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1989 – Loterie climatique et roulette nucléaire

En septembre 1989, la présentation de l’exercice « Perspectives énergétiques mondiales 2000-2020 » à la Conférence Mondiale de l’Énergie avait clairement mis en relief les contradictions, les risques et les déséquilibres qui pouvaient apparaître à cet horizon, qu’il s’agisse du climat en voie de réchauffement, des conflits engendrés par la soif d’énergie ou des menaces associées au nucléaire, tout en soulignant les inégalités profondes entre les pays du Nord et ceux du Sud et les défis majeurs liés à leur nécessaire réduction. Face à ce diagnostic alarmant, les perspectives positives ouvertes par l’utilisation rationnel de l’énergie et le développement des renouvelables ont malheureusement été minorées par les zélotes du “progrès” technologique et des forces du marché, mais aussi et surtout par les thuriféraires du nucléaire. Ces derniers, qui dans les années 70 nous annonçaient « le chaos ou la bougie » si nous refusions le tout nucléaire, proposaient ainsi à l’orée des années 90 le nucléaire pour les pays industrialisés, la bougie pour les autres, mais avec l’engagement formel de maintenir assez d’oxygène dans l’atmosphère pour alimenter sa flamme...


Page publiée en ligne le 16 mars 2018

Sur cette page :
Benjamin Dessus et Michel Rollant (1989) : Loterie climatique et roulette nucléaire
Pour aller plus loin : Changer de paradigme | Les Dossiers de Global-Chance.org


Ingénieur et économiste, Benjamin Dessus a fondé Global Chance en 1992 puis présidé jusqu’en 2016 l’association, dont il est désormais président d’honneur.

LOTERIE CLIMATIQUE ET ROULETTE NUCLÉAIRE

Benjamin Dessus et Michel Rollant, La Croix, samedi 14 octobre 1989

La présentation de l’exercice « Perspectives énergétiques mondiales 2000-2020 » à la conférence mondiale de l’énergie (17-22 septembre 1989) a l’immense mérite d’avoir clairement mis en relief les contradictions, les risques et les déséquilibres qui pouvaient apparaître à cet horizon ; 50 à 75 % d’augmentation prévue des dépenses énergétiques mondiales par rapport à 1985, qui conduisent les auteurs à souligner :
• L’incertitude concernant les conséquences d’une forte augmentation des émissions de gaz carbonique sur les climats (jardins d’Eden ou vallée de la mort ?) ;
• Les risques de conflits, engendrés par la concentration, dès 2020, de plus de la moitié de la production pétrolière dans les pays du Golfe ;
• Les incertitudes liées à un développement et une dissémination importante de l’énergie nucléaire.

Les présentateurs n’ont pas caché leurs inquiétudes devant les déséquilibres profonds qui s’y ajoutent :
• Les pays du Nord, responsables de 75 % des émissions de CO2 en 1985, le seraient encore de plus de 60 % en 2020 ;
• Le rapport des consommations énergétiques par habitant entre pays du Nord et pays du Sud ne s’améliorerait pratiquement pas : de 6,5 en 1985, il passerait à 5,6 ;
• Les investissements nécessaires dans les PVD (600 milliards de francs par an en moyenne pour la seule production d’électricité) sont hors de portée.

C’est donc sur une note pessimiste que ces experts ont conclu, alors que leurs projections avaient pourtant, semble-t-il, fait l’objet d’un large consensus auprès de la communauté des électriciens. Il est d’autant plus paradoxal de voir avec quelle ardeur ces mêmes électriciens ont présenté le recours à l’énergie nucléaire comme le remède principal, voir unique, à tous nos maux. Paradoxe qui consiste à tenter de gérer une incertitude climatique (la loterie de l’effet de serre) par un recours massif à l’énergie nucléaire, en niant la triple incertitude : accident, déchets, prolifération (la roulette nucléaire).

Certes, la référence, aujourd’hui incontournable dans le discours, à l’utilisation rationnelle de l’énergie est présente, mais s’assortit d’une mise en garde « contre des dispositifs, dont les excès affectent la crédibilité des politiques indispensables » (1). Les énergies renouvelables, quant à elles, n’atteignent même pas le statut relativement enviable de « lever de rideau » qu’ont obtenu les économies d’énergie : bilans pessimistes, passéistes, sans perspectives à long terme. Ce n’est plus dans le progrès technologique que se placent les espoirs, mais dans le « progrès institutionnel », mélange harmonieux de libération des forces du marché, de communication multimédia et de privatisation des compagnies énergétiques, en particulier dans le tiers monde.

La doctrine n’a pas toujours convaincu, si l’on en juge par les applaudissements qui ont salué les rares interventions divergentes parvenues à s’exprimer.

À trop en faire, les zélateurs du nucléaire risquent de se nuire. Dans les années 70, on nous annonçait le chaos ou la bougie si nous refusions le tout nucléaire. Aujourd’hui, on nous propose le nucléaire pour les pays industrialisés, la bougie pour les autres, mais avec l’engagement formel de maintenir assez d’oxygène dans l’atmosphère pour alimenter sa flamme.

Le plus grave, dans tout cela, c’est qu’on ne répond pas aux questions essentielles. Car, pour combler le fossé qui continue à se creuser entre pays du Nord et pays du Sud et préserver l’environnement planétaire, la première chose à faire, c’est de consommer moins d’énergie, y compris nucléaire, et d’abord dans les pays du Nord.

Benjamin Dessus, chargé de mission au CNRS
Michel Rolant, ancien président de l’Agence française pour le maîtrise de l’énergie

(1) Marcel Boiteux (séance inaugurale de la conférence mondiale sur l’énergie)

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pour aller plus loin...
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Énergie, Environnement, Développement, Démocratie :
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Global Chance, mai 2011

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