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1981 – Nucléaire : jusqu’où ira-t-on ?

Le 10 mai 1981, la gauche fête “le grand soir” : François Mitterrand est élu président, sur la base des « 110 propositions pour la France ». En matière de politique énergétique, après plus de vingt ans de présidence de droite marqués par la constance de la posture atomique gaullienne et alors que Valéry Giscard d’Estaing – président depuis 1974 – et son premier ministre Raymond Barre ont engagé le pays dans un très ambitieux programme électronucléaire, le tournant annoncé est prometteur : économies d’énergie, diversification énergétique, limitation du nucléaire, référendum... Mais celles et ceux qui espéraient sur la base de ces promesses l’avènement d’une nouvelle politique énergétique vont rapidement déchanter...
C’était en 1981... Après 6 mandats présidentiels et 25 gouvernements successifs, le président Emmanuel Macron et son premier ministre Édouard Philippe sont « en marche » pour mettre en œuvre la feuille de route dictée par le lobby de l’atome : prolonger à coups de milliards et de soins palliatifs le parc nucléaire vieillissant et mal en point mis en place à partir des années 70, « et en même temps » lancer son renouvellement en continuant d’investir à fonds perdus dans un nouveau modèle de réacteur, l’EPR, dont pas un seul exemplaire n’a pour l’heure pu être achevé où que ce soit dans le monde, et dont la mise à flot du navire amiral à la coque percée, l’EPR français de Flamanville, galère industrielle sans précédent, ne saurait plus désormais être envisagée qu’au prix d’« une atteinte inédite » aux principes fondateurs de la sûreté nucléaire...


Page publiée en ligne le 16 mars 2018
Mise à jour du 18/03/2018 : ajout des tableaux
« La consommation intérieure d’électricité en France : des “prévisions” officielles au démenti des données réelles... » & La mise en place d’un parc nucléaire surdimensionné, première conséquence des erreurs de “prévision” d’EDF… illustrant ex post la hauteur de vue de la tribune publiée en 1981 par Bernard Laponche...

Sur cette page :
Introduction : Alternances vs. Alternatives
Bernard Laponche, 8 octobre 1981 : Nucléaire : Jusqu’où ira-t-on ? (*)
Pour aller plus loin : Changer de paradigme | Les Dossiers de Global-Chance.org


Bernard Laponche, polytechnicien, docteur ès sciences et en économie de l’énergie, membre fondateur de Global Chance, « lançeur d’alerte » et « grand témoin ».

(*) Titre d’origine de cette tribune publiée... en 1981 : « Jusqu’où ira-t-on ? »


Le 11 mai 1981, au lendemain de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République française, Bob Marley s’éteignait : en sa mémoire, et avec l’espoir d’agrémenter sensiblement votre temps de lecture, nous avons fait le choix d’illustrer cette page avec une brève sélection musicale : « Forever Loving Jah », « Get Up, Stand Up » et « Sun Is Shining »...
La rédaction de Global-Chance.org


introduction
ALTERNANCES vs. ALTERNATIVES

Le 10 mai 1981, la gauche fête “le grand soir” : François Mitterrand est élu président, sur la base de ses « 110 propositions pour la France » (1).

Pour ce qui concerne la politique de l’énergie, que prévoient alors ces « 110 propositions », au sortir de plus de vingt ans de présidence de droite marqués par la constance de la posture atomique gaullienne et alors que Valéry Giscard d’Estaing – président depuis 1974 – et son premier ministre Raymond Barre, au nom soi-disant de “l’indépendance énergétique de la France” (2), ont engagé le pays dans un très ambitieux programme électronucléaire ?

Outre la promesse d’une « action internationale énergique contre la dissémination de l’arme nucléaire et pour le renforcement du contrôle des centrales nucléaires » (proposition n°7), François Mitterrand est élu sur la base de ses engagements pour « une nouvelle croissance » incluant, d’une part, « les économies d’énergie », qui rendront la France « moins tributaire des importations » (proposition n°20) et pour lesquelles un « vaste programme d’investissement [...] sera entrepris » (proposition n°39), et, d’autre part, l’engagement formel de s’affranchir largement du credo “tout-nucléaire” de la Giscardie sortante, et ce en s’appuyant sur la force de la démocratie : « L’approvisionnement énergétique du pays sera diversifié. Le programme nucléaire sera limité aux centrales en cours de construction, en attendant que le pays, réellement informé, puisse se prononcer par référendum » (proposition n°38)...

Celles et ceux qui espéraient sur la base de ces promesses l’avènement d’une nouvelle politique énergétique vont rapidement déchanter : dès le 30 juillet 1981, le conseil des ministres, sans aucunement remettre en cause les prévisions exorbitantes de croissance rapide des besoins nationaux en électricité (en particulier dans le tertiaire, mais aussi, et surtout, dans le résidentiel – les ménages payeront le programme électronucléaire...), reprend docilement à son compte les orientations des gouvernements précédents. Certes, cinq projets sont suspendus, mais trois n’en étaient qu’aux procédures administratives, et deux à l’aménagement du site... Et le nouveau gouvernement, surtout, décide même sans sourciller la poursuite des travaux de Creys-Malville et des projets de La Hague, deux dossiers tout aussi complexes qu’explosifs...

Pourtant, comme le soulignera Bernard Laponche dans une tribune publiée le 8 octobre 1981 dans Le Monde (à lire plus bas) il était d’ores et déjà avéré que « la production des centrales lancées avant 1974 et celle du premier contrat-programme d’E.D.F. [seraient] suffisantes en 1990 », et ce « en attribuant au nucléaire une part de 50 % » (soit la production dite “en base”, à laquelle il était sage, « pour des raisons économiques, techniques et de sûreté », de le confiner), et surtout, que « la capacité nucléaire installée », à cet horizon d’une dizaine d’années, pouvait être limitée à « 28 GWe en 1990 et 36 GWe en 2000 », soit « à peu près le tiers de ce qui était officiellement prévu ».

Il y avait là, en ce tournant historique, au-delà de la simple “alternance” (du personnel politique ?), une « alternative [...] plus réaliste, plus équilibrée et plus sûre, tant vis-à-vis du risque industriel (pannes, accidents) que du risque d’approvisionnement (l’uranium devrait être importé à 75 % dès 1985) ». Une alternative qui « offre enfin plus de souplesse par rapport aux évolutions de la demande ». Une alternative « conforme à l’intérêt bien compris de l’établissement public d’E.D.F. et à sa mission de service public ». Une alternative au « gaspillage » de plusieurs dizaines de milliards de francs [des euros par milliards...] chaque année », c’est-à-dire à une gabegie qui « ne profite ni aux travailleurs ni à la collectivité nationale. » (3)

C’était en 1981. La reprise en 2018 de cette tribune sur Global-Chance.org interroge sur la trajectoire énergétique de la France au gré des traditionnelles alternances électorales et des 27 gouvernements (4) qui se sont succédé en France depuis le “grand soir” du 10 mai 1981.

Pour se limiter à la période la plus récente :

Après avoir habilement adopté en 2011 face à son opposante aux primaires du PS Martine Aubry la posture du candidat qui, une fois élu, limiterait la part du « nucléaire à 50% » – là résidait d’emblée « L’entourloupe nucléaire de Hollande » (5a), car « Réduire la part du nucléaire : concrètement, ça veut dire quoi ? » (5b) – puis annoncé en 2012, une fois élu, que la première étape de ce cantonnement du nucléaire serait la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim – la plus vieille centrale nucléaire française encore en service – d’ici « la fin de l’année 2016 » (6), François « le changement, c’est maintenant » Hollande limitera ses velléités de “sortie du nucléaire” à l’annonce – « C’est dit, c’est fait » – un an avant la fin de son mandat, et par sa ministre de l’Environnement Ségolène Royal, de la publication au Journal officiel d’un décret portant « abrogation de l’autorisation d’exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim » tout en conditionnant explicitement (7) cette fermeture à la mise en service de l’EPR de Flamanville, confirmant ainsi au crépuscule de son mandat les avertissements – « Hollande et le nucléaire : rien ne va changer » ((8) – lancé avant et après son élection par l’expertise indépendante.

Le successeur de François « le changement, c’est maintenant » Hollande, Emmanuel « en marche » Macron, avant même d’être élu à la Présidence le 14 mai 2017, avait été « en première ligne pour sauver l’industrie nucléaire française » (9), pilotant lorsqu’il était ministre de l’Économie la restructuration de la filière nucléaire tricolore – avec comme objectif d’éviter une mise en faillite d’Areva – et accordant à EDF une augmentation de capital de 3 milliards d’euros, afin, en particulier, que l’électricien puisse financer son projet « ruineux pour le Royaume-Uni et pour la France » (10) de construction de deux EPR à Hinkley Point, projet très contesté – y compris au sein d’EDF – mais que le futur président alors “simple” – mais ambitieux – ministre de l’Économie avait résolument soutenu (11), donnant ainsi en vue de sa candidature présidentielle encore à venir de précieux gages au complexe militaro-industriel qu’est à elle seule l’industrie nucléaire française... Un candidat idéal, donc, pour inscrire ses pas « en marche » dans ceux de son prédécesseur : maintenir vaguement une fois élu l’objectif, flou et lointain, d’un nucléaire à 50%, et « en même temps » sanctuariser la puissance nucléaire installée à son niveau actuel (63 GWe).

Emmanuel « et en même temps » Macron, qui, une fois (bien mal) élu, lancera les grandes manœuvres de la “seule alternative” voulue par le lobby nucléaire : prolonger à coups de milliards et de soins palliatifs le parc nucléaire vieillissant et mal en point mis en place à partir des années 70, ou investir à fonds perdus dans son renouvellement par un nouveau modèle, l’EPR (12), dont pas un seul exemplaire n’a pour l’heure pu être achevé où que ce soit dans le monde, et dont la mise à flot du navire amiral à la coque percée, l’EPR français de Flamanville, galère industrielle sans précédent, ne saurait plus désormais être envisagée qu’au prix de porter « une atteinte inédite » (13) aux principes de la sûreté nucléaire...

1981 : « Jusqu’où ira-ton ? » 2018 : nous en serions donc, s’il faut s’en tenir à la (fausse) alternative du lobby de l’atome, à jouer à la roulette russe avec un parc nucléaire atteint par la limite d’âge, « et en même temps » doubler la mise à coup de dizaines de milliards d’euros pariés sur un véritable “concorde nucléaire” ? Rien n’est moins sûr : dans le contexte du « nucléogate » qui s’annonce (14), il convient de rappeler l’existence de vraies alternatives et d’engager une transition énergétique authentique. Et de garder en mémoire l’avertissement lancé aux lendemains du “grand soir” de mai 1981 : « reculer devant les décisions qui s’imposent ne peut qu’aggraver la situation » (15).

Notes

(1) Cf. l’article de Wikipedia « 110 propositions pour la France », qui renvoie, pour le texte intégral de ce programme électoral, à l’article « 110 propositions du parti socialiste pour la France » du site Le Grand Soir... Nota bene : texte intégral également disponible sur le portail officiel vie-publique.fr édité par la Direction de l’information légale et administrative : « Programme électoral du Parti socialiste (PS) pour l’élection présidentielle de 1981, intitulé : 110 propositions pour la France, avril-mai 1981 ».

(2) Argument des plus fallacieux, cf. notre dossier
Nucléaire : une indépendance énergétique en trompe-l’œil
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Global Chance et ses membres dénoncent le mythe d’une « énergie 100% nationale »

(3) Sur ce « gaspillage » financier, industriel et humain historique, voir notre dossier
Nucléaire : quand la facture explose...
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc :
Le débat sur les coûts réels du nucléaire vu par Global Chance et ses membres

(4) En comptant les gouvernements “Édouard Philippe 1” et “Édouard Philippe 2” mis en place par le 8ème président de la Vème République, Emmanuel Macron. Source du décompte : Historique des gouvernements de la France [au 12 mars 2018] sur Wikipedia.

(5a) L’entourloupe nucléaire de Hollande, Benjamin Dessus (alors président de Global Chance), Politis, n°1170, jeudi 29 septembre 2011

(5b) Réduire la part du nucléaire : concrètement, ça veut dire quoi ?, Bernard Laponche, interview publiée sur le site du Réseau Sortir du Nucléaire le vendredi 26 octobre 2012.

(6) François Hollande, Discours d’ouverture de la 1ère conférence environnementale, Palais d’Iéna, Conseil économique, social et environnemental, 14 septembre 2012.

(7) Le décret n° 2017-508 du 8 avril 2017 s’appliquera en effet « à compter de la date de mise en service de l’EPR de Flamanville 3 dès lors que cette abrogation est nécessaire au respect du plafonnement de la capacité nucléaire et que la mise en exploitation de l’EPR intervient avant le 11 avril 2020. »
Cf. également notre dossier
Fessenheim : à fermer... sans plus attendre !
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Les enjeux de la nécessaire fermeture de Fessenheim, par Global Chance et ses membres

(8) Hollande et le nucléaire : rien ne va changer
Jean-Marie Brom, Reporterre.net, vendredi 25 janvier 2013

(9) Près de 22.5 milliards d’euros si l’on en croit les dernières estimations officielles, mais sans doute bien plus si l’on se réfère aux prévisions chiffrées de l’expertise indépendante : Les EPR d’Hinkey Point ruineux pour le Royaume-Uni et la France, Benjamin Dessus, Le Club Mediapart, lundi 26 octobre 2015.

(10) Daniel Verwaerde, administrateur général du CEA, dans un entretien accordé à Industrie & Technologies.

(11) Hinkley Point : « Il faut faire ce projet ! », assure Emmanuel Macron, LCP Assemblée nationale, 8 mars 2016.

(12) À suivre sur Global-Chance.org, notre dossier
Réacteur EPR : ni fait ni à faire !
Rapports, analyses, tribunes, interviews, etc. :
Les analyses de Global Chance et de ses membres sur l’Evolutionary Power Reactor d’Areva

(13) Cuve de l’EPR de Flamanville : « une atteinte inédite » à la sûreté nucléaire, Yves Marignac et Jean-Claude Autret, « Avis minoritaire » relatif aux conséquences de l’anomalie de concentration en carbone des calottes de la cuve du réacteur EPR de Flamanville sur leur aptitude au service, mercredi 28 juin 2017.

(14) Vers un nucléogate français ?, Benjamin Dessus et Bernard Laponche, AlterEcoPlus.fr, mardi 25 octobre 2016.

(15) Cf. la conclusion de la tribune (à lire ci-dessous) publiée par Bernard Laponche dans Le Monde du 8 octobre 1981 sous le titre : « Jusqu’où ira-t-on ? ».

nucléaire :
JUSQU’OÙ IRA-T-ON ?

Bernard Laponche, Bernard Laponche, Le Monde, jeudi 8 octobre 1981

En mai 1981, quatorze unités de production d’électricité d’origine nucléaire à eau ordinaire d’environ 900 mégawatts électriques (MWe) étaient en service industriel ; vingt-sept unités, dont plusieurs d’une puissance supérieure (1300 MWe), étaient en construction, qui, pour certaines n’en étaient qu’à l’aménagement des sites ; d’autres unités étaient en projet...

Jusqu’où ira-t-on ? Les décisions prises en conseil des ministres le 30 juillet ne remettent pas en cause le programme d’E.D.F., fixé par le gouvernement Giscard-Barre ; sur les cinq projets suspendus, trois n’en étaient qu’aux procédures administratives, deux à l’aménagement du site. Ce n’est pas une nouvelle politique qui apparaît, ce sont quelques aménagements ponctuels. Le gouvernement décide même sans sourciller la poursuite des travaux de Creys-Malville et des projets de La Hague, dossiers complexes, explosifs, sur lesquels le parti socialiste avait pris des positions pour le moins réservées.

Le débat annoncé, qui se réduit à la présentation d’un rapport au début du mois d’octobre, permettra-t-il de redresser une situation qui semble compromise par les premières décisions politiques ?

La politique de l’énergie poursuivie de 1974 à 1980 a tout misé sur le programme nucléaire et négligé toutes les autres possibilités, y compris les économies d’énergie. Les prévisions d’E.D.F. et les objectifs du gouvernement de 1980 essaient de justifier l’énorme effort industriel et financier que représente la poursuite d’un programme massif par des prévisions exagérées de la consommation d’électricité : de 140 milliards de kWh (TWh) en 1970 et 249 TWh en 1980, celle-ci devrait passer à 450 TWh en 1990 et 688 TWh en 2000.



Note de la rédaction de Global-Chance.org : ce tableau est un ajout ex post à la tribune publiée en 1981 par Bernard Laponche.


L’analyse par secteur de ces prévisions et leur comparaison à des travaux faits dans le cadre du Plan ou du ministère de l’industrie mettent en évidence le caractère exorbitant de ces prévisions. L’augmentation la plus forte et la plus injustifiée de la consommation d’électricité dans les prévisions officielles a trait aux usages spécifiques de l’électricité du secteur résidentiel et tertiaire, précisément ceux pour lesquels l’argument du remplacement des produits pétroliers par l’électricité ne joue pas, où toute dépensé superflue est un gaspillage, où l’on sait très bien que l’on peut, à confort égal, diminuer la consommation électrique des appareils : l’intention à peine voilée est de faire payer par les ménages le programme électronucléaire.

Actuellement les études les plus sérieuses aboutissent toutes, dans le cadre d’une croissance économique de l’ordre de 3 à 4 % par an et d’une politique cohérente d’amélioration de l’utilisation de l’énergie dans tous les secteurs à une prévision de consommation d’électricité de l’ordre de 350 TWh en 1990, soit 100 de plus qu’en 1980 – on est loin du retour à la bougie – et 100 de moins que les prévisions officielles.

Comment produire cette électricité ? La diminution rapide de l’utilisation du fuel lourd est admise par tous, encore qu’une certaine quantité reste nécessaire pour assurer les pointes et les consommations intermittentes. Pour des raisons économiques, techniques et de sûreté, il est sain de limiter l’apport des centrales nucléaires à la consommation « en base », soit à un maximum de 50% de la production totale. La relance de l’industrie charbonnière, l’intérêt pour E.D.F. même d’un parc de centrales plus équilibré et diversifié, dictent de garder une contribution du charbon de l’ordre de 25 % dans la production d’électricité (c’est le niveau de 1980). La contribution de l’hydraulique peut être également légèrement augmentée.

Sur ces bases et en attribuant à l’énergie nucléaire une contribution de 40 % de la production d’électricité en 1990 – ce qui est loin d’une position antinucléaire – la C.F.D.T. a montré que la production des centrales lancées avant 1974 et celle du premier contrat-programme d’E.D.F. étaient suffisant en 1990. En attribuant au nucléaire une part de 50 %, les évaluations aboutissent au fait qu’une capacité nucléaire installée de 28 GWe en 1990 et 36 GWe en 2000, c’est-à-dire à peu près le tiers de ce qui était officiellement prévu, serait suffisante : c’est l’ordre de grandeur qu’il faut retenir.



Note de la rédaction de Global-Chance.org : ce tableau est un ajout ex post à la tribune publiée en 1981 par Bernard Laponche.


Cette alternative est plus réaliste, plus équilibrée et plus sûre, tant vis-à-vis du risque industriel (pannes, accidents) que du risque d’approvisionnement (l’uranium devrait être importé à 75 % dès 1985). Elle diminue l’ampleur du programme nucléaire, en réduit les dangers et permet d’éviter par exemple la grave responsabilité d’implanter une centrale nucléaire en bordure de l’agglomération parisienne (Nogent-sur-Seine). Elle rend tout à fait inutile le recours à aux surgénérateurs et permet de discuter à fond de la question des combustibles irradiés et des déchets radioactifs et de l’avenir de l’usine de La Hague. Elle s’inscrit parfaitement dans une politique d’utilisation rationnelle et d’économies d’énergie, elle est compatible avec un développement mesuré de l’utilisation du charbon et permet, par les économies d’investissements qu’elle représente, de consacrer des moyens plus importants au développement des énergies renouvelables, des économies d’énergie, du charbon et de l’hydraulique : c’est une solution ouverte qui nous écarte du tout-nucléaire. Elle offre enfin plus de souplesse par rapport aux évolutions de la demande et est conforme à l’intérêt bien compris de l’établissement public d’E.D.F. et à sa mission de service public.

La poursuite du programme électronucléaire n’est pas justifiée si la collectivité n’en a aucun besoin. Le gaspillage de plusieurs dizaines de milliards de francs chaque année ne profite ni aux travailleurs ni à la collectivité nationale. Il est urgent de peser les conséquences sur l’industrie nucléaire et sur celle des grands chantiers d’une appréciation plus juste du niveau nécessaire de la production d’électricité et de mettre en place les reconversions qui s’imposent pour que les travailleurs ne payent pas une fois de plus les erreurs de la politique de l’énergie.

La situation est difficile car beaucoup de projets ont été lancés, mais reculer devant les décisions qui s’imposent ne peut qu’aggraver la situation : l’ensemble des responsables de ce pays doivent en prendre conscience.

Bernard Laponche, responsable [en 1981] des questions énergétiques à la C.F.D.T.

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pour aller plus loin...
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Global Chance, mai 2011

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