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Entre probabilité et déterminisme : l’absurde nucléaire

Tree Miles Island, Tchernobyl et Fukushima nous l’ont appris : quelle qu’en soit l’origine (erreur humaine, défaillance de matériel, événement extérieur), la catastrophe est possible. Il faut donc remplacer la religion des probabilités par une approche déterministe.


Page publiée en ligne le 25 juillet 2017

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Jean-Marie Brom : Entre probabilité et déterminisme : l’absurde nucléaire
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L’approche probabiliste, cœur de doctrine de la sûreté nucléaire “à la française”...

ENTRE PROBABILITÉ ET DÉTERMINISME : L’ABSURDE NUCLÉAIRE

Jean-Marie Brom, in « Atomes Crochus #2 », Réseau Sortir du Nucléaire, mardi 16 avril 2013

Depuis son début, l’industrie nucléaire a fondé sa sûreté sur une approche probabiliste : un évènement jugé improbable – quel qu’il soit – est déclaré impossible. Ce type d’approche s’est essentiellement basée sur le rapport Rasmussen qui évalue pour une fusion de réacteur nucléaire une probabilité largement inférieure à celle d’être tué par la foudre. C’est d’ailleurs ce type d’analyse de risques qui a permis de déclarer la navette spatiale « sûre à 99,999 %». Les 2 navettes perdues sont là pour témoigner de la justesse de cette approche...

C’est ainsi qu’en France, aucun réacteur n’est équipé de récupérateur de corium, la fusion d’un cœur étant jugée impossible. C’est ainsi que la centrale de Fessenheim est située à 7 mètres sous le niveau du Grand Canal d’Alsace, la rupture de la digue
étant impensable. C’est ainsi qu’aucune centrale française (et même mondiale) n’est protégée contre une chute d’avion gros porteur, le survol en étant interdit (et le 11 septembre ?...) La politique française repose sur un dogme : améliorer les contrôles pour éviter d’avoir à se prémunir contre les conséquences de l’accident majeur.

Les accidents de Tree Miles Island, de Tchernobyl et de Fukushima nous ont appris que, quelle qu’en soit l’origine (erreur humaine, défaillance de matériel, événement extérieur), la fusion de cœur est possible. Il faut donc remplacer la religion des probabilités par une approche déterministe : puisqu’il est impossible d’évaluer l’ensemble des coïncidences menant à une fusion de cœur, il faut se prémunir (si c’est possible) contre les conséquences d’une telle fusion. Cette nouvelle conception a été (très imparfaitement) appliquée à l’EPR, qui disposera d’un cendrier. Mais pour les centrales existantes ?

Du point de vue évaluation, le rapport de l’ASN suite aux évaluations post-Fukushima se vautre dans l’hypocrisie : les centrales sont déclarées « sûres », mais pas « robustes ». En d’autres termes : si rien n’arrive, tout va bien, si quelque chose d’imprévu se passe, tout va mal. Et on en arrive à l’absurde cas de Fessenheim (il y en aura d’autres, à n’en pas douter).

Cette centrale prototype – dont la rentabilité n’a jamais été démontrée – aura 40 ans en 2017. Elle est située dans une zone sismique, sous le niveau du Grand Canal d’Alsace. Elle est située à 8m au dessus de la plus grande nappe phréatique d’Europe occidentale. Et comme les autres, elle n’a pas de récupérateur de corium. En outre, son radier (le plancher du bâtiment réacteur) est le plus faible de France. Elle est donc « sûre » et on devrait garder confiance, mais pas « robuste » et on devrait l’arrêter, le temps de corriger ces faiblesses. La simple logique exige donc de l’arrêter immédiatement.

La décision a été autre : exiger des travaux (50 millions au moins) pour faire face à une perte de réfrigérant, ou une fusion du cœur, mais sans pour autant stopper le réacteur n°1 entre temps. Délai d’exécution : juin 2013. Pour l’arrêter fin 2016, à en croire François Hollande. Mais y croit-il encore ?

Et il y a mieux : avant l’été, l’ASN devrait rendre son rapport sur le réacteur n°2. Normalement, les mêmes travaux devraient être exigés – pour les mêmes 50 millions. Avec, comme échéance probable, la fin de l’année 2015. Pour fermer en 2016 ?

L’industrie nucléaire a lié sa sécurité aux probabilités. L’histoire nous a appris le sens du déterminisme. Faute de pouvoir se changer, le nucléaire est rentré dans l’âge de l’absurde. Et nous avec...

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La « courbe de Farmer » : entre résilience et catastrophe...
Pour Frank Reginald Farmer, expert britannique en sécurité nucléaire, le risque majeur se définit comme la menace d’un événement à faible probabilité mais à haut niveau de gravité

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Global Chance, mai 2011

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