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GLOBAL-CHANCE

De Bali à Copenhague, vers l’après-Kyoto ?

Mini-dossier : les négociations climat vues par Pierre Radanne

Introduction

Organisée à Bali du 3 au 14 décembre 2007 et portant sur l’avenir du Protocole de Kyoto après 2012, la 13ème session de la Conférence des Parties à la Convention Climat, a frôlé l’échec absolu, en particulier parce que la pression ‘construite’ autour des conclusions du 4ème rapport du GIEC et de la nécessité de diviser les émissions mondiales par deux d’ici 2050 a entraîné une violente réaction des pays du G77 et de la Chine à l’approche du terme de la conférence.
Celle-ci a néanmoins débouché sur l’adoption du « Plan d’action de Bali », qui prend acte des conclusions du quatrième rapport du GIEC [1] et reconnaît qu’« il faudra fortement réduire les émissions mondiales en vue d’atteindre l’objectif ultime de la Convention », mais n’en reste pas moins une simple feuille de route fixant les grandes lignes de négociations sensées aboutir à l’occasion de la 15ème session de la Conférence des Parties, à Copenhague, en 2009.
Dans cette perspective, l’Union Européenne, qui joue traditionnellement un rôle moteur dans le cadre des négociations internationales sur le climat, accueillera du 1er au 12 décembre à Poznan (Pologne) la 14ème session de la Conférence des Parties : une étape cruciale sur la route de Bali à Copenhague, et un rendez-vous à ne pas manquer pour la présidence française de l’Union, qui a débuté le 1er juillet 2008 et s’achèvera fin décembre.
C’est pourquoi Global Chance, après avoir tiré en mars 2008 un premier bilan de la Conférence de Bali (Les Cahiers de Global Chance, numéro 24, De Grenelle à Bali : avancées, incertitudes, contradictions et perspectives), revient sur ce sujet à travers une série de publications et d’interviews de Pierre Radanne, qui faisait partie de la délégation française à Bali et appuie actuellement les pays francophones - notamment africains - dans le cadre des négociations internationales sur le changement climatique.
Pour Pierre Radanne, le relatif échec de la conférence de Bali est riche en enseignements, en ce sens qu’il est essentiellement lié à l’insuffisante prise en compte des pays en développement, incontournables pour construire une dynamique de négociation à même de peser sur les États-Unis. C’est pourquoi il importe désormais de mettre au cœur des négociations la question du développement, au Nord comme au Sud, ce qui suppose entre autres d’engager à l’échelle mondiale de grands programmes sectoriaux visant à concilier les impératifs du mieux-être humain et ceux de la prévention du risque climatique.

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Sommaire du mini-dossier

Les verrous commencent à sauter (Le Monde, 16 décembre 2007)
Interrogé par Hervé Kempf, Pierre Radanne explique pourquoi il a été si difficile d’arriver à un accord lors de la conférence de Bali.

Changements climatiques : éléments de réflexion sur l’après-Bali (17 décembre 2007)
Intervention de Pierre Radanne lors d’une conférence débat organisée par l’association 4D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable).

Le vrai mandat de Bali, drame en plein d’actes (28 décembre 2007)
Mariant humour et gravité, Pierre Radanne évoque le déroulement de la Conférence de Bali, ses résultats et ses enjeux.

Les dessous de Bali (France Inter, 12 janvier 2008)
Dans le cadre de l’émission « CO2 mon amour » animée par Denis Cheissoux, Pierre Radanne raconte la conférence de Bali vue de l’intérieur.

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« Les verrous commencent à sauter »
Une question à... Pierre Radanne, expert en politique énergétique
Propos recueillis par Hervé Kempf - Le Monde, 16 décembre 2007

Hervé Kempf : Pourquoi a-t-il été si difficile d’arriver à un accord final lors de la conférence de Bali ?

Pierre Radanne : Nous sommes dans un processus qui vise trois objectifs. On doit d’abord faire en sorte que chaque pays ait une perception de son avenir qui tienne compte des questions climatiques : quel développement va-t-il suivre, quel mode de vie va-t-il offrir à sa population ? Ensuite, il faut regarder ce qu’exige la planète pour que ce développement soit compatible avec le changement climatique. Enfin, il s’agit de distribuer équitablement les objectifs de réduction en fonction des capacités de chacun.
Il a été difficile de conclure à Bali parce qu’on préparait en fait la distribution, à Copenhague, en 2009, des objectifs pour chaque pays. Les Européens ont essayé d’introduire, à la suite du rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la question des conditions globales de stabilisation du climat sur Terre. Cela a bloqué parce que beaucoup d’Etats - et notamment les pays les plus pauvres - n’ont pas le sentiment que, dans ces conditions, ils pourront suivre la trajectoire de développement qu’ils souhaitent.
Tant que ces pays n’auront pas la conviction qu’on va définir, dans les années qui viennent, les conditions d’un développement compatible avec les besoins de leurs populations et les intérêts de la planète, ils resteront en situation d’attente en disant aux pays industrialisés : « C’est à vous de commencer à changer », sachant que les Etats-Unis restent pour l’instant à l’écart.
Cependant, l’accord de Bali montre que ces verrous commencent à sauter. Dans la foulée des rapports du GIEC, les nécessités à long terme sont posées sur la table. Et, par ailleurs, l’accord énonce les questions auxquelles il faudra donner une réponse : quels sont les choix de développement pour les pays les plus pauvres ? Comment va-t-on répartir de façon équitable les obligations, en suivant des technologies et des modèles économiques compatibles avec l’environnement ?
Il est normal que la discussion avance si péniblement : il s’agit de décider du niveau des émissions de gaz à effet de serre à long terme, c’est-à-dire de choisir le niveau de températures supportable dans cinquante ans. Il est complètement inédit de prendre position sur un choix à si long terme.

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Changements climatiques : éléments de réflexion sur l’« après Bali »
Pierre Radanne, 17 décembre 2007
Intervention lors d’une conférence débat organisée par l’association 4D

Le plan d’action issu de Bali est une sorte de shopping list qui comprend tout, y compris des éléments contradictoires. Ce n’est pas un mandat politique, et constitue le résultat de l’essorage des aspects qui faisaient difficulté. Ce texte n’organise pas réellement le travail pour les deux années à venir. Néanmoins, les graves tensions qui se sont exprimées à Bali sont source de leçons politiques tout à fait remarquables, ne serait-ce qu’en rappelant la pertinence de ce qu’on peut appeler le « théorème de Pronk » [2] : si l’Europe est prise en tenaille entre, d’un côté, un blocage des pays en développement et, de l’autre, un refus des Etats-Unis, aucun accord n’est possible. À Bali, en effet, on a commis l’erreur de ne pas négocier avec les pays en développement, d’où le relatif échec de la conférence. Pour que Poznan puis Copenhague débouchent sur un accord international, il faut donc remettre au centre des négociations la question du développement, au Nord comme au Sud, ce qui suppose, entre autres, d’engager à l’échelle mondiale de grands programmes sectoriaux visant à concilier les impératifs du mieux-être humain et ceux de la prévention du risque climatique.

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Le vrai mandat de Bali, drame en plein d’actes
Pierre Radanne, 28 décembre 2007
Document mis en ligne le 5 mai 2008 sur le portail Médiaterre

« Drame en plein d’actes » : Le plan de route, direction Copenhague / Préparation d’artillerie pour le lancement de la course / Un convoi fort désorganisé / Mandat de Berlin, mandat de Bali / On est tous dans le brouillard / Le menu réel de Bali / Karaoké au programme / Les manques / Une réussite, le train n’a pas déraillé, il poursuivra sa route / Mais la purée de pois s’épaissit / Et c’est l’accident... / Ils ont oublié le théorème de Pronck / La gravité des questions politiques liées au climat / Un nouveau rapport de force montré à Bali / Le vrai mandat de Bali / Une entrée indispensable par une approche sectorielle / La voie du développement doit inévitablement passer par Poznan

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Extrait : La gravité des question politiques liées au climat

« Le changement climatique pose des questions politiques majeures et inédites dans l’histoire humaine. Il est donc évident que la négociation engagée va être extrêmement difficile. Sa réussite va devoir transformer profondément les relations internationales, le système économique et les modes de vie.

• C’est d’abord la première question planétaire dont la solution exige la solidarité de tous les pays puisque les émissions d’une zone du monde modifient le climat sur l’ensemble de la planète. Il ne pourra pas y avoir une restabilisation du climat sans notamment une action solidaire et rapide de l’Europe, de l’Amérique du Nord et les grands pays émergents.

• Cela va rendre de plus en plus nécessaire également une relance du dialogue nord-sud avec un renforcement de l’aide au développement et des coopérations bilatérales et multilatérales, car la proportion des émissions des pays en développement ira croissante.

• À un mouvement généralisé de dérégulation de l’économie va devoir succéder un mouvement de rerégulation, ce que préfigure les mécanismes de Kyoto. Cela va s’exprimer par une réhabilitation de la prospective, de la planification, de la coordination des efforts de recherche et de la fiscalité.

• L’adhésion de chaque être humain va devoir être recherchée car les comportements les plus quotidiens vont devoir être transformés, à commencer dans les pays industrialisés. Cela rend nécessaire des procédures démocratiques d’élaboration et de mise en œuvre des politiques nationales et locales de lutte contre le changement climatique qui associent largement les populations concernées.

• Le respect impératif des engagements par les pays pour garantir une équité de répartition des efforts va rendre nécessaire l’instauration d’un système de sanctions proportionnées et donc de nature économique et reliée à l’Organisation Mondiale du Commerce.

On peut ainsi mesurer à quel point la Convention de Rio et le Protocole de Kyoto ne constituent que les premiers pas timides sur le chemin de ces transformations profondes qui marqueront ce siècle. La question du changement climatique constitue la première question politique totale puisqu’elle exige une prise en charge qui va de toute la planète à chacune des personnes. »

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Les dessous de Bali
France Inter, 12 janvier 2008

Dans le cadre de l’émission « CO2 mon amour », animée par Denis Cheissoux, Pierre Radanne raconte la conférence de Bali vue de l’intérieur.

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Notes

[1« (...) le réchauffement du système climatique est sans équivoque et un retard dans la réduction des émissions réduirait significativement les chances d’atteindre des niveaux plus bas de stabilisation du climat et augmenterait les risques d’impacts plus sévères dus au changement climatique » - Décision 1 / CP13 : Plan d’action de Bali

[2du nom du ministre néerlandais de l’Environnement qui a joué un rôle clef dans le processus de Kyoto

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