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Faut-il renoncer à lʼEPR ? Le point de vue dʼYves Marignac

Initié au début des années 1990, l’EPR a été conçu dans un contexte post-Tchernobyl et est sans doute plus sûr que les réacteurs plus anciens. Mais il est aussi plus gros, plus complexe, plus coûteux, et donc impossible à exporter dans de nombreux États, alors que la France sʼest lancée dans ce projet avec lʼidée dʼen vendre des dizaines à lʼinternational... De plus, le lancement des premiers chantiers EPR est intervenu dans un contexte de relative perte dans les compétences requises pour ce type de projets, comme l’illustre le cas douloureux de l’EPR de Flamanville, dont EDF prévoit dorénavant, avec beaucoup d’optimisme, la mise en service fin 2022, mais qui ne sera jamais rentabilisé. Nous ferions donc des économies en arrêtant ce désastre industriel, comme cela sʼest déjà vu, par exemple aux États-Unis, où des chantiers de réacteurs quasiment achevés ont été stoppés...


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Yves Marignac : « La filière sʼest laissée enfermer par ce modèle »
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faut-il renoncer à lʼepr ? le point de vue dʼyves marignac
« LA FILIÈRE SʼEST LAISSÉE ENFERMER PAR CE MODÈLE »

Yves Marignac (interview), La Croix, vendredi 21 juin 2019

Faut-il renoncer à lʼEPR ? Le point de vue dʼYves Marignac, directeur de Wise-Paris, porte-parole spécialiste du nucléaire à lʼassociation négaWatt.

Le projet dʼEPR a été initié au début des années 1990 et la construction de lʼunité de Flamanville a débuté vers 2003. À cette époque, la pression pour sʼengager dans une stratégie énergétique bas carbone était déjà présente, mais moins forte quʼaujourdʼhui. Surtout, depuis cette date, le potentiel dʼaction sur la maîtrise de consommation dʼénergie, celui du développement compétitif des énergies renouvelables ont été accrus. Dans le monde, les énergies renouvelables bénéficient de quinze fois plus dʼinvestissements que le nucléaire.

La faisabilité dʼune trajectoire sans nucléaire est aujourdʼhui revenue sur la table. LʼEPR, conçu dans un contexte post-Tchernobyl, est sans doute plus sûr, mais aussi plus gros, plus complexe, impossible à exporter dans de nombreux États. Il nʼy a clairement pas de perspective de marchés internationaux pour construire des réacteurs nucléaires, alors que la France sʼest lancée dans lʼEPR avec lʼidée dʼen vendre des dizaines à lʼinternational, ce qui nʼest plus réaliste. Nous ne disposons pas de plan B pour construire des réacteurs dʼautres types. La filière française sʼest laissée enfermer par ce modèle.

Le cas de Flamanville est douloureux. Ce projet est devenu prisonnier de lui-même. Plus on sʼenfonce dans ce désastre industriel, plus il devient difficile dʼy renoncer. EDF, qui prévoit dorénavant une mise en service fin 2022, propose là un scénario très optimiste. Dʼici là, chaque année de retard coûtera environ un milliard dʼeuros. La Chine, dans une économie plus planifiée, se retrouve dans la situation de la France des Trente glorieuses, avec un haut niveau de compétences disponibles. Chez nous, il y a eu à lʼinverse une perte dans les compétences requises pour ce type de chantiers.

Nous avons dépensé beaucoup dʼargent et cet investissement ne sera pas rentabilisé, dans un marché européen dominé par le développement des énergies renouvelables, dont le prix devrait revenir à 50 € par MGh, contre environ 100 MGh pour celui de lʼEPR. Le projet de Flamanville, incluant les coûts de fabrication, de combustible, de contrôle, de maintien de fonctionnement, de stockage des déchets, est donc condamné à être déficitaire pour les soixante prochaines années.

Le bon indicateur nʼest pas ce que nous avons déjà dépensé. Nous ferions des économies en lʼarrêtant, comme cela sʼest déjà vu, par exemple aux États-Unis où des chantiers de réacteurs quasiment achevés ont été stoppés. Il nʼest pas certain quʼEDF parvienne à réparer les soudures, qui se trouvent dans des endroits très sensibles. Une mise en service en 2022 relève dʼun scénario très optimiste. Aucune garantie nʼexiste sur ce point.

Propos recueillis par Romain Subtil

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