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Des compteurs intelligents oui, mais dans la transparence et la concertation

Denis Baupin et Hélène Gassin
Écolosphère.net, mardi 15 juin 2010


Le vieux compteur d’électricité bleu et plombé est une espèce en voie de disparition. En application d’une directive européenne, 80 % de la population doit être équipée de compteurs intelligents d’ici 2020.Ces outils de comptage et de mesure évolués sont un élément clé de la maîtrise de la consommation énergétique. Ils vont permettre aux clients finaux d’avoir individuellement et en temps réel toutes les informations nécessaires pour réguler leur consommation et diminuer leur facture. Des études pilotes ont montré qu’ils peuvent engendrer entre 5 % et 15 % de réduction de consommation d’électricité dans les ménages. ERDF teste actuellement un compteur dit intelligent « Linky ». Mais loin d’être la meilleure solution, il peut même être considéré comme un frein aux politiques de maîtrise de l’énergie. En plus, en ne testant que cet unique modèle, ERDF contraint le choix à cette technique. Pour autant, lors de la renégociation du contrat de concession de son réseau de distribution d’électricité, la Ville de Paris, propriétaire des compteurs, a obtenu d’ERDF l’introduction de systèmes plus performants, compatibles avec sa politique de maîtrise des consommations énergétiques.


Un quotidien du matin a, le 9 juin, ouvert ses pages sur un dossier portant sur les futurs compteurs électriques. Les informations publiées sont inquiétantes mais ne doivent pas conduire à jeter le bébé avec l’eau du bain : les compteurs intelligents restent indispensables, pour autant qu’on ouvre vraiment le débat dans la transparence.

En effet, économiser l’énergie est aujourd’hui reconnu par tous comme un enjeu majeur. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne la « pointe » hivernale de consommation électrique de début de soirée. La priorité donnée au chauffage électrique depuis des décennies par les producteurs électriques — et ce afin de justifier la surproduction nucléaire — se retourne aujourd’hui contre leurs auteurs : incapables de faire face à la demande, ils sont alors obligés de faire appel aux centrales électriques les plus émettrices de gaz à effet de serre.

L’une des réponses au gaspillage énergétique passe par la maîtrise des consommations, et par la responsabilisation des usagers, particuliers et entreprises, à condition de leur donner les moyens d’agir. C’est pourquoi la mise en place de réseaux et compteurs intelligents constitue une piste essentielle d’avenir.

Pour autant, force est de constater que la méthode retenue, basée sur l’absence de discussion préalable des choix, de concertation sur les priorités, et de transparence dans la mise en œuvre s’apparente plus au passage en force — coutumier de ce secteur industriel — qu’à une évolution positive parce que portée par l’ensemble des acteurs.

Il n’est pas trop tard pour rectifier le tir. Pour que ce chantier majeur (de plusieurs milliards d’euros) réussisse, il est plus que temps d’ouvrir une véritable concertation qui réunisse non seulement les acteurs de la filière mais aussi les usagers, les associations, et évidemment les collectivités locales propriétaires des réseaux de distribution et appelées à mettre en œuvre des « plans climat » et d’économies d’énergie.

Vu l’ampleur du chantier, nous n’avons pas le droit d’échouer. Le modèle de compteur lui-même doit faire l’objet de la concertation, tant « Linky » n’apparaît pas aujourd’hui à la hauteur de l’enjeu, notamment par son manque de modularité, et le manque de précision du « pas de temps » choisi. C’est notamment ce qui a amené la Ville de Paris à inscrire dans sa nouvelle convention avec ERDF : « le renouvellement du parc de compteurs est une étape essentielle de l’évolution du réseau de distribution vers un réseau intelligent […] Le cahier des charges devra au vu des modalités retenues servir le double objectif de maîtrise renforcée de la consommation d’énergie chez les usagers et de pilotage en réseau intelligent, en prévoyant notamment un dispositif de mesure et de communication des courbes de charge au pas de temps le plus fin techniquement envisageable […] ».

La révolution énergétique est en marche partout dans le monde. Il est plus que temps que la France rattrape le train en marche.

Denis Baupin est maire-adjoint de Paris, en charge du développement durable, de l’environnement et du Plan Climat
Hélène Gassin est Vice-Présidente Europe Écologie du conseil régional d’Île-de-France

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