

EDF : la fin de l’État dans l’État ?
Benjamin Dessus, AlterEcoPlus.fr, mercredi 24 février 2016

Nucléaire : la combine d’EDF pour sauver son parc
Benjamin Dessus, Le Cercle / Les Échos, jeudi 25 février 2016

La folle stratégie d’EDF pour faire échouer la transition énergétique
Benjamin Dessus, Reporterre.net, 1er mars 2016

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50 % DE NUCLÉAIRE EN 2025 : RÉALISTE OU IRRÉALISTE ?

Antoine de Ravignan, AlterEcoPlus.fr, jeudi 18 février 2016

« Réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % à l’horizon 2025. » Cet objectif phare de la loi relative à la transition énergétique est-il vraiment crédible ? Depuis la fin de la COP21, cette question est revenue d’autant plus vivement dans le débat public que l’exécutif se montre incapable d’y répondre. Il accumule les retards pour publier les décrets d’application de la loi promulguée le 17 août dernier, ainsi que la très attendue programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) (1). Pire, dans son chapitre consacré à la maintenance des centrales nucléaires, le rapport annuel de la Cour des comptes publié le 10 février dernier précise qu’« aucune évaluation n’a encore été réalisée, ni par l’État, ni par EDF, sur les conséquences économiques potentielles » d’un passage à 50 % de nucléaire dans le mix électrique français (contre 77 % actuellement) (2).

Deux dilemmes à trancher

Au moins deux points sont certains. Le premier : appliquer à l’ensemble des 58 réacteurs français le programme d’EDF dit de « grand carénage » et destiné à prolonger leur durée de vie de 40 à près de 60 ans, et que la Cour des comptes a estimé à 100 milliards d’euros sur la période 2016-2030, serait une absurdité s’il fallait fermer d’ici à 2025 près de 20 réacteurs pour atteindre l’objectif des 50 % (en supposant constante la production actuelle, 562 TWh en 2014). Il est donc urgent de trancher ce sujet.

Le deuxième : il est moins coûteux de prolonger la durée de vie de centrales nucléaires déjà amorties que de remplacer celles-ci par de nouvelles capacités de production électriques, même s’il devient désormais plus rentable d’investir dans des nouvelles capacités renouvelables que dans des nouvelles capacités nucléaires (3). La Cour des comptes estime ainsi que le programme de « grand carénage » d’EDF (destiné à remplacer les équipements usés remplaçables et à améliorer la sécurité suite à la catastrophe de Fukushima) aurait une incidence modeste sur les coûts de production : de 63 à 70 euros/MWh. Un coût qui serait nettement plus élevé en cas de réduction du parc nucléaire.

Cet argument d’EDF – que la Cour des comptes… reprend à son compte – laisse toutefois à l’arrière-plan la question de la sécurité du prolongement des centrales et le fait qu’il faudra de toutes façons arrêter les réacteurs un jour ou l’autre, donc payer pour leur démantèlement et investir dans des capacités électriques nouvelles. Par ailleurs, seule l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), en principe indépendante, est habilitée à autoriser le prolongement de centrales qui ont été conçues pour durer quarante ans et force est de constater qu’EDF raisonne comme si c’était là un fait acquis. Selon le dernier rapport de la Cour des comptes, les incidents dans les centrales – 971 en 2014, indique le dernier rapport de l’ASN – ont connu une évolution à la hausse depuis 2004 et le vieillissement des réacteurs ne devrait pas arranger les choses.

Querelle d’estimations

Ceci posé, combien ramener à 50 % la part du nucléaire dès 2025 coûterait-il en termes d’investissement dans les capacités renouvelables ? Pour le spécialiste Alain Grandjean, la facture serait très élevée. En prenant l’exemple d’un scénario médian de 440 TWh de consommation électrique, soit 560 TWh de production électrique (dont 280 TWh nucléaires) (4), il a calculé qu’il faudrait accroître la puissance renouvelable installée de 100 GW au cours des dix prochaines années, et donc consentir un investissement de 100 à 150 milliards d’euros sur cette période. Ce qui voudrait dire multiplier par un facteur 4 à 7 l’effort actuel de création de capacités nouvelles. Non seulement coûteux, mais irréaliste au vu du rythme actuel de développement des filières renouvelables, conclut Alain Grandjean dans un article choc très argumenté publié début janvier sur son blog (5).

Un article auquel deux autres spécialistes, Benjamin Dessus et Bernard Laponche, ont répondu de façon tout aussi précise (6). Selon eux, si l’on retenait non un scénario médian de consommation mais un scénario bas (380 TWh, correspondant à une baisse de 15 % de la demande d’ici à 2025), si la France cessait d’exporter de l’électricité (92 TWh en 2014 pour des importations de 27 TWh) et si l’on tenait compte dans l’équation du fait que les pertes de production et de réseau sont plus faibles dans le cas des renouvelables que du nucléaire, les besoins de capacités d’électricité renouvelable additionnelles pour atteindre l’objectif des 50 % seraient en réalité bien moindres. Ces auteurs estiment les besoins d’investissement entre 53 et 83 milliards d’euros (au lieu de 100 à 150). Des montants dont il faudrait par ailleurs déduire les investissements évités pour prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires. Une dépense que la Cour des comptes estime à 1,7 milliard en moyenne par unité, ce qui ferait de l’ordre de 42 milliards de moins pour environ 25 tranches définitivement mises à l’arrêt dans un scénario bas de consommation électrique. Dans ces conditions, atteindre 50 % de nucléaire en 2025 ne serait pas hors de portée sur un plan financier. D’autant qu’il ne faut pas oublier que l’investissement dans les énergies renouvelables est très loin d’être l’affaire exclusive d’EDF. Il est en réalité porté par une kyrielle d’acteurs : grandes et petites entreprises, agriculteurs, coopératives, collectivités territoriales, particuliers...

Projets incompatibles

Un tel scénario, qui implique la fermeture de plus du tiers du parc nucléaire, on le voit, est totalement incompatible avec le « grand carénage » programmé par EDF, dont l’hypothèse structurante est une production électrique constante. Seules deux fermetures de réacteurs sont envisagées (Fessenheim 1 et 2), dont l’arrêt de production sera compensé par la mise en service de l’EPR de Flamanville. Donc, sauf à être taxé de schizophrénie ou d’hypocrisie, l’État, actionnaire très majoritaire d’EDF (84 %) va devoir choisir : soit il valide dans sa forme actuelle le « grand carénage » d’EDF et il abandonne l’objectif de 50 % d’électricité verte dans le mix électrique en 2025, soit il fait l’inverse.

Les avis des experts divergent sur ce que le passage à 50 % de nucléaire d’ici à 2025 impliquerait en termes d’investissements verts. Mais il y a deux certitudes. La première, au vu des écarts entre les estimations présentées par Alain Grandjean d’une part et par Benjamin Dessus et Bernard Laponche de l’autre (qui sont le reflet de scénarios différents), c’est que de l’ampleur des efforts de maîtrise de la demande d’électricité dépendra très lourdement le niveau des besoins d’investissement dans les capacités renouvelables. La seconde, c’est que ni les efforts actuels de maîtrise de la demande électrique, ni le rythme actuel de développement des renouvelables ne mettent la France en capacité d’atteindre l’objectif de 50 % de nucléaire dans le mix électrique en 2025. En l’état actuel, c’est irréaliste. Un point au moins sur lesquels tous les experts sont d’accord.

Antoine de Ravignan, AlterEcoPlus.fr, jeudi 18 février 2016

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Notes

(1) Elle est annoncée pour la fin du mois de février.

(2) « La maintenance des centrales nucléaires : une politique remise à niveau, des incertitudes à lever », Cour des comptes, Rapport public annuel, 10 février 2016.

(3) EDF a obtenu pour son projet de construction de deux réacteurs EPR au Royaume-Uni un tarif de rachat garanti de 92,50 livres par mégawattheure pendant trente-cinq ans, soit 119 euros au cours actuel. Le coût de l’éolien terrestre se situe autour de 70 euros. Celui d’une centrale solaire dans la moitié sud de la France court entre 70 et 80 euros, voir « PhotovoltaÏque : un objectif encore trop timoré », Cédric Philibert, AlterEcoPlus.fr, 26 novembre 2015.

(4) La différence entre consommation et production vient des pertes en ligne, de l’autoconsommation (l’électricité consommée pour produire de l’électricité) et de la balance du commerce extérieur de l’électricité. Le scénario médian de 560 TWh en 2025 correspond à la production actuelle, les transferts d’usage (véhicule électrique, pompes à chaleur...) annulant notamment les économies d’énergie.

(5) Alain Grandjean : « 50 % de nucléaire en France : un objectif réaliste ? », 11 janvier 2016.

(6) Benjamin Dessus et Bernard Laponche : « Irréaliste de respecter les 50 % de nucléaire en 2025 ? », Le Club Mediapart, 25 janvier 2016.

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Bernard Laponche, document de travail, décembre 2012, 20 pages

Les énergies renouvelables en transition :
de leur acceptabilité sociale à leur faisabilité sociotechnique

Marie-Christine Zélem, Revue de l’Énergie, n°610, novembre-décembre 2012

Nuclear-Free Futur Award 2012 : Yves Marignac lauréat !
Yves Marignac, discours d’acceptation, Heiden (Suisse), samedi 29 septembre 2012

Choix énergétiques : un débat biaisé
Benjamin Dessus, Pour La Science, n°414, avril 2012, pp. 30-35

Sûreté nucléaire en France post-Fukushima
Analyse critique des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) menées sur les installations nucléaires françaises après Fukushima.
Arjun Makhijani et Yves Marignac, Rapport d’expertise, lundi 20 février 2012

La France peut-elle sortir du nucléaire ?
Benjamin Dessus & Alain Grandjean (entretien), Alternatives Économiques Poche, n°54, « L’énergie autrement », février 2012

La France du nucléaire... dépendante du pétrole
Hélène Gassin et Christophe Porquier, Médiapart, samedi 28 janvier 2012

Manifeste négaWatt : réussir la transition énergétique
Thierry Salomon, Marc Jedliczka et Yves Marignac, Association négaWatt / Éditions Actes Sud, janvier 2012, 376 pages

N’en déplaise à M. Proglio, la sortie progressive du nucléaire créera des emplois
Denis Baupin et Hélène Gassin, Mediapart, mercredi 9 novembre 2011

Le nucléaire n’est pas qu’une affaire d’experts
Pierre Radanne, Libération, vendredi 1er avril 2011

« Le nucléaire assure l’indépendance énergétique de la France » : vraiment ?
Hélène Gassin et Arnaud Gossement, Ecolosphere.net, mercredi 23 mars 2011

La France à l’abri d’un accident japonais ?
Benjamin Dessus et Bernard Laponche, Médiapart, dimanche 13 mars 2011

Nucléaire : reconnaissez l’erreur
Hélène Gassin, Jean-Philippe Magnen et Matthieu Orphelin, Médiapart, dimanche 13 mars 2011

Pour une remise à plat concertée et démocratique de nos modes de vie
Benjamin Dessus, intervention dans le cadre du bicentenaire du corps des Mines, jeudi 23 septembre 2010

Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’état au recyclage « écologique »
Bernard Laponche, entretien avec Charlotte Nordmann, La Revue internationale des Livres & des idées, n°14, novembre-décembre 2009

Le vieillissement des installations nucléaires : un processus mal maîtrisé et insuffisamment encadré
Yves Marignac, Contrôle (revue bimestrielle d’information de l’Autorité de Sûreté Nucléaire), dossier n°184 : « La poursuite d’exploitation des centrales nucléaires », juillet 2009

Prospective et enjeux énergétiques mondiaux : un nouveau paradigme
Bernard Laponche, document de travail n°59 de l’Agence Française de Développement, janvier 2008, 49 p.

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