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Énergie : surtout que rien ne change !

Benjamin Dessus et Bernard Laponche
Les Échos, mercredi 21 février 2007

Février 2007 : le GIEC rend public son dernier rapport sur l’évolution du climat de la planète. Il en attribue sans ambiguïté la responsabilité première à notre consommation débridée d’énergie. Il faudrait diviser les émissions de gaz à effet de serre d’un facteur 2 en 2050 au niveau mondial, d’un facteur 4 dans notre pays. Les média font leur une de ces préoccupations. Nicolas Hulot devient le messie d’une classe politique qui affiche sa “conversion”. Tout semble donc réuni pour voir enfin bouger les choses. Eh bien non ! Il suffit que la campagne présidentielle aborde la question des économies d’électricité et de la production nucléaire pour qu’une levée de boucliers des soi-disant convertis nous ramène à la réalité : il ne faut toucher ni à l’électricité, ni au nucléaire. Qu’en est-il en réalité ? Avec près de 80 % d’électricité nucléaire, EDF fournit 17 % de l’énergie finale des Français. Le reste, ce sont d’abord les produits pétroliers (47 %), ce qui montre bien les limites de notre “indépendance énergétique”. D’ailleurs, la consommation de pétrole en France par tête d’habitant n’est pas inférieure à celle de nos voisins européens.

Il ne sera donc manifestement pas possible de diviser par 4 nos émissions de CO2 en 2050 sans toucher à notre consommation d’énergie. La plupart des experts considèrent qu’il faut la diviser par 2, le reste du parcours pouvant être accompli grâce aux substitutions d’énergies et aux technologies de captation et stockage du CO2.

Mais peut-on exonérer l’électricité de cet effort d’économie sous le prétexte qu’elle serait majoritairement produite par du nucléaire et la laisser déraper et imaginer une politique hardie d’économies d’énergie qui maintiendrait une exception électrique ? La réponse est manifestement non : il est indispensable que l’effort d’économie concerne aussi l’électricité. Dans le contexte d’une volonté européenne affichée de diminution de 20 % en 2020 de la consommation d’énergie par rapport à la poursuite des tendances, on devrait au moins se fixer l’objectif d’une stabilisation de la consommation d’électricité en France au niveau actuel. Dans ce contexte, il serait logique d’examiner la place du nucléaire en 2020, à la lumière même des objectifs affichés dans la loi sur l’énergie de 2005 : limitation des émissions, compétitivité, diversification des moyens de production, sécurité d’approvisionnement. Sans oublier notre engagement européen de produire 21 % de notre électricité dès 2010 avec des renouvelables.

On voit bien alors que la politique de relance du nucléaire, en particulier avec l’EPR, est à la fois inutile, contre-productive et dangereuse.

Inutile parce que le nucléaire occupe encore pour longtemps une part trop forte dans notre bilan électrique au titre de la compétitivité économique, de la sécurité d’approvisionnement et de la diversification énergétique, de la réduction des risques spécifiques associés (accidents majeurs, prolifération, déchets nucléaires).

Contre-productive parce que son contenu en emplois est très inférieur à celui des programmes d’économies d’énergie et d’énergies renouvelables, comme nous le montrent aujourd’hui les programmes allemand et espagnol et parce qu’il renforce la concentration déjà abusive des moyens de production d’électricité.

Dangereuse parce que ce dérapage renforcerait la vulnérabilité de notre système électrique aux accidents génériques et aux agressions extérieures, nous rendrait encore plus captifs des importations d’uranium, sans empêcher l’augmentation de la contribution du système électrique aux émissions de CO2, du fait du renforcement des besoins de pointe, dont une part croissante reposerait sur les énergies fossiles.

Plutôt que de tourner en dérision toute inflexion de leur politique, comme ils viennent de le faire à propos des propositions de réduction progressive de la part du nucléaire, la majorité, l’administration et les producteurs seraient bien avisés d’analyser avec plus de sérieux les propositions qui émergent dans la campagne présidentielle. Elles n’ont finalement pour but que de rendre possible l’atteinte à terme des objectifs ambitieux que la majorité continue d’afficher, sans la moindre chance d’y parvenir.

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