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Faut-il suspendre les travaux de construction de l’EPR de Flamanville ?

Pour Yves Marignac, la nécessité d’intégrer le retour d’expérience de Fukushima justifie un moratoire sur le chantier EPR de Flamanville. Propos recueillis par Emmanuelle Reju et publiés par La Croix le jeudi 31 mars 2011.


EDF construit un réacteur EPR dit de troisième génération à Flamanville (Manche), qui apporte des améliorations en matière de sûreté par rapport aux centrales existantes. Des députés français ont néanmoins évoqué mercredi 30 avril l’idée de suspendre les travaux, dans l’attente du retour d’expérience des événements japonais. Yves Marignac, consultant, spécialiste du nucléaire au cabinet WISE-Paris, revient sur le choc provoqué par la catastrophe de Fukushima et les changements qu’il pourrait entraîner en matière de doctrine nucléaire française.

« La catastrophe de Fukushima représente un choc profond pour la doctrine de sûreté en général. Deux de ses principes fondamentaux sont en effet battus en brèche. D’abord, la démarche qui consiste à penser qu’on peut écarter certaines situations considérées comme trop peu probables. La catastrophe de Fukushima prouve le contraire.

Ensuite, la défense en profondeur, qui repose sur l’idée qu’on peut maîtriser le potentiel de danger que représente le cœur du réacteur en multipliant les systèmes de secours et les barrières de confinement.

La catastrophe de Fukushima nous montre que l’ensemble de ces systèmes de secours et de barrières de protection peuvent tomber les uns après les autres, entraînant des contaminations graves. La sûreté de l’EPR, même améliorée, est fondée elle aussi sur ces deux principes. Pour prendre une image, on a ajouté un étage au bâtiment, mais les fondations viennent de s’écrouler !

Le projet de l’EPR mérite d’être interrogé après Fukushima

Par ailleurs, la politique de sûreté de l’EPR consiste à renforcer les dispositifs de sécurité, mais pour compenser ces surcoûts, les performances ont été relevées. Ce réacteur est plus puissant, ce qui se traduit par davantage de masse combustible dans un espace confiné, des taux de combustion plus élevés et l’utilisation envisageé d’un combustible au plutonium – le MOX – plus dangereux que le combustible classique.

Tout ceci mérite d’être réinterrogé au regard des événements et plaide donc pour une suspension des travaux. Une décision de moratoire sur le chantier EPR de Flamanville serait fondée techniquement par la nécessité d’intégrer le retour d’expérience de Fukushima. Dans l’intérêt même d’EDF.

En théorie, l’ASN pourrait très bien demander à terme à EDF de déconstruire ce qui a été fait pour y introduire les leçons de Fukushima une fois qu’elles auront été tirées ! Cela dit, plus la construction avance, plus la pression financière sera forte et moins la marge de manœuvre sera grande pour imposer si nécessaire une révision de l’EPR.

La décision d’arrêter les travaux dans l’attente du retour d’expérience de Fukushima relève selon moi du pouvoir politique et ne me semble pas pouvoir être prise par la seule ASN. À tout le moins, l’EPR doit faire partie de l’audit commandé à l’ASN par le premier ministre, qui ne vise explicitement que les centrales existantes. »

La Croix, jeudi 31 mars 2011
Propos recueillis par Emmanuelle Reju


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À lire également sur le site :

Le réacteur EPR : un projet inutile et dangereux
Les Cahiers de Global Chance, n°18, janvier 2004

Nucléaire : la grande illusion. Promesses, déboires et menaces
Les Cahiers de Global Chance, n°25, septembre 2008

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