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Enfouir les déchets : une fuite en avant

[encadré associé à l’article Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’État au recyclage « écologique », entretien avec Bernard Laponche, publié par La Revue internationale des Livres et des idées, n°14, novembre-décembre 2009]

« Après quinze années de recherches fixées par une première loi en 1991, et après un débat public express, une nouvelle loi concernant la gestion des déchets nucléaires a été votée en juin 2006. Le texte voté a totalement ignoré les conclusions du débat public et impose des orientations très contestées. [...]
La nouvelle loi donne le feu vert à l’enfouissement des déchets en dépit des innombrables incertitudes scientifiques et techniques, et en contradiction avec le principe de précaution. Elle présente en effet l’enfouissement comme « solution de référence » et propose de mettre en œuvre cette option en introduisant un calendrier précis : 2015 pour trouver un site d’enfouissement et 2025 pour le début de son exploitation.
L’enfouissement n’a pourtant rien d’une solution. Son principe : pour retarder le plus longtemps possible la remontée inévitable de la radioactivité dans la biosphère, on va utiliser une barrière de confinement supplémentaire, une couche géologique profonde. C’est une véritable bombe radioactive à retardement qui est donc proposée comme solution.
Après l’immersion en mer des déchets jusqu’à son moratoire en 1983 puis son interdiction en 1988 par la convention de Londres, l’enfouissement a depuis longtemps la faveur de l’industrie et paraît simple et efficace à beaucoup. [...]
Des recherches ont été entreprises depuis 1991, et ont pris énormément de retard. Fin 2005, dans la minuscule commune de Bure, à la limite des départements de la Meuse et de la Haute-Marne, un « laboratoire » creusé à coup de dynamite, et devant servir à étudier l’enfouissement dans une couche d’argile à 500 mètre sous terre, n’est toujours pas fini.
De nombreuses inconnues restent à étudier : l’analyse dans le temps du comportement mécanique et thermique de la roche et de la zone d’endommagement dû aux travaux de creusement, l’étude du devenir des gaz générés par le stockage et leur impact sur la migration des radionucléides, le comportement hydro-thermo-mécanique de la roche, les perturbations géochimiques apportées par le béton et les composantes métalliques, la méthode de construction des bouchons… Autant de questions sans réponses et qui laissent planer un risque de contamination important.
Fin 2005, quelques mois avant la discussion de la loi, une étude d’un panel d’experts internationaux commandité par la commission locale d’information et de suivi de Bure concluait : « [Le jugement sur] la faisabilité de la construction d’un centre de stockage géologique à Bure [...] est très prématuré [1]. »
Ce point de vue est partagé par Ghislain de Marsily, professeur de géologie et membre de la Commission nationale d’évaluation, pour qui la faisabilité de l’enfouissement est loin d’être acquise et suppose encore plusieurs décennies (vingt ou trente ans) de recherches. [...] Le débat public, organisé de septembre 2005 à janvier 2006, a clairement montré et conclu que si l’enfouissement était l’option préférée de l’industrie et des administrations, cette option n’était ni démontrée scientifiquement, ni acceptée par la population [...].
[Pourtant,] la loi du 28 juin 2006 signe un chèque en blanc à l’industrie et à l’administration pour mettre en place l’enfouissement. Cette décision très grave se base sur une montagne d’incertitude, en totale contradiction avec le principe de précaution. »

Frédéric Marillier, EPR, l’impasse nucléaire, Paris, Syllepse, 2009, p. 188-191.

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Notes

[1Examen critique du programme de recherche de l’ANDRA pour déterminer l’aptitude du site de Bure au confinement géologique des déchets à haute activité et à vie longue, IEER (Institute for Energy and Environmental Resarch), 27 décembre 2005.

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