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« À Copenhague, on risque une alliance des moins-disants »

Laurence Tubiana
TerraEco.net, lundi 26 octobre 2009 (1)

À l’approche de la conférence de Copenhague, qui doit déboucher sur l’adoption d’un nouveau régime de coopération internationale sur le climat, il apparaît que les négociations se sont enlisées dans une dynamique négative, dominée par la défiance et le conservatisme. La situation est paradoxale : alors que la pression politique augmente, alors même que la plupart des pays ont mis à l’étude ou enclenché des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les actions unilatérales l’emportent au détriment de la coopération.

Quel est le nœud de la négociation ? D’une part, les pays développés avancent des offres de réduction d’émissions qui ne sont pas à la hauteur du minimum indispensable – soit, d’après les estimations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), de - 25 à - 40% en 2020 par rapport à 1990, de - 80 à - 95 % en 2050). L’Union européenne s’est engagée à réduire ses émissions de 20 % unilatéralement – 30 % en cas d’accord international –, le Japon de 25 %, et les États-Unis, après dix ans d’inaction, ne sont pas encore en mesure de donner un chiffre exact.

Moins d’émissions, plus de croissance

D’autre part, les pays en développement sont confrontés au dilemme d’inverser la courbe de leurs émissions tout en poursuivant leurs ambitions de croissance et de réduction de la pauvreté. Au nom de leur souveraineté, ils ne veulent pas d’un accord international qui détermine leurs stratégies de développement en leur fixant des niveaux de réduction des émissions. Le découplage de la croissance économique de celle des émissions est justement au cœur de l’équilibre ambitieux, juste et équitable auquel la communauté internationale doit aboutir.

En effet, seul un effort coordonné de réduction des émissions permettra de réduire significativement le coût des actions unilatérales. Menée de façon coopérative, la transition vers des économies sobres en carbone sera un moteur puissant de croissance, générateur de nouveaux investissements et d’emplois. Il s’agit même du seul scénario de croissance viable à long terme. C’est pourquoi l’issue de la négociation repose selon moi sur le rétablissement de la confiance : plutôt que de s’assujettir à des chiffres de réduction des émissions, les pays en développement pourraient s’engager sur une amélioration de l’efficacité énergétique ou sur des rythmes et des niveaux de déploiement de technologies propres.

À la condition que les pays développés proposent des réductions d’émissions, une coopération technologique et un paquet de soutien financier cohérent, tant du point de vue des sources que des volumes et de la gouvernance. Je crois que nous aboutirons à un accord à Copenhague car personne ne voudra porter la responsabilité de l’échec, mais il sera arraché à la dernière minute. Dans cette perspective, l’Europe doit se constituer des alliés solides si elle ne veut pas faire les frais de l’alliance des moins-disants pour le climat.



(1) Date de la publication en ligne sur le site du magazine, www.terra-economica.info.

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