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« Des engagements plus sincères qu’élevés »

Pierre Radanne

La Voix du Nord, lundi 07 décembre 2009

Pierre Radanne, 60 ans, est expert en politiques énergétiques dans la lutte contre le changement climatique. Il répond à nos questions à l’occasion de la conférence de Copenhague. [...]

Le bilan de Kyoto

Forcément, il faut faire un bilan mitigé du protocole de Kyoto. Le point positif, c’est que la question du climat n’est pas soluble alors que la convention de Rio était inopérante. C’était une première dans l’histoire humaine. Tous y sont allés sauf les plus gros, les États-Unis. Et la délinquance énergétique américaine a servi de paravent à tout un tas de pays pour ne pas respecter leur engagement. Les réductions d’émissions de gaz à effet de serre ont été très largement inférieures à ce qui était attendu. Le progrès de Kyoto, c’était de mettre tout le monde dans le même bateau.

Le dialogue mondial

Le climat est la seule négociation internationale du moment. Grâce à la puissance du sujet, qui est de l’ordre du compte à rebours, on ne peut pas laisser filer. C’est un objet mondial et indivisible, insécable. Le climat de tous les pays se modifie. C’est une spécificité importante. Derrière, il y a le débat nord-sud, le premier depuis la décolonisation. À Copenhague, on va voter le climat sur Terre à l’horizon 2100, on va voter la température. Cette obligation porte sur l’humanité tout entière.

Des sous pour le sud

Une sorte de face à face nord-sud se forme. Les pays du sud veulent de l’argent sur la table. Or la crise financière est passée par là. Ça rend la discussion extrêmement compliquée. On va vers une redistribution des cartes dans l’économie et l’écologie mondiales. Plus la négociation est globale, plus elle est difficile.

Le miracle de la politique ?

Copenhague, c’est le plus gros rassemblement de responsables publics depuis 1945. Cette population, va bien falloir qu’elle nous dise quelque chose ! Ça peut éventuellement se dérouler en plusieurs étapes mais on ne pourra pas tout renvoyer aux calendes grecques. Je rappelle que le CO2 que dégage votre petite voiture reste 120 ans dans l’atmosphère. Le retard pris se paie cher.

Un cahier des charges

Nous aurons très probablement une déclaration de chefs d’État. Que nous espérons la plus sincère possible avec un cahier des charges pour la suite de la négociation car à mon avis, on ne finira pas le boulot à Copenhague.

La position américaine

Les États-Unis sont prêts à agir mais refusent d’attribuer le pouvoir de sanction à l’ONU. C’était déjà la cause de la non-ratification de Kyoto. Obama subit l’héritage Bush avec une crise, deux guerres et une négociation climat dans laquelle il joue le mauvais rôle. Les Scandinaves lui ont donné un acompte avec le prix Nobel et font monter la pression. Les États-Unis signeront mais pas sans la Chine. C’est impossible sans équilibre.

Un traité dans la douleur

On va y aller mais par un crantage extrêmement souffreteux et progressif. Ce traité ne sera pas un bijou concocté en une nuit dans un élan commun de l’âme. Il faut espérer sortir de Copenhague avec des règles et une forme juridique, des engagements plus sincères qu’élevés. Que les pays qui ont de l’argent aident le sud, mais c’est un plan de relance mondial ! Cette logique positive me semble jouable.

Propos recueillis par OL. B.

(retour au mini-dossier “Copenhague vu par Pierre Radanne”)

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