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Distribution d’iode contre l’accident nucléaire ?

Protection ou illusion ? En France, tous les 10 ans, celles et ceux qui ont la “chance” d’habiter à moins de 10 kilomètres d’une centrale nucléaire reçoivent gratuitement des comprimés d’iode, sensés leur permettre, en cas d’accident nucléaire, de se protéger vis-à-vis des rejets d’iode radioactif...


Page publiée en ligne le 4 juin 2018

Sur cette page :
Jean-Marie Brom : Distribution d’iode contre l’accident nucléaire ?
Pour aller plus loin : Changer de paradigme | Les Dossiers de Global-Chance.org

DISTRIBUTION D’IODE CONTRE L’ACCIDENT NUCLÉAIRE ?

Jean-Marie Brom, Le Club Mediapart, mercredi 13 janvier 2016

Comme tous les 10 ans, cette année, celles et ceux qui ont la chance d’habiter à moins de 10 kms d’une centrale nucléaire vont recevoir gratuitement des comprimés d’iode afin d’être protégés contre un accident nucléaire. Protection ou illusion ?

Iode et iode 131, quelle différence ?

L’iode est un élément dont notre corps a besoin. C’est la glande thyroïde (particulièrement développée chez les enfants) qui se charge de capter l’iode (sel iodé, poisson…), ce qui lui permet de générer certaines hormones. Selon l’âge, les besoins en iode sont de l’ordre de 90 à 150 microgrammes par jour (bien plus pour les femmes enceintes ou allaitantes). Cet iode séjourne dans la thyroïde durant deux à trois semaines.

L’iode 131 est produite dans les réactions de fission nucléaire qui se produisent dans un réacteur nucléaire. L’iode 131 est un isotope de l’iode : un cousin radioactif de l’iode, avec les mêmes propriétés chimiques. Notre thyroïde ne fait pas la différence entre l’iode (naturel) et l’iode 131 (radioactif). Dans le cas d’ingestion d’iode131, ce sont donc des millions de mini-sources radioactives que notre thyroïde va concentrer. Avec des risques très importants de cancer de la thyroïde.

L’iode 131 a une période de 8 jours : la moitié de cet iode aura disparu au bout de ce temps. On estime qu’il faut 10 périodes, soient 80 jours, pour revenir à une situation “normale”.

Accident nucléaire : des comprimés d’iode pour se protéger ?

Dans le cas d’un accident nucléaire, le nuage radioactif contient de l’iode 131, ainsi que d’autres "produits de fission" (Strontium 90, Césium 137, Américium 241, Krypton… Il y en a près d’une centaine…). Pour se garantir contre les effets de l’ingestion d’iode131, il faut consommer des pastilles d’iode, pour saturer la thyroïde et l’empêcher de concentrer cet iode radioactif qui sera alors éliminé naturellement, et polluera l’environnement.

Une protection efficace ?

Le temps que l’iode se concentre dans la glande thyroïde est voisin de 2 heures (dépendant du métabolisme, et de l’âge). Pour que la prise d’iode soit efficace contre les effets de l’iode 131, il faut donc prendre les comprimés d’iode environ 2 heures avant le passage du nuage radioactif. Pour les habitants au voisinage immédiat de la centrale, cela veut dire prendre les comprimés d’iode environ 2 heures avant l’accident…

Les plans ORSEC-PPI associés à chaque installation nucléaire prévoient la distribution gratuite de comprimés d’iode dans un rayon de 10kms. Cette distribution doit être renouvelée tous les 10 ans. Mais l’iode 131 est un gaz et peut parcourir de grandes distances avant de retomber sur le sol : on a pu mesurer en France des concentrations d’iode radioactif dues à la catastrophe de Chernobyl. Au-delà de ce rayon de 10kms, il y aura toujours de l’iode radioactif, mais pas de comprimés d’iode disponibles pour se “protéger”…

Il n’y a pas que l’iode…

Un accident nucléaire relâche une centaine de produits de fission différents, radioactifs mais comparables chimiquement à des éléments utiles à notre corps : le strontium 90, voisin du calcium, se fixe dans les os. Le césium 137, proche du potassium, va être transporté par le sang et se fixer dans les muscles. Et il n’existe aucune solution pour saturer rapidement notre organisme en calcium ou en potassium, pour ne citer que ces deux exemples. Pour ce qui est du Plutonium, il a une affinité particulière pour les poumons… La prise d’iode lors d’un accident nucléaire peut éventuellement nous protéger de l’iode radioactif, mais en aucun cas contre la centaine d’autres produits de fission tout aussi dangereux…

Rassurés ?

On peut donc être rassuré : dans le cas d’un accident nucléaire avec nuage radioactif (Chernobyl, Fukushima), grâce aux comprimés d’iode, et à condition d’habiter près d’une centrale et de prendre les comprimés avant l’accident, les risques de contracter un cancer de la thyroïde sont limités. Nous mourrons certainement d’un autre cancer, mais pas de celui-là !

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