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« Fukushima remet en cause le choix du nucléaire »

« Réfléchir en termes de probabilité de risque pour définir une politique de sûreté n’a pas grand sens » en matière de nucléaire : pour Bernard Laponche, il faut à présent engager un véritable changement de politique énergétique. Propos recueillis par David Larousserie et publiés dans Sciences et avenir, n°770, avril 2011.


Que signifie pour vous l’accident en cours au Japon ?

Il confirme malheureusement ce que beaucoup ont souvent dit. Le risque zéro n’existe pas. Les réacteurs nucléaires sont des machines intrinsèquement dangereuses. Réfléchir en termes de probabilité de risque pour définir une politique de sûreté n’a pas grand sens. On s’aperçoit qu’on ne peut pas tout imaginer. Il peut arriver l’imprévu comme au Japon où, si la centrale a résisté au tremblement de terre, les systèmes de refroidissement ont été hors d’usage suite au Tsunami. De tels enchaînements peuvent aussi arriver en France, comme cela a failli être le cas lors de la tempête de 1999 avec les inondations dans la centrale du Blayais en Gironde.

L’accident au Japon remet donc en cause le choix du nucléaire. D’autant plus que cela se produit, tout comme lors de l’accident de Three Mile Island (TMI) en 1979, dans un pays très technologique avec beaucoup d’ingénieurs. On ne peut pas accepter un TMI tous les dix ans. D’autant plus si le nombre de pays nucléarisés augmente, sans que les compétences soient là...

Peut-on se passer de cette énergie en France ?

Compte tenu de la grande part du nucléaire dans l’électricité, ce sera plus dur qu’ailleurs, mais des scénarios alternatifs existent. Cela passe bien sûr par de l’efficacité et de la sobriété énergétiques. Les Allemands consomment, par habitant, moins d’électricité que nous par exemple. Ils ont commencé à rénover leur habitat plus tôt que nous, afin qu’il soit moins énergivore. Dans l’industrie, ils s’équipent aussi de moteurs électriques de meilleur rendement. Et ils produisent davantage de biens renouvelables que nous. D’autres voies sont donc possibles.

Comment le décider ? Par référendum ?

Le problème du référendum est qu’il dépend trop de la question posée. Nous avons aussi participé à beaucoup de débats et constaté qu’ils étaient verrouillés. Les décisions étant déjà prises. Il faut continuer d’informer honnêtement et dénoncer les mensonges habituels comme l’indépendance énergétique (notre uranium est importé !) ou le fait que le retraitement éliminerait le plutonium. Le nucléaire, à cause de son développement historique par les militaires, garde des réflexes de confidentialité. Le dernier rapport Roussely de 2010 sur l’avenir de la filière a été classé secret défense !

Pour l’instant, les médias français ont bien expliqué la catastrophe au Japon. Il faudra continuer cette pédagogie sans être « paniquard » pour induire un changement de politique énergétique. L’argument majeur des pronucléaires est de dire que ce serait sacrifier notre mode de vie. On entend même dire qu’un Tchernobyl tous les dix ans est acceptable ! Nous devons repenser à tout cela calmement.

Quelles conséquences pourrait avoir ce changement sur la filière industrielle ?

Même lorsqu’on arrête le nucléaire, il y a du travail. Ne serait-ce que pour le démantèlement des centrales et des usines et pour la gestion des déchets. Mais nous aurons besoin aussi de compétences dans le BTP pour les bâtiments à faible consommation d’énergie, dans les réseaux pour les smart grids (réseaux intelligents) et dans les transports publics. Ou encore dans les aciers pour les éoliennes… Ne croyez pas que les jeunes ne sont pas attirés par ces métiers nouveaux autour de l’efficacité énergétique ou énergies renouvelables. C’est le nucléaire qui a un problème de pertes de compétence. Le génie humain peut encore trouver des choses. Ce serait même triste que nous n’y parvenions pas. Il y a une douzaine de manières de produire de l’électricité autrement qu’en chauffant de l’eau par de la fission. La filière nucléaire doit s’interroger sur son avenir.


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(Tribunes, analyses, interviews, etc. : les réactions des membres de Global Chance face à la catastrophe nucléaire de Fukushima)


À lire également sur le site :

Le réacteur EPR : un projet inutile et dangereux
Les Cahiers de Global Chance, n°18, janvier 2004

Nucléaire : la grande illusion. Promesses, déboires et menaces
Les Cahiers de Global Chance, n°25, septembre 2008

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