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ATMEA et ses concurrents

Les déboires de l’EPR tant au niveau national qu’international ont conduit plusieurs responsables de la politique nucléaire de la France à évoquer la nécessité de « nouveaux réacteurs », et en particulier de réacteurs moins puissants, moins complexes et, par conséquent, moins chers et mieux adaptés à la potentielle demande internationale. Développé par AREVA en coopération avec la firme japonaise Mitsubishi, le réacteur ATMEA s’inscrit dans cette perspective - reste à voir s’il saurait s’imposer face à la concurrence, japonaise et chinoise en particulier. De ce point de vue, le projet ATMEA souffre d’un premier handicap de taille, qui n’est autre que sa filiation avec l’EPR, “vendu” à l’origine comme un réacteur "compétitif” et qui s’avère in fine hors de prix. Par ailleurs, le projet porté par AREVA est handicapé par l’existence d’un concurrent de taille : le réacteur AP-1000 de Westinghouse (Toshiba), qui paraît pour le moment tenir la tête du peloton. D’aucuns misent donc sur la Chine, où les perspectives nucléaires excitent les appétits, et où l’industrie nucléaire française est très présente depuis des décennies. Las, les espoirs chinois d’AREVA pourraient bien relever de l’incantation : la Chine développe désormais elle-même ses propres réacteurs dits « de 3ème génération », quitte à les construire et à les exploiter avec des partenaires étrangers, dont, notamment, EDF, très engagée avec la compagnie d’électricité chinoise CGN, qui “porte” le projet de réacteur Hualong1, concurrent direct de l’ATMEA. L’État français, pour “sauver le soldat AREVA”, devra-t-il convaincre EDF de remettre en cause sa stratégie et ses alliances chinoises ?


Page publiée en ligne le 6 avril 2015
Mises à jour successives :
• 02/07/2015 : Téléchargement de la note telle que publiée dans Les Cahiers de Global Chance

Sur cette page :
ATMEA et ses concurrents (Bernard Laponche, 23 mars 2015)
• À voir également sur le site de Global Chance (dossiers et documents)


Nota bene : cette note a également été publiée dans Les Cahiers de Global Chance, n°37, « Imaginer l’inimaginable ou cultiver son jardin ? », juin 2015, 100 pages.
Téléchargement : ATMEA et ses concurrents [7 pages, fichier pdf, 140 Ko]


ATMEA ET SES CONCURRENTS

Bernard Laponche, note de travail, lundi 23 mars 2015, 12 pages

Ci-dessous : Introduction - Table des matières - Conclusion

Télécharger la note au format pdf (460 Ko)


INTRODUCTION

Les déboires de l’EPR, tant au niveau national qu’international (Olkiluoto 3 en Finlande) et l’absence des commandes tant souvent annoncées par AREVA, ont conduit plusieurs responsables de la politique nucléaire de la France au niveau politique comme à celui de la sûreté nucléaire à évoquer la nécessité de « nouveaux réacteurs » et en particulier de réacteurs moins puissants, moins complexes et, par conséquent, moins chers et mieux adaptés à la potentielle demande internationale. Ces réacteurs se situent dans la lignée des réacteurs actuellement en fonctionnement dans le monde , de la filière à uranium enrichi et eau sous pression, les REP (ou PWR en anglais), tous issus des réacteurs Westinghouse des années 1970 de puissance électrique de 900 MW, auxquels seraient apportés des compléments de sûreté nucléaire active ou passive leur permettant de revendiquer l’appartenance à une 3ème génération de réacteurs de cette filière.

Nous présentons brièvement dans cette note, au Chapitre 1 les principales caractéristiques du modèle ATMEA développé par AREVA en coopération avec la firme japonaise Mitsubishi , et, au Chapitre 2, celles de ses principaux concurrents : le modèle AP-1000 de Westinghouse (absorbé par Toshiba), les différents modèles développés en Chine (CPR-1000, ACP-1000, ACC-1000), dérivés de la filière initiale des REP de 900 MW, ainsi que, brièvement, les réacteurs proposés à l’exportation par la Corée et la Russie.

(haut de page)


TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION

1. ATMEA

1.1 Principales caractéristiques du réacteur ATMEA
1.1.1 Performances générales
1.1.2 Sûreté de la centrale

1.2 Position de l’autorité de sûreté

1.3 La situation industrielle

2. LES RÉACTEURS CONCURRENTS

2.1 AP-1000 de Westinghouse
2.1.1 Caractéristiques du réacteur AP-1000
2.1.2 Sûreté nucléaire
2.1.3 Situation industrielle
2.1.4 CAP1400 développement

2.2 Les réacteurs chinois
2.2.1 Génération II : CPR-1000
2.2.2 Génération III importée
2.2.3 Génération III chinoise
2.2.4 CAP-1400 : le réacteur nucléaire chinois de 3ème génération avancée

2.3 Autres
2.3.1 La Corée du Sud
2.3.2 La Russie

CONCLUSION

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CONCLUSION

Les réacteurs de 3ème génération d’une puissance électrique autour de 1100 MW sont aujourd’hui les favoris des quelques pays qui poursuivent ou prévoient des programmes de développement de la production d’électricité d’origine nucléaire. La grande majorité de ces « nouveaux réacteurs » appartiennent à la filière à uranium enrichi et eau ordinaire, descendants des réacteurs développés aux États-Unis par la société Westinghouse dans les années 1960 et 1970.

Que peut-on déduire, au plan national comme international, de l’examen des principales options qui se présentent aujourd’hui et que nous avons brièvement présentées dans cette note ?

1. Le projet de réacteur ATMEA1, porté par la société ATMEA (AREVA et Mitsubishi), bénéficie d’un avis positif de l’autorité de sûreté française (ASN) sur ses options de sûreté , ce qui est assez naturel puisque ces options sont directement inspirées de celles de l’EPR, réacteur plus puissant dont les options de sûreté ont été déjà approuvées par l’ASN.

Cependant, en l’absence d’une demande d’autorisation pour la construction d’un réacteur ATMEA1 en France, l’ASN n’ira pas au-delà de cet avis. Dans la mesure où aucun EPR n’a déjà fonctionné, c’est un domaine pour lequel de nombreuses questions restent posées (en sûreté nucléaire, « le diable est dans les détails »).

Mais le handicap essentiel d’ATMEA1 est paradoxalement sa filiation avec l’EPR : la construction des quatre premiers réacteurs connaît des retards considérables en Finlande et en France et même, à un degré moindre, en Chine. D’autre part, les coûts des projets français et finlandais ont augmenté de façon considérable depuis les estimations initiales. L’accord conclu entre EDF et le gouvernement britannique pour deux réacteurs EPR à Hinkley Point porte sur un coût d’investissement par kWh produit qui se situe au double de sa valeur pour les réacteurs existants en France. Sur le plan international, le jugement de la « World Nuclear Association » est significatif : « EPR has multiple redundant safety systems rather than passive safety systems and is seen to be more complex and expensive hence of less long-term interest for China (8) ».

2. Le réacteur AP-1000 de Westinghouse (Toshiba) paraît pour le moment tenir la tête du peloton.

D’une part, sur le plan de la sûreté, AP-1000 peut faire prévaloir un système de sûreté passive dont les options ont été approuvées par l’autorité de sûreté nucléaire des États-Unis (NRC), ce qui n’est pas le cas pour l’EPR, et a autorisé sa construction aux États-Unis.

D’autre part, quatre réacteurs AP-1000 sont en construction aux États-Unis et quatre autres en Chine. Cependant, dans l’un et l’autre cas, on enregistre des retards dans la construction, des interrogations sur la sûreté et des augmentations de coût.

3. Ayant déjà construit ou ayant en construction différents types de réacteurs de différentes filières « importées » (900 MW de Westinghouse « francisé » par Framatome (9), EPR d’AREVA, AP-A-1000 de Westinghouse-Toshiba, réacteurs à eau lourde canadiens…), la Chine s’est progressivement dégagée de ces différentes dépendances et développe elle-même des réacteurs de puissance de 3ème génération qui lui sont propres, quitte à les construire et à les exploiter avec des partenaires étrangers (notamment EDF).

Deux compagnies nationales d’électricité « rivales », CNNC et CGN, ayant développé chacune leur champion de 3ème génération (respectivement ACP-1000 et APR-1000), ont été contraintes par le gouvernement chinois de se rapprocher afin de présenter un seul modèle, ACC-1000 ou Hualong1 (Hualong One). Ce projet a été approuvé par l’autorité de sûreté nucléaire chinoise et deux exemplaires doivent être construits à le centrale de Fuqing (Fuking 5 et 6).

En parallèle, la société d’Etat SNPTC a développé avec Westinghouse-Toshiba une version plus puissante de l’AP-1000, CAP-1400. Ce projet a été validé par l’autorité de sûreté nucléaire chinoise, fait partie des seize projets stratégiques de développement et prote de fortes ambitions à l’exportation.

4. De la même façon que, dans les années 1970, l’Eldorado des centrales nucléaires se situait aux États-Unis (qui restent le pays possédant le plus de réacteurs de puissance au monde), ce qui avait conduit EDF à choisir alors la filière REP (PWR) de Westinghouse car il fallait « s’accrocher au train gagnant sur le plan mondial », aujourd’hui tous les yeux et les intérêts se tournent vers la Chine qui semble bien en train de prendre le leadership dans ce domaine.

De longue date, EDF a entretenu une relation étroite avec la compagnie d’électricité CGN qui s’est traduite par la création d’une coentreprise (70% CGN, 30% EDF) pour la construction et l’exploitation des réacteurs, ce qui est déjà le cas pour les deux EPR en construction en Chine. Cette alliance stratégique, aussi bien dans le cadre du développement du parc nucléaire chinois que pour des démarches communes à l’exportation.

C’est dans ce contexte qu’EDF pourrait considérer de façon favorable le réacteur Hualong1 comme le « nouveau réacteur » qui aurait sa préférence.

Reste à connaître le jugement de l’autorité de sûreté nucléaire française.

Bernard Laponche
Lundi 23 mars 2015

(haut de page)

Notes de la conclusion :
(8) Traduction (libre) : « Le réacteur EPR présente des systèmes de sûreté multiples et redondants plutôt qu’une sûreté passive. Il est considéré par conséquent comme complexe et onéreux, et par conséquent d’un moindre intérêt à long terme pour la Chine ».
(9) Framatome : aujourd’hui AREVA.

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